Lætitia David, 29 ans, habitant à une heure de Nantes, est une membre active du Labo d’Idées Jeune depuis ses prémices. Très engagée politiquement, elle espère qu’un député écoute et soit touchée par son témoignage et agisse pour améliorer la vie des jeunes en difficulté.
Marie fut le premier visage d’ATD Quart Monde que vit Lætitia. C’était il y a un peu plus de six ans, dans les locaux de l’association La R’ssource à Nantes. Vingt-deux ans à l’époque, elle vient souvent à l’association. Elle accueille la journée les jeunes en difficulté âgés de 16 à 25 ans. « On y vient prendre un café, manger, se reposer, discuter, penser à autre chose » détaille-telle. Marie Novert, est éducatrice spécialisée à l’association nantaise, alliée d’ATD Quart Monde comme l’était sa mère, et membre du réseau Wresinski Jeunesse. Ce jour-là, elle propose à quelques jeunes de rejoindre un projet qu’est en train de mettre en place ATD Quart Monde : le Labo d’Idées Jeune. L’idée est de créer un espace qui rassemble des jeunes de 16 à 30 ans ayant l’expérience de la pauvreté et de l’exclusion pour réfléchir et travailler, trois à quatre week-ends par an, sur un thème, puis voir comment le faire avancer.
Très engagée politiquement
Lætitia se dit pourquoi pas. « Si cela pouvait changer les choses. Je suis allée voir, cela m’a plu et je suis restée » rapporte-t-elle. Au départ, elle a une idée en tête, le Labo pourrait lui permettre de parler à un député, à un parlementaire, à quelqu’un qui a le pouvoir de changer les choses pour les jeunes en galère. Depuis ses 19 ans, elle est très engagée politiquement. Elle est de toutes les manifestations à Nantes, Nuit Debout, les Gilets Jaunes, contre la réforme des retraites, elle vient aider aux blocus dans les universités, elle participe à la création de Maison de peuple, s’oppose aux expulsions des sans papiers. Partout, elle vient prêter main forte et « combattre les injustices ». « J’étais dans les réseaux. Différentes associations me tenaient au courant de leurs actions », explique-t-elle. Ces liens avec les associations locales se sont noués en 2017. Son frère, à la suite d’une manifestation, s’était fait agressé par des mouvements d’extrême droite. Des militants d’associations viennent les voir, leur porter secours, et les aider à retrouver les agresseurs, « faire en somme le travail de la police ».
« Quand on est petit, on ressent, on subit les injustices mais on ne comprend pas. C’est plus tard qu’on en prend conscience » confie Lætitia. Elle a été placée, jeune, en foyer. En 2016, elle devient majeur. « Au foyer, ils m’ont dit qu’ils travaillaient pour m’obtenir une dérogation, je pourrai rester après mes 18 ans jusqu’à ce que j’ai une place en accueil des jeunes majeurs. Mais finalement, une semaine avant mon anniversaire, ils sont venus me voir pour me dire que ce n’était pas possible. Les éducateurs m’ont aidé à faire mes bagages et m’ont ramené chez ma mère. Cela ne s’est pas bien passé. Je suis partie, et suis allée habiter chez des amis. La journée, j’allais à la R’ssource » relate-t-elle. C’est donc à ce moment là de sa vie que Lætitia a commencé les Labos d’idées Jeune.
Le Labo d’Idées Jeune
« Nous sommes en général une dizaine de jeunes, venus des quatre coins de la France et deux ou trois membres de l’équipe Jeunesse d’ATD Quart Monde. On se retrouve pour un week-end, en région parisienne, dans les locaux du Mouvement. On réfléchit ensemble, on travaille ensemble, on déjeune, on dîne ensemble. Le samedi on commence dès 8 heures. Soit on reprend là où on en était, soit quand un nouveau thème est abordé, on commence le travail en répondant à des questions. Cette année nous travaillons sur la santé mentale des jeunes. J’avais proposé le sujet, ma mère est concernée, cela a été plus compliqué que je ne le pensais. Pour commencer, les gens d’ATD Quart Monde nous ont demandé : ‘C’est quoi la santé mentale pour nous ?’ ‘Qu’est-ce qui assure une bonne santé mentale ?’On a réfléchi, débattu, on a regardé des vidéos aussi sur le sujet. Chacun a raconté une situation dans laquelle la santé mentale est mise à l’épreuve. Puis, tous ensemble, on essaie de voir d’où vient le problème. On partage beaucoup, on raconte nos expériences personnelles. À la fin de l’année, on fait un compte-rendu qui rassemble nos expériences et réflexions » décrit Lætitia.
“Mes galères sont passées (…) J’agis pour les autres”
Ce travail, elle ne le fait plus pour elle. « Mes galères sont passées. J’ai un travail, un logement. Je le fais pour les autres » explique-t-elle. Elle habite à une heure de Nantes maintenant, et les manifestations, elle y va moins souvent qu’avant. « Mais le Labo, non, j’y vais à chaque fois. Ils font partie de ma routine. Un mois à l’avance, je bloque dans mon agenda, m’arrange avec mon boulot pour ne pas travailler ce week-end là. En six ans, j’ai loupé une fois. Je me suis engagée, ce n’est pas pour y aller une fois tous les 4 ans. Surtout que cette année est ma dernière, je vais avoir 30 ans », rapporte-t-elle. Et après, il en est fini d’ATD Quart Monde ? « Non, je continue, je vais participer pour les trois prochaines années à un travail de recherche sur la démocratie et la citoyenneté » sourit Lætitia. Le projet s’appelle DémoCis, il s’inscrit dans la démarche des croisements des savoirs d’ATD Quart Monde et est porté par l’université de Lille. Des chercheurs, des militants Quart Monde ou habitants engagés dans les Centres socio-culturels et des professionnels vont travailler pour comprendre ensemble ce qui freine l’exercice de la citoyenneté et ce qui renforce la démocratie.
Lucile Chevalier
