Évaluation de l’expérimentation OSEE : les stagiaires ont été “mis en capacité de construire leur place dans la société”

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Quatre chercheuses de l’Institut social de Lille ont présenté le 28 novembre, dans les locaux de l’Université catholique de Lille, les résultats de leur évaluation du projet OSEE, Osons les savoirs d’expérience de l’exclusion, porté par ATD Quart Monde. Elles ont mis en avant les forces de cette formation pré-qualifiante et proposé des recommandations en vue de développer et d’adapter le projet à Rennes et dans la métropole lilloise.

Pendant 22 mois, elles ont observé les stagiaires de l’expérimentation OSEE, mené plus de 130 entretiens individuels et collectifs et analysé en détails ce parcours de formation pré-qualifiante destiné à des personnes ayant une expérience vécue de précarité, investies dans des associations et souhaitant se professionnaliser dans les métiers du travail social de la médiation, de l’animation et de la petite enfance. Émilie Duvivier, Sylvie Desailly, Laure Lienard, Cristina Teodorescu, chercheuses au Groupe d’études et de recherche en travail social de l’Institut social de Lille (GERTS-ETHICS), ont présenté le 28 novembre leur rapport d’évaluation devant une centaine de personnes et ont pointé la spécificité de cette formation.

Deux promotions de stagiaires se sont succédé, de 2020 à 2023, au sein de cette formation de quinze mois pilotée par ATD Quart Monde et le Greta-MTE 93, l’établissement public de formation continue des adultes de Seine-Saint-Denis. Les chercheuses ont tout d’abord constaté la spécificité de leur recrutement. “Contrairement aux modalités de recrutement dans les formations classiques, ATD Quart Monde est allé à la rencontre des personnes les plus isolées, les plus éloignées du système éducatif et de formation”, sans demander des pré-requis concernant les diplômes obtenus ou les compétences, ont-elle souligné. Cet accueil “inconditionnel” constitue pour elles l’un des points forts de l’expérimentation en permettant de s’adapter au projet des stagiaires “avec un cadre de souplesse, d’ouverture et beaucoup d’innovation”.

Force du collectif

Autre spécificité pointée par ce travail de recherche : la valorisation des savoirs de l’expérience construits collectivement, “là où d’autres dispositifs de formation pré-qualifiante mettent davantage en avant les savoirs académiques et professionnels”. L’un des objectifs était ainsi de “valoriser ce que la vie nous apprend, mais aussi la force du collectif dans la construction de ces savoirs”, ont-elle précisé. Leurs observations ont ainsi montré qu’OSEE avait permis à beaucoup de stagiaires de “déconstruire la pensée limitante qu’ils pouvaient avoir sur eux-mêmes, parce qu’ils ont trop souvent été renvoyés à ce qu’ils ne savent pas faire, à leurs difficultés, à l’école et dans le monde du travail”. Cela passait par un renforcement de la confiance en soi et une valorisation de l’expérience de l’exclusion. “Cette expérience est encore très stigmatisée, mais ils ont développé l’idée que, même s’ils avaient vécu des choses difficiles, ils en avaient tiré un savoir qui pouvait leur servir et servir à tous”, ont exposé les chercheuses.

La manière dont le parcours de formation était construit avec les stagiaires, a également surpris les chercheuses. “OSEE a permis aux stagiaires de dépasser leur sentiment d’impuissance, et d’éclairer leurs choix pour qu’ils puissent agir en toute connaissance de cause.” Les stagiaires entendus en entretien ont ainsi souvent manifesté leur sentiment d’avoir été entendus pour avancer à leur rythme. Cela a été rendu possible par “un accompagnement de proximité combinant une dimension pédagogique et sociale”, autre point fort de l’expérimentation. “Le principe est de partir des envies et des capacités, plutôt que des besoins et difficultés. On est dans la pédagogie des petits pas. Les petites réussites donnent confiance et permettent de franchir la marche supérieure”, ont-elle affirmé, mettant en avant l’importance de la dynamique du groupe. Le fait de pouvoir s’appuyer sur des personnes ayant vécu des situations de vie similaires, mais aussi sur une équipe très disponible et des accompagnants, appelés “personnes ressources” a notamment permis “la création du ‘nous‘”, qui a été un élément déterminant pour valoriser les savoirs de l’expérience.

Cet accompagnement s’est poursuivi au-delà des quinze mois de formation, “ce qui est assez inhabituel par rapport à un dispositif de formation classique”. “Là où d’autres s’arrêteraient en invoquant le réalisme ou la question du financement, OSEE est là tant que la personne en a besoin, avec un réseau de soutien qui dure, afin de donner des petits coups de pouce pour permettre au stagiaire d’aller vers le projet rêvé”, ont précisé les chercheuses.

Une visée d’inclusion socio-professionnelle

Elles ont par ailleurs évalué les suites de parcours à la fin de la formation OSEE. En juin 2023, un tiers des stagiaires rencontrés en entretien souhaitaient continuer en formation qualifiante, notamment de moniteur éducateur, assistant de service social, animateur, auxiliaire de vie, brancardier ou encore adjoint au patrimoine. Un quart d’entre eux ont accédé à un emploi. L’étude a également montré des situations plus compliquées “marquées par la persistance de nombreux obstacles rencontrés par les stagiaires sur les chemins de l’insertion : projet insuffisamment réfléchi, découragement, problèmes de santé, familiaux ou financiers”.

Mais, si les formations pré-qualifiantes sont souvent évaluées selon le taux d’insertion dans l’emploi ou dans des formations de leurs stagiaires, OSEE a davantage “une visée d’inclusion socio-professionnelle”. L’expérimentation “a bien fonctionné pour certains comme un sas qui a permis aux stagiaires de s’acculturer aux métiers du social au sens large, mais pour tous, à la fin, elle a permis un pas en avant, une meilleure confiance en eux, une envie de poursuivre, même si la suite de la route n’est pas toujours très claire”. Pour les quatre chercheuses, “le stagiaire a été mis en capacité non pas de trouver une place dans un dispositif d’insertion, mais de construire sa place dans la société”.

L’importance de l’environnement

OSEE a ainsi permis de développer “les capabilités”, c’est-à-dire “tout ce que la personne peut devenir si son entourage le lui permet”. Il existe en effet un écart entre les possibilités formelles d’accéder à une formation qualifiante ou à un emploi et les possibilités réelles. Pour devenir moniteur-éducateur, par exemple, “il faut passer un concours pour entrer en formation, avec un financement Pôle Emploi. Dans la réalité, il faut avoir un conseiller qui vous suit dans le projet, que cela tombe au bon moment pour les financements, avoir de quoi se payer le concours, avoir confiance en soi pour le réussir…”, ont-elles expliqué.

D’après leurs observations, OSEE fonctionne ainsi comme “un ‘environnement capacitant’ en levant les freins, notamment liés au vécu de la pauvreté, à l’intériorisation de situations de domination, d’oppression. Pour que les personnes puissent réaliser leur désir, certes cela dépend d’elles, mais pas exclusivement. Cela dépend aussi largement de l’environnement”. OSEE met donc en place un réseau de soutien, “un filet avec des mailles serrées, souple, disponible, multitâches, pour bien développer des compétences professionnelles, mais aussi personnelles et sociales, comme la gestion des émotions, la capacité à faire des choix, la confiance en soi…”, ont-elles détaillé.

Des préconisations pour la suite

Trois axes de recommandations ont été formulés pour permettre à cette expérimentation de se poursuivre dans de bonnes conditions. Les chercheuses recommandent ainsi de “sécuriser les personnes et les parcours de formation” en encadrant davantage la place des “personnes ressources”, en élaborant notamment de manière collective les règles du groupe en formation, en favorisant le bien-être des stagiaires, leur inclusion dans le groupe… Elles proposent en outre de “proposer une démarche pédagogique progressive et individualisée” en favorisant notamment l’autodétermination des stagiaires, en renforçant la dimension d’évaluation ou encore en accompagnant l’alternance entre les stages et la formation théorique. Enfin, l’accompagnement du projet professionnel du stagiaire peut être renforcé, notamment en levant les freins au financement de la formation qualifiante.

Cette évaluation et tout ce qui a été progressivement construit dans les deux promotions de stagiaires doit désormais permettre une démarche d’essaimage”, c’est-à-dire la mise en place d’un parcours de formation pré-qualifiante similaire “dans une dynamique locale”, a expliqué en conclusion de cette présentation Pascale Budin, co-pilote de l’expérimentation OSEE. La métropole lilloise, avec l’organisme de formation EESTS, et la ville de Rennes et le centre de formation continue Prisme ont dores et déjà commencé à élaborer le parcours de formation.“Nous allons travailler avec des partenaires locaux, des associations qui peuvent proposer le projet à des stagiaires et apporter leur expérience, avec des organismes de formation qui vont intégrer les stagiaires après la formation pré-qualifiante afin qu’il y ait une continuité dans le parcours des stagiaires”, a souligné Eric Bourcier, également co-pilote du projet.

Faire évoluer le travail social

ATD Quart Monde souhaite ainsi poursuivre ce projet avec “la conviction que les personnes qui ont l’expérience de l’exclusion ont un savoir inestimable”, a conclu Benoît Reboul-Salze, membre de la délégation nationale du Mouvement. Cette nouvelle phase doit également permettre “d’aller plus loin avec les financeurs, avec la région, le département et de se mettre dans les conditions pour faire en sorte que d’autres organismes de formation et d’autres partenaires se lancent dans des projets comme OSEE sans ATD Quart Monde. Là, nous aurons vraiment atteint l’objectif qui est de faire évoluer le travail social”, a-t-il ajouté.

L’objectif est de permettre à de futurs stagiaires vivant sur ces deux territoires de bénéficier d’un accompagnement personnalisé et dans la durée pour se préparer à l’entrée dans une formation qualifiante et accéder aux métiers du social. “Quand on est dans la pauvreté, c’est d’autres qui pensent tout le temps à votre place ce qui est bien pour vous. OSEE dépasse complètement cela, s’adapte à chacun dans son parcours pédagogique, avec un accompagnement global et une vision globale de la personne, parce que tout est lié dans la vie des gens. En même temps, OSEE permet d’avancer ensemble sur toutes les dimensions de la pauvreté”, a-t-il souligné. Plusieurs stagiaires des deux promotions ont par ailleurs expliqué la manière dont cette expérimentation les avait fait évoluer. Ils sont désormais prêts à soutenir la “démarche d’essaimage” et à permettre à de plus en plus de personnes de voir leurs savoirs de vie et d’expérience être reconnus par la société. Julie Clair-Robelet

 

Photo : Présentation de l’évaluation de l’expérimentation OSEE à l’Université catholique de Lille, le 28 novembre 2023. © ATD Quart Monde

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