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Agir pour éviter la ségrégation scolaire

Après trois ans de travail, vingt établissements scolaires s’engagent à partir de septembre dans une expérimentation, initiée par ATD Quart Monde. Objectif : faire en sorte que plus aucune décision d’orientation scolaire ne soit prise pour cause de pauvreté.

Combattre une « injustice sociale », tel est l’objectif de la recherche-action CIPES (Choisir l’Inclusion Pour Éviter la Ségrégation) menée à partir de la rentrée scolaire dans vingt établissements, écoles maternelles, primaires et collèges. Les statistiques sont en effet sans appel : 75 % des élèves de Segpa (Sections d’enseignement général et professionnel adapté) sont des enfants de milieux défavorisés. Le constat est sensiblement le même dans les Ulis (Unités localisées pour l’inclusion scolaire) et les Itep (Instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques).

« Parmi ces élèves, tous ne relèvent pas vraiment de ces dispositifs spécialisés », constate pourtant Dominique Reuter, alliée d’ATD Quart Monde et chercheuse en sciences de l’éducation au LACES (laboratoire culture, éducation, société) à Bordeaux. « Ils sont signalés par les enseignants pour des comportements inadaptés à l’école : soit parce qu’ils sont très silencieux et ne manifestent pas d’appétences particulières pour l’école, soit parce qu’ils sont très dissipés. Cela entraîne des difficultés d’apprentissage, devant lesquelles les enseignants se sentent impuissants », détaille-t-elle.

Écoles publiques et privées

Avec des chercheurs, des syndicats d’enseignants, des fédérations de parents d’élèves et des groupements pédagogiques, ATD Quart Monde a décidé en 2016 de réfléchir à la manière d’éviter cette ségrégation. Septembre marque le début de l’expérimentation pour des équipes enseignantes disséminées sur tout le territoire métropolitain, en zone rurale et urbaine, dans des écoles publiques et privées.

Accompagnées par les chercheurs, elles vont d’abord définir leur projet et travailler sur leurs représentations de la grande pauvreté. Les enseignants ont également accepté d’accueillir dans leurs classes, pendant quelques jours, des observateurs : chercheurs, mais aussi parents en situation de pauvreté. Des entretiens seront en outre organisés avec le directeur, ou le principal, avec des groupes d’élèves, de personnels de l’établissement et de parents. Une évaluation sera menée au cours du premier trimestre 2019 sur chacun des sites, puis au bout des cinq ans.

Sortir de la fatalité

« Cette situation ne changera que si les regards évoluent. Le © Croisement des savoirs et des pratiques est donc essentiel, pour créer un espace de rencontres entre les familles et l’école, afin que chacun comprenne comment l’autre le perçoit, jusqu’au déclic », souligne Dominique Reuter. L’attente est en effet grande de toutes parts : pour les enseignants du système classique, souvent désemparés, mais aussi pour ceux des filières adaptées ou spécialisées, dont les compétences pourraient être mises au service de l’enseignement ordinaire, ainsi que pour les élèves et leurs familles.

« Il faut changer les étiquettes que l’on porte sur les familles », affirme ainsi Émilie Ifkirne, militante Quart Monde, qui participe à la recherche depuis ses débuts. « Les parents ne sont pas écoutés, les professeurs décident à leurs places et attendent souvent la fin de l’année pour faire le bilan. Les familles doivent donc être mieux accompagnées, mais les professeurs aussi. Ils doivent être mieux formés pour savoir quels comportements adopter face à ces enfants, plutôt que de les exclure dans certaines classes ».

Pour ATD Quart Monde, il est temps de changer cette orientation et de faire en sorte qu’elle n’apparaisse plus comme une fatalité. Julie Clair-Robelet

Illustration : © ATD Quart Monde

Pour plus de renseignements, vous pouvez contacter le Secrétariat école : [email protected]