Écologie et grande pauvreté : des militants Quart Monde se penchent sur les scénarios de transition écologique de l’Ademe

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Huit militants Quart Monde du Laboratoire d’idées Écologie et grande pauvreté travaillent depuis décembre 2022 sur les scénarios proposés par l’Ademe, l’Agence de la transition écologique, pour conduire la France vers la neutralité carbone en 2050.

Alimentation, habitat, mobilité, aménagement urbain… Pendant quatre séances de travail, de décembre à février, les militantes et militants Quart Monde du Laboratoire d’idées Écologie et grande pauvreté ont décortiqué une à une les mesures présentées par l’Ademe fin 2021 dans deux de ses quatre scénarios. En échangeant avec ATD Quart Monde, cet établissement public interministériel, qui coordonne depuis plus de 30 ans des réflexions prospectives sur la transition écologique française, a ainsi voulu “soumettre ses travaux aux regards des personnes vivant la grande pauvreté, interroger la manière dont elles se projettent dans les scénarios proposés, identifier les possibles opportunités, risques et questionnements que ces derniers pourraient engendrer“, explique Rozenn Hany. Elle est actuellement en alternance au département Écologie et grande pauvreté d’ATD Quart Monde et a notamment coordonné ce travail.

Un travail de synthétisation et de vulgarisation des scénarios 1 et 3, intitulés “Génération frugale” et “Technologies vertes”, a tout d’abord été nécessaire. Le premier “oriente la société vers une transformation générale et profonde des modes de vie, et donc des pratiques individuelles et quotidiennes de l’ensemble de la population et cela passe par une stratégie de sobriété contrainte”, détaille Rozenn Hany. Le scénario 3, quant à lui, ne modifie que très peu les modes de vie et “mise avant tout sur le développement technologique en vue de permettre une meilleure efficacité des équipements, recourant aux énergies décarbonées et à la compensation”.

Crainte d’un renforcement de l’isolement

Parmi les mesures préconisées dans le premier scénario, la thématique de la mobilité a suscité le débat parmi les militants Quart Monde. La proposition consistant à baisser de 55 % le recours à la voiture par rapport à 2015 a ainsi entraîné de nombreuses craintes autour de “la peur de l’enfermement et du renforcement de l’isolement”, constate Rozenn Hany. “C’est pas pareil d’être pauvre et de ne plus avoir de voiture et d’être riche, de la classe moyenne, et de ne plus avoir de voiture. Quand on est pauvre, on habite loin du centre-ville, on ne peut pas prendre le train, on ne peut pas bouger facilement. La voiture, ça reste un espace de liberté, on sait qu’on l’a et qu’on peut l’utiliser. Enlever la voiture ça va faire encore plus de gens enfermés”, a par exemple souligné une militante Quart Monde. Les membres du Laboratoire d’idées ont notamment préconisé une extension du réseau des transports en commun “à l’ensemble des territoires habités”.

Pour plusieurs participants, posséder une voiture constitue en outre “un signe d’élévation sociale et le fait de l’abandonner demande de renoncer à une certaine forme de reconnaissance sociale, rendant l’effectivité d’une telle mesure plus contraignante pour celui ou celle qui est socialement perçu en bas de l’échelle”, détaille Rozenn Hany.

Difficultés d’accès à une alimentation durable et saine

La thématique de l’alimentation a également fortement intéressé les membres de ce groupe de travail. “La mesure consistant à augmenter la part de l’agriculture biologique à hauteur de 70% a fait remonter la crainte d’une hausse des prix et a posé la question de l’accès pour toutes et tous à une alimentation saine et durable”, explique-t-elle. Les militants Quart Monde ont préconisé de développer les dispositifs permettant “d’acheter collectivement une plus grande quantité de produits, afin de réduire le coût moyen payé à échelle individuelle et de l’adapter au pouvoir d’achat de chacun”“Si un groupe de gens achète sans intermédiaire, les producteurs s’y retrouvent et les consommateurs aussi. C’est mathématique, ce qu’on ne fait pas payer aux gens c’est ce qu’on ne donne pas aux grandes plateformes. Donc, c’est une solution, mais pour l’instant ce n’est pas suffisamment utilisé”, a par exemple précisé une militante Quart Monde.

L’accessibilité à une alimentation biologique et locale n’est par ailleurs pas uniquement conditionnée par son coût, mais également par son mode de distribution. Les participants ont ainsi fait remarquer que “les lieux de distribution sont rarement implantés dans les quartiers populaires, complexifiant encore plus leur accès aux plus pauvres”.

Des pistes de “justice sociale”

La mesure de l’Ademe préconisant l’augmentation du nombre de personnes vivant sous un même toit et le développement de l’habitat communautaire a également suscité des réactions chez les militants Quart Monde. L’une d’entre elles a notamment rappelé “l’aspect relativement récent de l’accès à l’habitat individuel pour les populations précaires, qui, jusqu’à il y a peu, avaient plutôt pour habitude de partager leur logement avec l’entourage familial élargi sur plusieurs générations”, rapporte Rozenn Hany.

Cependant, plusieurs participants ont vu dans cette mesure une “piste de justice sociale permettant de rééquilibrer les surfaces habitées par les plus riches et par les plus pauvres”. “Ce n’est pas quelque chose qui sera facile, mais il y a vraiment des grandes différences entre les gens qui ont 200 mètres carrés pas très utilisés et d’autres qui ont 30 mètres carrés bondés à craquer. Donc, je pense qu’on peut rééquilibrer en effet”, a affirmé une militante Quart Monde.

Donner du “pouvoir d’agir”

Les séances de travail consacrées au scénario 3 sur les “technologies vertes” ont notamment permis aux militants Quart Monde de s’interroger sur la “robotisation massive” prévue par ce scénario. Perçue comme “une menace pour l’emploi”, notamment pour les postes occupés par les personnes en situation de pauvreté, elle peut néanmoins “réduire la pénibilité de certaines tâches et soulager celles et ceux qui mobilisent leur corps pour les effectuer”, ont-ils souligné. Le fait d’être jugé “remplaçable par un non-humain, par une technologie” a choqué une militante Quart Monde.

L’étude de ce scénario a entraîné davantage d’échanges autour de la responsabilité des industries, des politiques et des plus riches pour la transition écologique. Les militants Quart Monde ont cependant pointé la nécessité de se “souder les uns les autres pour sauver la planète”. Ils ont regretté que ce scénario ne donne pas assez de “pouvoir d’agir” aux citoyens. “Ce n’est pas nous qui commandons, ce sont les grandes instances, le pouvoir et tout ça”, a affirmé l’un d’eux. Les militants Quart Monde “ont exprimé le besoin d’être a minima écoutés et consultés”, explique Rozenn Hany.

Pour l’Ademe, à qui ces premiers résultats ont été présentés, ce travail “alimente les réflexions sur les zones d’ombres et limites actuelles de la prospective Transition(s) 2050”. Il met par ailleurs en lumière la nécessité de “poursuivre une réflexion aux-côtés de celles et ceux vivant ces conditions sociales et économiques susceptibles de constituer des obstacles quant à l’exécution de certaines mesures”, rappelle Rozenn Hany. À ces obstacles s’ajoutent “des savoirs et des pratiques singulièrement détenus par les plus pauvres, acquis par le biais de l’expérience de la grande pauvreté, et qu’il demeure difficile d’identifier et de considérer sans recourir au dialogue et à la concertation avec ces populations”, ajoute-t-elle.

Les militants Quart Monde du Laboratoire d’idées vont désormais se pencher sur le scénario 2 intitulé “Coopérations territoriales”. Ils iront ensuite présenter leurs travaux, notamment aux rencontres Archipel 2023 en juin à Lyon, mais aussi au centre national d’ATD Quart Monde, à Montreuil, le 26 septembre prochain.

 

Photo : Rencontre des membres du Labo d’idées Écologie et grande pauvreté à La Bise, dans le Jura. © ATD Quart Monde

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