La deuxième étape de l’expérimentation doit prendre fin le 30 juin 2026. Pour convaincre les parlementaires de permettre à Territoires zéro chômeur de longue durée de se poursuivre dans de bonnes conditions, les actrices et acteurs du territoire du Val-de-Drôme détaillent leurs arguments.
« Territoires zéro chômeur de longue durée, c’est une des plus belles opportunités offerte à la société française de venir à bout de la misère. Il ne faut pas gâcher cette chance. » C’est ainsi que Philippe Jauffret, président de Val d’Emploi, invite les députés et les sénateurs à se saisir de la proposition de loi en cours d’examen pour permettre aux territoires déjà existants de poursuivre leurs activités dans de bonnes conditions et à développer l’expérimentation.
Toutes les personnes ayant participé au projet à Livron-sur-Drôme témoignent de son impact sur l’emploi d’abord, avec 75 salariés dans l’Entreprise à but d’emploi, mais surtout sur la vie des personnes. « Il faut voir à quel point les gens sont motivés et ont envie que ça continue et qu’on ne les prenne plus pour des moins que rien parce qu’ils sortent de périodes plus dures », affirme ainsi Olivier Monnet, salarié de Val d’Emploi. « Au début, les habitants de Livron pensaient que nous étions tous des voyous. Peu à peu, ils ont appris à nous connaître, ils ont vu que nous avions parfois été en classe ensemble. Certains ont vu que j’avais construit leur maison, en tant qu’ancien maître d’œuvre en bâtiment, et que maintenant je travaillais ici. Ils ont mieux compris le principe de l’entreprise et leur regard a changé. Peut-être pas encore assez », détaille-t-il.
Marin Demicheaux, directeur adjoint de Val d’Emploi, invite lui aussi les parlementaires à ne pas évaluer l’expérimentation « seulement sur le nombre d’emplois créés, la durée dans l’emploi… ». Pour lui, il s’agit là de « chiffres artificiels. Ce que les ministères ne voient pas, ce sont les pas, plus ou moins grands, que font les salariés. En deux ans, il y a des salariés qu’on ne reconnaît plus tellement ils se sont ouverts sur le monde et sur les autres. C’est incroyable l’évolution parcourue et les bénéfices que cela a eu sur leur vie ».
Résoudre les problématiques de l’emploi sur un territoire
En signant un CDI, toutes les personnes privées d’emploi depuis plus d’un an et habitantes de la commune depuis au moins six mois « deviennent ou redeviennent maîtresses de leur vie », souligne Nathalie Mantonnier, vice-présidente de la communauté de communes du Val de Drôme en Biovallée et présidente du comité local pour l’emploi. Dans le cadre de l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée, ce comité a pour but de rassembler des actrices et acteurs du territoire comme le conseil départemental, la collectivité locale, des entreprises, des associations, ou encore des agences d’intérim pour « travailler ensemble sur la question du droit à l’emploi et accompagner l’Entreprise à but d’emploi ». Pour Nathalie Mantonnier, l’expérimentation a donc également des conséquences sur « la manière de réfléchir collectivement à la résolution des problématiques de l’emploi ».
Le projet avait réussi « un joli coup de force », constate Jean-Charles Autajon, trésorier du conseil d’administration de l’Entreprise à but d’emploi et chargé des relations publiques pour le groupe GPA, recycleur automobile engagé dans l’expérimentation depuis le début. « Au départ, l’idée de proposer des temps d’activité choisis, de ne pas sélectionner les personnes, de tester des activités paraissait bizarre aux dirigeantes et dirigeants d’entreprise. Mais le microcosme économique a vraiment joué le jeu en voyant que cela permettait à des personnes de reprendre le chemin de l’emploi, mais aussi de retrouver de l’amour-propre, de se sentir intégrées… Cela a été très intéressant de faire évoluer nos réflexes habituels », explique-t-il.
Une dynamique globale
L’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée « va donc bien au-delà de la création d’Entreprises à but d’emploi », rappelle ainsi Séverine Juban, cheffe de projet pour le Territoire zéro chômeur du Val-de-Drôme. « C’est une dynamique plus globale à l’échelle d’un territoire pour réfléchir à la manière de permettre à chacune et chacun de trouver sa place dans l’emploi. Les Entreprises à but d’emploi sont un outil au service du droit à l’emploi. Mais nous travaillons aussi sur la question du vivre ensemble, comment faire partie de la société », explique-t-elle. Pour elle, il s’agit donc aussi de « faire bouger les entreprises dans leur modalités de recrutement, de permettre aux acteurs de l’emploi d’évoluer dans leur façon d’accompagner les personnes ».
Elle demande donc aux parlementaires de conserver les principes fondamentaux du projet, mais surtout de « ne pas vouloir absolument rentrer dans les cases existantes. Si demain on associe uniquement Territoires zéro chômeur de longue durée aux Entreprises à but d’emploi qui deviendraient les mêmes entreprises dupliquées partout, nous perdrons la richesse du projet ».
À savoir
En podcasts, en vidéos ou en textes, retrouvez les témoignages d’actrices et d’acteurs de Territoires zéro chômeur de longue durée partout en France sur les sites Internet du Fonds d’expérimentation contre le chômage de longue durée et de Territoires zéro chômeur de longue durée : bilan.etcld.fr/temoignages et www.tzcld.fr/paroles-de/
L’expérimentation française Territoires zéro chômeur de longue durée a inspiré de nombreux autres pays en Europe. Ainsi, en Belgique, en Italie, en Suisse et aux Pays-Bas, des initiatives similaires ont été lancées. Partout dans le monde, des projets ont également été imaginés pour mettre en place un droit à l’emploi et sont à retrouver sur le site (en anglais) jobguarantee.org.
Cet article est extrait du Journal d’ATD Quart Monde de septembre-octobre 2025.
