Les visages d'Atd Quart Monde :Alain : « Donner les moyens de réussir à tous les enfants »

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Les visages d’ATD Quart monde

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Il y a cinq ans, Alain a choisi de s’engager aux côtés d’ATD Quart Monde pour “mettre en cohérence sa vie personnelle et ses aspirations professionnelles”. Au quotidien, il tente notamment de faire évoluer le regard du monde éducatif.

Le militantisme d’Alain peut parfois étonner, et même déranger. “Dans les postes d’encadrement, il y a l’idée qu’il ne faut pas mélanger l’émotion, les sentiments et l’action, que l’on pourrait perdre une forme d’objectivité. Or c’est exactement l’inverse. La rationalité ne peut pas résoudre tous les problèmes. Nous avons besoin d’écouter nos émotions pour prendre de meilleures décisions”, explique cet ancien enseignant de Sciences de la vie et de la Terre, aujourd’hui inspecteur d’académie chargé de l’éducation prioritaire dans l’académie de Créteil. Avec pudeur, il raconte comment il a appris à écouter ses propres émotions pour changer sa manière de travailler et de vivre.

Début 2015, il est auditionné par des membres d’ATD Quart Monde dans le cadre de la rédaction du rapport “L’École de la réussite pour tous sur sa vision de l’éducation prioritaire. Il ne connaît alors pas vraiment l’association et s’y rend sans attente particulière. Les valeurs d’ATD Quart Monde le séduisent. Mais son engagement ne peut être dissocié du drame qu’il a connu quelques semaines plus tôt, le décès de sa fille aînée, alors âgée de 22 ans. « Cela a changé profondément ma façon de voir le monde, mon rapport aux autres. Il n’y avait plus de place pour le superficiel, l’anecdotique, il fallait que les choses prennent du sens. Pour moi, l’essentiel était alors d’accompagner les autres, d’accepter que tout le monde puisse être à égale estime, à égale dignité, notamment les enfants, dont la parole n’est que très rarement prise en compte. »

Une expérience puissante

Avec émotion, il raconte la manière dont il a alors voulu mettre en cohérence sa vie personnelle et ses aspirations professionnelles. “C’est tellement simple d’être dans le caritatif et de donner, quand on a de l’argent, du temps, des connaissances… Mais c’est plus compliqué de permettre à l’autre de donner et de partager son savoir, d’être exigeant avec les personnes en situation de précarité et ambitieux pour elles, en étant bienveillant et non dans la compassion et le misérabilisme.”

Trois week-ends consacrés au Croisement des savoirs et des pratiques sur le thème de l’orientation scolaire des enfants vivant dans la précarité, avec des familles militantes, des enseignants et des chercheurs, achèvent de le convaincre. “Cette expérience a été très puissante pour moi. J’ai mieux compris pourquoi c’était si difficile, dans un établissement scolaire, de travailler et de rentrer en communication avec des familles vivant dans la pauvreté. Cela nécessite une démarche très structurée, un long apprivoisement mutuel. Cela ne peut pas se limiter à une simple réunion en plein milieu de l’année scolaire, surtout avec le discours trop souvent surplombant et donneur de leçon de l’école.”

Explorer des pistes pédagogiques

Son métier prend alors une autre dimension : “Ce qui m’anime le plus, c’est d’aller rencontrer les chefs d’établissement, de partir de leurs réalités sans jamais plaquer des idées toutes faites, pour donner les moyens de réussir à tous les enfants, notamment ceux qui sont les plus éloignés de l’école.” La tâche n’est pas simple face à des professionnels parfois frileux. “Globalement, les enseignants ne sont pas contre, leur intention est toujours bonne et c’est une véritable souffrance pour eux de voir certains élèves échouer. En même temps, mon discours génère parfois une grande frustration et des réactions vives de ceux qui n’osent pas explorer des pistes pédagogiques au service de la réussite de tous. Il faut donc parvenir à déculpabiliser les enseignants, leur dire que la difficulté scolaire n’est pas inscrite dans le cerveau de ces enfants qui fonctionne aussi bien que les autres.”

Avec ATD Quart Monde, Alain participe aux Universités populaires et entre dans le comité de pilotage de l’expérimentation CIPES (Choisir l’inclusion pour éviter la ségrégation), dont l’objectif est de faire en sorte que plus aucune décision d’orientation scolaire ne soit prise pour cause de pauvreté. Ces activités lui donnent  “une force, une légitimité d’intervention” dans son métier. “Je ne dis pas que je connais les familles en situation de précarité, mais je travaille maintenant davantage avec elles et je vois toute la difficulté de communiquer. Je viens dire aux équipes enseignantes que ces personnes ont des choses d’une puissance fabuleuse à exprimer.” Il parvient peu à peu à faire accepter l’idée que l’on ne peut dissocier l’enfant de sa famille, surtout quand il vit dans la grande précarité. Il milite aussi pour que ces familles soient intégrées dans les comités de pilotage pour participer à la prise de décisions.

Dans son combat, il se sent parfois bien seul, “dans une société où l’immobilisme rassure, où l’on analyse tous les trois ans les résultats des évaluations internationales, pour aboutir toujours à la même conclusion : notre école est la plus inéquitable du monde. Mais cela passe presque inaperçu et on continue à reproduire les mêmes actions inefficaces.” Alain n’est pas pessimiste pour autant et a encore de nombreux projets à développer au sein d’ATD Quart Monde avec qui il a noué “un attachement puissant, qui permet en permanence de bien remettre les choses à leur juste place”.

 

Illustration : Damien Roudeau

 

Déclics. Le jour où ils se sont engagés

Ce portrait est extrait de l’ouvrage Déclics, publié en 2020 aux Éditions Quart Monde. Dans ce livre, quinze personnes racontent leur histoire, l’élément déclencheur de leur engagement, leurs moments d’exaltation, mais aussi de doute ou de découragement. Quinze visages croqués et autant de parcours porteurs d’inspiration, d’envie de faire bouger les lignes.

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