Le mercredi 2 juillet s’est tenue une rencontre du réseau Wresinski Écologie et Grande Pauvreté sur Aujourd’hui Tissons Demain, un projet pilote d’ATD Quart Monde mené à Cendras, commune de 1600 habitants dans l’agglomération d’Alès, dans le Gard. Blandine et Nicolas, volontaires permanents, ont présenté le projet aux cotés d’Abdellah, habitant de Cendras, et de Jean-Yves, directeur du centre socio-culturel de la ville, partenaire du projet.
Situé dans un ancien bassin minier et industriel, le territoire alésien présente aujourd’hui un fort taux de pauvreté et des problématiques liées à l’emploi. À cela s’ajoutent d’importants problèmes de mobilité dans la commune de Cendras. Ici, si 43 % des logements sont des logements sociaux, beaucoup sont actuellement inhabités. C’est en revanche un territoire très riche en nature et biodiversité, et la commune de Cendras est également très dynamique en termes d’associations, d’accueil et de solidarité entre les habitants. Dans ce contexte des actions se développent à partir des préoccupations mêmes des locataires, en lien avec leur cadre de vie. Parmi celles-ci, il y a des chantiers pour aménager les espaces extérieurs, réaliser des plantations et embellir le quartier. Les habitants se réunissent par ailleurs une fois par mois lors du repas des locataires, où sont nées notamment des réflexions autour des produits bio et locaux et sur leur accessibilité.
Autre temps fort à Cendras : les « cafés du jeudi », des temps de convivialité où les habitants, en particulier les jeunes parents, se retrouvent en plein air avec les enfants. Ce sont des moments qui servent aussi à partager les actualités du village et à discuter de la réalité des locataires. « C’est un moment fort pour travailler notamment sur cette question de l’habitat », a souligné Nicolas. Travailler sur l’habitat permet en effet de parler de la qualité de vie. C’est pourquoi, il y a plus d’un an déjà, les volontaires d’Aujourd’hui Tissons Demain sont allés interroger individuellement les habitants sur ce sujet. Parmi les difficultés, les charges trop élevées sont parmi leurs premières préoccupations. Au fil des entretiens et des discussions a émergé une envie de créer un projet autour d’un habitat durable et solidaire.
« Partager ce qui peut être partagé »
« ‘Moins de charges, plus de partage’, c’est ça un peu le slogan », a résumé Abdellah. « Ce qui m’a attiré dans ce projet, c’est le fait de récupérer et de retaper un logement HLM des années 1960 qui ne répond plus aux défis de demain en termes de sociabilité et d’isolation thermique ou phonique. Et puis de pouvoir mutualiser nos besoins. Un rêve, ce serait par exemple d’avoir une machine à laver commune, un frigidaire commun, une connexion Internet pour tout le monde. Partager ce qui peut être partagé. Mais aussi d’avoir un espace extérieur et un espace de travail commun », a-t-il détaillé. Le projet consisterait en effet à reprendre un immeuble aujourd’hui presque vide, et de permettre à des habitants volontaires de s’installer chacun dans un logement social, tout en ayant des espaces communs et en partageant les charges. Si ce projet d’« habitat durable et solidaire » est aujourd’hui « un rêve » et que les discussions avec le bailleur social sont toujours en cours, les habitants continuent à échanger à partir de leurs envies, leurs besoins et leurs inquiétudes.
Après cette présentation, les participants ont discuté en petits groupes autour du projet, ses spécificités et ses freins potentiels. Parmi les points forts, certains ont souligné le fait que ce projet « part des gens » et que, dans une société profondément individualiste, il les attire vers « l’envie de vivre en commun », a dit Fatiha, militante Quart Monde de Mulhouse, en soulignant que dans le HLM où elle habite, il n’y a aucun lieu commun. Des points de vigilance ont également été relevés, comme le nombre et la diversité des personnes qu’un tel projet est capable d’attirer, pour ne laisser personne de coté et permettre à tout le monde d’atteindre un niveau de bien-être minimum, mais aussi sur les difficultés de vivre en commun, y compris le respect des règles et la gestion des conflits. Et puis la difficile prise en compte des bouleversements climatiques et environnementaux qui sous-tendent ce projet comme d’autres : « Il y a un défi à avoir une lucidité sur ça », a fait remarquer Xavier, volontaire.
Ces problématiques animent les réflexions des militants Quart Monde et des volontaires permanents qui continuent à construire ce projet et à vouloir y inclure d’autres habitants. « Il y a un espoir, la possibilité de construire quelque chose ensemble. J’ai trouvé des gens avec un élan, un dynamisme, qui étaient contents de le montrer et de le partager », a confié à la fin Marie-Françoise, membre du réseau Wresinski Écologie et grande pauvreté.
Photo : “Café du jeudi” entre des habitants de Cendras autour de l’habitat social durable et solidaire. © ATD Quart Monde
