TAE (Travailler et Apprendre Ensemble), l’entreprise solidaire d’ATD Quart Monde basée à Noisy-le-Grand, organise une formation de quatre jours sur le thème du management inclusif. Construite autour de quatre journées en 2026, elle a pour objectif de donner des pistes de réflexion pour permettre à toutes et tous de trouver sa place en entreprise.
Conçue comme un laboratoire d’innovation sociale par ATD Quart Monde, TAE a décidé depuis 2018 de diffuser son expérience dans des entreprises classiques. La conviction de TAE est qu’en apprenant à manager, motiver et insérer dans le collectif de travail les personnes les plus éloignées de l’emploi, on apprend à mieux manager tous les salariés, à vivre ensemble dans l’entreprise, sans oublier qui que ce soit.
Pendant quatre jours, les 11-12 mars et 20-21 mai 2026, une quinzaine de managers et encadrants d’entreprises et d’administrations peuvent ainsi venir se former avec les salariés et l’équipe dirigeante de TAE. « Nous avons créé cette formation pour sensibiliser les gens à une manière différente de voir l’entreprise et de traiter les salariés, de les faire réfléchir avant de juger sans comprendre », explique Jean-François Moinet, salarié de TAE.
Garantir la sérénité et gérer les conflits
Chaque journée de formation est animée par un groupe de trois ou quatre salariés de TAE volontaires et par Laurent Godin et Séverine Choquet, les deux co-directeurs. La formation commence par un temps de présentation du fonctionnement de TAE, qui expérimente une autre façon d’organiser l’entreprise en ayant comme objectif premier de permettre à toute personne d’accéder au droit à avoir un emploi. Dans cette entreprise, des salariés en grandes difficultés et d’autres au parcours plus classique travaillent ensemble, les anciens forment les nouveaux et l’on pratique la polyvalence.
Les temps de pause et de déjeuners sont également l’occasion pour les participantes et participants d’échanger avec les salariés. « On ne veut pas être vus comme des spécimens de foire, mais nous sommes les plus concernés. On a le vécu, l’expérience, donc c’est normal d’avoir notre mot à dire. On travaille ensemble, donc on explique ensemble », poursuit Jean-François Moinet.
Deux thèmes seront particulièrement abordés cette année : quelles sont les conditions à mettre en place pour qu’un salarié puisse être serein au travail ? Comment gérer les conflits ? « Une séquence classique de la formation est la séquence sur les conflits en théâtre forum », explique Laurent Godin. Il s’agit d’une forme de théâtre participatif permettant aux spectateurs d’être acteurs et de changer l’histoire en cours. « La saynète a été montée par un groupe de salariés et est jouée par eux. On est parti d’expériences vécues. Les salariés savent déstabiliser les participants et modifier leurs comportements selon leur proposition pour creuser encore plus la solution apportée. Cette séance a beaucoup de succès », décrit-il. Les participantes et participants apprennent également à s’interroger sur la notion du temps, afin de ne plus réagir « à chaud » quand ils rencontrent une situation complexe.
Changer de regard
« On n’est pas dans un format classique dans laquelle les personnes arrivent pour acquérir une compétence ou une façon de faire. C’est une session de formation qui peut être très perturbante », affirme Dominique Debelle, salarié de TAE. « L’objectif est de se mettre la tête à l’envers et d’aller chercher soi-même ce qui peut être utile dans son propre contexte. Nous essayons de casser l’effet scolaire, dont nous avons tous l’habitude, avec un professeur et des élèves. Nous livrons des expériences, des chemins que nous avons pu prendre et chacun en retire ce dont il a besoin. C’est un exercice qui n’est simple pour personne », détaille-t-il.
À l’issue des formations précédentes, « les managers venus participer ne se sont pas mis tout à coup à fonctionner dans leur entreprise comme nous fonctionnons à TAE. Mais leur manière de manager évolue petit à petit. Ils sont moins dans un management descendant qui trouve des solutions et les impose à tout le monde, mais développent l’autonomie des équipes ou organisent des possibilités pour avoir de l’information remontante », précise Laurent Godin. Les participantes et participants apprennent à « changer de regard sur leur activité et sur les personnes avec qui ils travaillent et à s’interroger sur la manière d’amener les salariés à être plus à l’aise dans leur poste, dans leur travail et avec les autres », affirme Dominique Debelle.
Les retours des personnes formées lors des précédentes sessions, recueillis par Séverine Choquet, montrent l’impact de la formation. « Ce qui m’a intéressé plus que tout, c’est l’atelier sur les conflits. On a construit ensemble. […] Il faut juste avoir de la patience, laisser le temps et avoir un discours qui ne varie pas, ne pas prendre parti. Et en fait, ça fonctionne, les gens font le chemin, des efforts, ils prennent sur eux, le temps permet ça », explique ainsi un manager. Une autre participante retient surtout « l’échange avec les salariés de TAE qui n’ont rien à voir avec les gens » qu’elle rencontre d’habitude dans son travail. « Ils m’ont montré d’autres pistes que je ne voyais même pas, ou que je n’imaginais même pas », souligne-t-elle.
Au-delà des pistes apportées pour un management plus inclusif, les participantes et participants ont toutes et tous été touchés humainement par cette formation, qui a fait évoluer leur perception des personnes en situation de grande pauvreté.
La formation est certifiée Qualiopi et son coût est de 2 500 euros pour les quatre jours. Pour s’inscrire à la prochaine session qui aura lieu les 11-12 mars et 20-21 mai 2026 ou demander des renseignements, vous pouvez contacter l’équipe de TAE : formationtae@ecosolidaire.org, 01 49 32 15 96
Photo : © Carmen Martos
