Volontaire permanent depuis 17 ans, Jonathan Roche a trouvé à ATD Quart Monde un « endroit où l’on peut s’exprimer, où on t’écoute et où on ne t’exclut pas ».
C’est parce qu’il avait besoin de « changer d’air » que Jonathan Roche, 24 ans, décide un jour d’ouvrir l’annuaire des associations. Au hasard, il contacte la première par ordre alphabétique : ATD Quart Monde. C’est le début pour lui d’une longue histoire d’engagement. Formé pour devenir commercial, il n’imagine pas exercer ce métier et enchaîne alors les emplois en intérim. Mais ce qu’il souhaite vraiment, c’est « participer à changer le monde ».
Depuis son enfance, il est en effet « scandalisé par les injustices ». Il se souvient encore avec précision de sa colère lorsqu’au collège un enseignant humiliait l’une de ses amies parce qu’elle faisait des fautes d’orthographe. « Moi, ça me révoltait, je le disais et j’étais exclu », explique-t-il. Alors, quand il découvre ATD Quart Monde, la première chose qu’il comprend, c’est que « c’est l’endroit où l’on peut s’exprimer, où on t’écoute et où on ne t’exclut pas. En retour, tu dois appliquer les mêmes conditions, te former à l’écoute de l’autre, notamment le plus pauvre, le plus isolé, celle et celui que personne n’écoute », décrit-il.
La richesse de la communauté
Rapidement, Jonathan devient volontaire permanent. Lors de ses premières missions, dans l’équipe de préparation de la Journée mondiale du refus de la misère à Paris, dans le Comité solidaire d’accès aux droits, puis à la maison de vacances familiales de La Bise, il voit qu’il n’est pas possible de « changer le monde en restant seul ». Lui qui était « très solitaire » apprend « ce que cela signifie de se rassembler pour avancer ensemble ». Il perçoit notamment « la richesse qu’apporte la communauté » lors de sa mission à Cuyo Grande, au Pérou.
Pendant cinq ans, il vit là-bas avec son épouse, Édith, péruvienne et également volontaire permanente, et leurs trois enfants. « Nous nous sommes vraiment investis dans la communauté, nous avons partagé les moments de joie et de tristesse des familles, nous avons été intégrés », détaille-t-il. Aux côtés des personnes en situation de pauvreté, Jonathan sent qu’il a trouvé sa place. « Jusque-là, je comprenais ce qu’était l’exclusion pour l’avoir vécue moi-même. Mais je ne pensais pas qu’il pouvait y avoir des personnes aussi exclues. Dans ma vie, j’ai connu des situations de pauvreté, mais je ne connaissais pas la misère », constate-t-il.
Une plongée dans l’histoire du Mouvement
À son retour du Pérou, une nouvelle mission l’attend : il intègre la photothèque du Centre de mémoire et de recherche Joseph Wresinski, un lieu où sont archivés plusieurs millions de documents collectés depuis plus de 60 ans par les équipes du Mouvement, partout dans le monde. « C’est une mission complètement différente, surtout que le bureau, ce n’est pas trop mon truc. J’ai dû travailler sur moi-même », explique-t-il. Il accepte pourtant ce nouveau défi avec beaucoup de flegme. « Je pense que c’est important de s’investir dans les choses que l’on n’aime pas trop et d’essayer de découvrir ce qu’il y a de bon là-dedans. »
En se plongeant dans les archives, il redécouvre l’histoire d’ATD Quart Monde, s’interroge sur la meilleure manière de classer et de conserver tous ces documents qui retracent aussi une partie de l’histoire de la pauvreté en France et dans le monde. « Nous avons 2,8 millions de photographies numérisées. C’est beaucoup trop. Pour que cela soit plus accessible, il faut travailler sur les doublons, trier, coter chaque image… », détaille-t-il. L’une de ses missions a ainsi consisté ces dernières années à coordonner la numérisation de plus de 26 000 photos envoyées par les équipes d’ATD Quart Monde à New York, aux États-Unis.
Remettre en question la société
Mais que ce soit en archivant des documents, en accompagnant des personnes expulsées de leur logement ou en participant à des chantiers et à des assemblées communales au Pérou, ce qu’il aime dans son engagement de volontaire, c’est l’apprentissage permanent. « Le volontariat rompt avec l’idée qu’il faut avoir telle ou telle compétence pour obtenir tel ou tel poste. Dans le Mouvement, on te donne ta mission, puis tu dois aller te former, acquérir des compétences, repartir de zéro parfois, mais toujours avec le soutien des personnes qui t’entourent », décrit-il. Un fonctionnement qui lui convient parfaitement, mais qui n’est pas toujours simple à vivre : « Il est difficile de s’arrêter, il y a tellement à faire pour lutter contre la misère que notre mission n’a jamais de fin. À l’échelle d’un humain, ce n’est pas possible, c’est donc pour cela que nous devons travailler ensemble ».
Son sentiment de révolte contre la société s’est peu à peu dissipé grâce aux rencontres et aux moments de vie partagés au fil des ans. Mais il cherche toujours une manière de changer le monde. « Une contribution importante qu’ATD Quart Monde peut apporter, c’est la remise en question de la société à partir de ce dont nous sommes les témoins ».
Pour lui, « le Mouvement doit rester provocateur, car la misère est trop souvent oubliée. Le fait que des militants Quart Monde siègent à l’ONU, c’est une provocation. Le fait que le Centre de mémoire et de recherche Joseph Wresinski soit reconnu par l’Unesco, c’en est une aussi. Le fait de présenter des rapports au Conseil économique, social et environnemental, de prendre la parole à l’Assemblée nationale, d’avoir un discours qui scotche les gens, c’est provocateur ». Il invite donc les membres du Mouvement à continuer à être « là où on ne les attend pas ».
