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Ne m’appelle pas Capitaine

Ne m’appelle pas Capitaine

"Vers quel soi-même insoupçonné nous conduit le miracle d'une oreille attentive ?
L'hypothèse est-elle folle d'un langage et d'un agir abattant les barrières entre castes, générations, ghettos, clans ?"
L.T.

Aude, apprenti journaliste, va enquêter dans un quartier en désuétude de Haïti, le Morne Dédé, ancien repaire de résistants à la dictature.

Elle appartient à une riche famille haïtienne, à la peau claire, pour laquelle « le reste du monde n’a pas de nom ».

Sur le conseil de son oncle, elle rencontre le capitaine, un ancien grand maître des arts martiaux, qui est maintenant cloué dans un fauteuil à ruminer sa colère : « Aujourd’hui je ne crie plus. Il faut du nerf à la violence. Je suis un vieux sac de palabres qui met trop de temps à mourir ».

Le club qu’il a fondé abrite une bande d’adolescents perdus. Il a dépêché l’un d’entre eux, Jameson, pour protéger Aude, elle et sa petite voiture reçue pour son anniversaire : « Ici ce ne sont pas les raisons qui manquent pour cracher sa colère sur celui qui paraît avoir un centime de plus que les autres. Un centime suffit. Le plus petit mirage. Et toi, tu ne parais pas riche, tu pues riche. »

A travers les récits du capitaine, elle découvre un monde qui lui est totalement étranger : « Les seules personnes ne partageant pas ma condition de gosse de riche auxquelles j’avais jusqu’ici adressé la parole étaient des subalternes : domestiques, chauffeurs, salariés d’une des entreprises familiales. » Et le capitaine ne mâche pas ses mots pour décrire le monde d’où elle vient, un monde de dominants : « Si tu laisses à un homme le pouvoir sur le pain d’un autre, il lui fera payer au centuple, jusqu’à la dernière miette ».

Peu à peu, au fil des rencontres, elle pose un autre regard sur son milieu d’origine et sur elle-même : « Ces rencontres avec le capitaine m’ont mise en grand danger. Plus j’écoute ses récits, plus ce que j’ai été me semble insuffisant ».

Une collaboration bienveillante s’installe progressivement entre le capitaine, les jeunes et Aude, pour refaire du club désaffecté un « lieu de vie ».

Annick Mellerio

Éditions Actes Sud – 2018 – 147 p.