Engagée à Sézanne, dans la Marne, Estelle Mahaut coordonne le collectif qui organise chaque année la Journée mondiale du refus de la misère.
Estelle Mahaut n’imagine pas l’engagement comme un exercice solitaire. Née dans une famille « qui baignait dans l’éducation populaire », ce courant de pensée visant à mener des démarches collectives pour construire une société plus juste, elle cherche avant tout à fédérer les énergies autour de projets communs. Dès son adolescence, elle s’inspire notamment de son oncle, volontaire permanent à ATD Quart Monde, et pousse la porte de plusieurs associations. En grandissant, elle découvre d’autres formes d’actions militantes lors d’un voyage autour du monde de huit mois. Son périple la mène notamment à El Alto en Bolivie, où elle rencontre des volontaires permanents du Mouvement.
À son retour, en 2008, le lien avec ATD Quart Monde se fait donc naturellement, à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère organisée à Sézanne, dans la Marne. Petit à petit, elle devient alliée, tout en étant engagée au CCFD-Terre Solidaire, association de solidarité internationale et de développement. Elle souhaite ainsi « agir pour ici et pour là-bas, et avoir ces deux piliers basés sur la même philosophie de solidarité, même si les enjeux ne sont pas les mêmes en Europe ou en Afrique ». Elle décide de s’investir pour l’organisation de la Journée mondiale du refus de la misère en coordonnant un collectif à partir de 2012.
Réfléchir ensemble
Grâce à son impulsion, une douzaine de partenaires, comme le Centre intercommunal d’action social, le Secours catholique, le Secours populaire, la Croix-Rouge, l’Institut médico-éducatif, le conseil municipal des jeunes ou encore l’Esat (établissement et service d’accompagnement par le travail), se réunissent chaque année dès le mois de mai pour créer un événement à Sézanne le 17 octobre. Une exposition dans la médiathèque de la ville permet également de présenter pendant plusieurs semaines les outils créés pour l’occasion.
Représentante d’ATD Quart Monde dans ce collectif, elle s’attache notamment à « toujours repartir des fondamentaux de cette journée : donner la parole aux personnes les plus pauvres, faire en sorte que l’événement reflète les réflexions du collectif et ne soit pas une vitrine pour chaque association… ». Pièces de théâtre, sculptures, chorales et surtout témoignages composent tous les ans « une soirée dense, dont on sort toujours un peu secoué ». L’objectif n’est pas simplement de se rassembler, mais « de lutter contre les préjugés et de réfléchir ensemble à la meilleure façon d’améliorer la situation sur le territoire ».
« Les petits pas sont importants »
Estelle Mahaut salue « la force du collectif » et avoue qu’elle n’aurait pas forcément poursuivi son engagement avec ATD Quart Monde sans cette action avec d’autres associations. La réflexion commune « permet de ne pas rester sur une analyse simpliste des situations, d’avoir des objectifs de long terme tout en ayant conscience que les petits pas sont importants ». Pour elle, les associations engagées dans le collectif « sont à contre-courant de la société actuelle et en avance sur leur temps. Elles partent de la base, de ce que disent les personnes et cherchent des solutions qui correspondent vraiment aux besoins ».
À travers son engagement, elle s’emploie à « ne jamais cliver, ne pas être uniquement dans la dénonciation, mais dans la volonté de construire, de remettre du dialogue ». Ses lectures et ses rencontres dans le Mouvement lui ont apporté « des clés de compréhension du monde. Dans la société actuelle, tout est très normé, simple. C’est noir ou blanc. Mais en fait, c’est plus compliqué que cela et ATD Quart Monde permet d’avoir une vision humaniste, de repartir de l’humain et de ce que sont vraiment les personnes ».
S’engager pour ne pas subir
Parfois, des doutes l’assaillent lorsqu’elle regarde le monde qui l’entoure et les attaques répétées contre les personnes en situation de pauvreté. « Il faut avoir des piliers sur lesquels s’appuyer, parce que sinon on ne peut pas avancer. C’est tellement fort ce qui est contre nous, c’est comme une lame de fond difficile à contrer. Il y a eu des moments où il y a eu des prises de conscience et toute la société évoluait dans le même sens, mais maintenant c’est difficile », constate-t-elle.
Elle se récite alors la phrase de Joseph Wresinski, inscrite sur la Dalle à la mémoire des victimes de la misère inaugurée au Trocadéro, à Paris, lors de la la première Journée mondiale du refus de la misère : « Le 17 octobre 1987, des défenseurs des droits de l’Homme et du citoyen de tous pays se sont rassemblés sur ce parvis. Ils ont rendu hommage aux victimes de la faim, de l’ignorance et de la violence. Ils ont affirmé leur conviction que la misère n’est pas fatale. Ils ont proclamé leur solidarité avec ceux qui luttent à travers le monde pour la détruire. » Estelle Mahaut en est sûre, « s’engager, même si cela prend du temps, cela aide humainement à ne pas subir tout ce qui se passe, à se dire que ce n’est pas une fatalité et à apporter notre contribution à l’édifice pour aller dans le bon sens. »
Illustration : © Virgil
