“On est tout le temps en train de se justifier”

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Colette et Christel ont participé à l’évaluation du RSA menée par ATD Quart Monde. Elles décrivent leur expérience et espèrent que cette étude sera prise en compte par les institutions.

Colette, militante Quart Monde de Reims

“Le RSA ne permet pas du tout de vivre dignement. On peut payer quelques factures, mais avec ça, on ne peut pas manger. Je ne touche jamais la même somme, c’est difficile de s’organiser, car je ne sais jamais combien je vais avoir d’un mois sur l’autre. Il y a beaucoup de convocations, on fait toutes les démarches, on nous promet plein de choses, mais il n’y a rien derrière. Alors, après, on n’y croit plus.

Le RSA, ça sert à trouver un emploi normalement, mais ça ne marche pas, il n’y a pas de boulot en ce moment. Quand on postule, on nous dit qu’on est trop vieux. Certains employeurs nous répondent qu’ils gardent notre candidature, peut-être pour une prochaine fois, mais d’autres ne nous répondent même pas. Du coup, le RSA peut nous être coupé sous prétexte qu’on n’a pas cherché d’emploi.

Si on fait une demande de logement, on nous répond qu’avec le RSA, on n’a pas assez pour payer les charges. Parfois, les institutions font des erreurs aussi. Ils ont par exemple donné la prime d’activité à ma fille et, après, ils lui ont demandé de rembourser. Ils ne se rendent pas compte des difficultés dans lesquelles ils nous mettent. On est tout le temps en train de se justifier, mais on ne nous croit pas. On vit la peur au ventre.

Le regard des autres, quand vous êtes au RSA, ça vous détruit. On se sent rejeté. Par exemple, nous avons eu une aide de la CAF pour acheter des meubles, mais quand on a montré le document au magasin, on a été mal reçus. Il faut augmenter le RSA, parce que ce n’est pas avec ça qu’on peut s’en sortir.”

 

Christel, habitante de l’Yonne

“Pour moi, un revenu décent c’est un revenu qui permet de subvenir à mes besoins et qui ne me limite pas dans mon épanouissement personnel. Le RSA, lui, est limitant. Vivre au RSA ne permet pas, par exemple, d’avoir accès à la culture, à des loisirs. Cela nous isole, nous enferme.

J’ai vécu avec le RSA par épisodes, en tout une quinzaine d’années entre mes 25 et mes 50 ans. Il m’a permis, quand je me suis sortie d’une période d’addiction, de trouver des contrats aidés. Mais, malheureusement, il ne s’agit pas d’emplois pérennes et il n’y a pas de suivi et de formation. Après, j’ai touché le chômage, mais ensuite je suis revenue au RSA. C’est cyclique, on ne s’en sort pas, jusqu’au jour où on trouve vraiment un boulot qui nous permet de sortir la tête de l’eau, de rencontrer les bonnes personnes et de penser à soi.

Face à moi, j’ai trouvé des gens compréhensifs et d’autres pas du tout, pour qui il fallait rentrer dans des cases et qui pensaient que la solution ultime pour sortir du RSA était de chercher un emploi. Heureusement, des personnes ont accepté de voir que j’avais d’abord besoin de prendre soin de moi, de reprendre confiance en moi, d’avoir un suivi psychologique et un véritable accompagnement pour reprendre ma vie en main.

Quand on est en zone rurale, si vous n’avez pas de voiture, c’est très compliqué de se rendre aux rendez-vous qui sont pourtant obligatoires. Le regard des autres est pesant.

Aujourd’hui, je travaille en intérim, j’ai une proposition de CDI, mais ça a été un long travail, une longue recherche sur moi-même. Je pense qu’une des solutions pour améliorer le système est de se regrouper et de faire émerger l’intelligence collective. Il est nécessaire de faire comprendre que, pour sortir de la pauvreté, ce n’est pas uniquement le travail qui est important. Il faut faire émerger l’entraide, donner à chacun la possibilité de réfléchir à la manière dont il souhaite évoluer dans cette société.

Ce travail avec ATD Quart Monde était très riche. Je ne suis pas satisfaite du rapport de la Cour des comptes, qui ne prend pas en compte la notion de maltraitance institutionnelle, ni le bien-être des personnes. Mais le rapport rendu par ATD Quart Monde est comme une graine que nous avons semée. Parfois, certaines graines mettent 50 ans pour germer… ”

 

“Exprimer mon ras-le-bol”

Ce texte écrit par une militante Quart Monde de Dunkerque a été lu aux magistrats de la Cour des comptes lors de leur venue au Centre national d’ATD Quart Monde à Montreuil, le 4 mai 2021.

“Avec le RSA, on est fliqué, catalogué, on se sent persécuté.

On n’a aucun choix ou des choix limités.

Je veux exprimer mon ras-le-bol :

de devoir dépendre de l’État pour vivre et exister,

de vivre juste pour survivre,

de devoir tout compter,

de devoir juste regarder et de ne pas pouvoir acheter,

ni pouvoir se faire et profiter d’un petit plaisir,

et toujours devoir dire non aux enfants ;

des aides du CCAS ou colis de dépannages ;

de passer de service en service et d’étaler, ré-étaler ma vie privée.

Je ne veux rien demander, à personne !

Je veux juste être respectée,

dans ma dignité.”

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En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté : le quiz !

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En France, à combien est fixé le seuil de pauvreté ?

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À combien s’élève le RSA pour une personne seule et sans enfant et avant déduction du forfait logement ?

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3 / 9

Il y a 20 ans, 20 % du budget dédié au RSA était alloué à l’accompagnement des allocataires. Selon vous a combien s'élève cette part aujourd'hui ?

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Quel pourcentage d’ayant-droits au RSA ne le demandent pas ?

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A sa création en 1988, le RMI (ancêtre du RSA) avait été fixé à 49 % du SMIC. Selon vous, quel pourcentage du SMIC représente le RSA aujourd'hui ?

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Les demandeurs d'asile peuvent percevoir les minima sociaux tels que le RSA.

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On estime que les émissions de CO2 des 10 % les plus aisés en France s’élèvent à 18,4 tonnes par an. A combien s'élèvent celles des 10% les plus modestes ?

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Quelle part du budget de la protection sociale est aujourd'hui dédiée à la lutte contre la pauvreté ?

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