Rentrée scolaire : “La priorité est de raccrocher les enfants à l’école”

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Alors que tous les élèves français doivent reprendre cette semaine le chemin de l’école, Régis Félix, membre de l’équipe de coordination du Réseau école d’ATD Quart Monde, fait le point sur les craintes que suscite cette rentrée pour les élèves de familles en situation de pauvreté.

Comment envisagez-vous cette rentrée des classes marquée par la crise sanitaire et sociale ?

Pour les enfants de familles en grande difficulté, il est primordial que cette rentrée puisse se faire. Pour certains élèves, cela fait quasiment six mois de coupure d’école, c’est catastrophique. Mais il y a quand même beaucoup d’inconnues pour que cette reprise se passe de manière sereine. Les directives du ministre de l’Éducation nationale sont que tout le monde doit revenir en classe. Mais si la situation sanitaire évolue et qu’il faut retrouver l’alternance entre des cours en présentiel et l’école à la maison, ce sont à nouveau les enfants des familles en grande précarité qui risquent d’en payer le prix.

Il y a encore énormément de points d’interrogation. Pour les familles en difficulté pécuniaire, le coût des masques n’est pas négligeable du tout. Ils devraient être fournis par les écoles. En outre, toutes les cantines vont-elles reprendre ? Dans une Ulis (Unité localisée d’inclusion scolaire) que je connais, les élèves ont d’ores et déjà été informés qu’ils devraient apporter leurs repas. Sur de nombreux points, c’est le grand flou.

Quelles sont vos principales craintes pour cette rentrée ?

Si elle se fait avec tous les enfants, comme cela est prévu pour l’instant, notre crainte est que les enseignants repartent comme si de rien n’était, en souhaitant seulement suivre leur programme. Pour ceux qui ont décroché depuis six mois, cela va être très compliqué. La priorité n’est pas de reprendre le programme, mais de faire parler les élèves, de savoir comment ils ont vécu cette période, sans les faire culpabiliser. Cette rentrée n’est pas ordinaire, elle ne doit pas être une plongée immédiate dans les programmes, sinon les élèves qui n’ont pu profiter de l’école à la maison dans de bonnes conditions vont être mis en grande difficulté.

La deuxième crainte porte sur les évaluations prévues pour tous les élèves par le ministre de l’Éducation nationale. Pour beaucoup d’enfants, la priorité serait de les raccrocher à l’école et non de les mettre devant des évaluations. Cela peut-être très mauvais pour leur moral.

La troisième crainte porte sur l’évolution des protocoles, selon la situation sanitaire. Si tous les enfants ne pouvaient pas aller à l’école en même temps, il faudrait absolument donner la priorité aux enfants en difficulté scolaire. Sinon, nous allons retomber dans les écueils du confinement.

Le confinement n’a-t-il pas permis une évolution de la relation parents-professeurs et des méthodes pédagogiques ?

Nous avons beaucoup espéré que cette situation allait faire changer les choses. Mais cela reste encore à prouver. Dans tous les domaines, nous avons beaucoup parlé des changements du “monde d’après”, mais nous voyons bien que tout recommence exactement comme avant.

Les conditions exceptionnelles que nous avons vécues doivent entraîner une réflexion. Cette rentrée va être une excellente occasion de modifier profondément la pédagogie pour des enfants qui ont connu un trou énorme dans leur scolarité. Il est nécessaire de créer la coopération dans les classes entre des enfants qui ont suivi les cours avec leurs parents de manière quasiment normale et d’autres qui n’ont pratiquement rien fait pendant six mois. La seule façon de faire marcher ensemble tous ces enfants est de les mettre en coopération. Sinon, certains vont avancer à toute allure et les autres vont rester à la traîne.

Vous aviez également pointé, après le confinement, la hausse des orientations subies…

Nous avons en effet eu des échos, de la part de quelques familles, de cette conséquence du confinement. Comme certains enfants ne sont pas retournés à l’école et que leurs parents n’ont pas non plus repris contact avec l’établissement, des décisions d’orientation ont été prises sans consulter ni les parents, ni les élèves. Je connais ainsi un collège dans lequel les conseils de classe n’ont pas eu lieu. Ce sont uniquement le professeur principal et le principal qui ont délibéré, ce qui est aberrant.

Dans ces conditions, où en est le projet CIPES (Choisir l’inclusion pour éviter la ségrégation) piloté par ATD Quart Monde ?

Ce projet, dont le but est de faire en sorte que plus aucune décision d’orientation scolaire ne soit prise pour cause de pauvreté, a pris un coup avec le confinement. Nous devons désormais revoir notre calendrier et nous adapter. Nous avons ainsi dû reporter à fin octobre la remise des projets par les établissements scolaires, qui était initialement prévue fin juin.

Les 18 écoles avec lesquelles nous sommes en lien pour l’instant vont donc rendre leurs dossiers, puis l’équipe d’ATD Quart Monde va les examiner et voir s’ils répondent aux lignes principales du cahier des charge : une coopération étroite avec les parents, une pédagogie coopérative et un travail en équipe très fort au sein de l’école. Avec les établissements prêts à s’engager sur ces points, nous commencerons ensuite un travail pendant quatre ou cinq ans.

Retrouvez aux Éditions Quart Monde le livre Jahid, de Florence Gheorghin, une histoire vraie et un vivant plaidoyer en faveur d’une orientation scolaire qui n’exclut pas les plus pauvres.

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