Les besoins des parents pour dépasser les peurs face aux professionnels

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Une journée de rencontres et d’échanges entre professionnels, institutionnels et parents en situation de pauvreté a été organisée à Lens le 23 septembre, en conclusion du projet mené depuis trois ans par ATD Quart Monde. L’occasion de réfléchir ensemble à des solutions et des “astuces de communication pour que ça se passe mieux”.

“On a été percutés par la parole directe de ces parents.” Professionnels de la Caisse d’allocation familiale, de la Direction générale de la cohésion sociale, ou encore travailleurs sociaux sont ressortis “nourris”, selon leur expression, de la journée d’échanges organisée au Centre social Alexandre Dumas, à Lens. Et, pour certains, quelque peu ébranlés. Tous ont écouté avec attention les récits de vie préparés depuis plusieurs mois par un groupe de neuf parents de Béthune, Loos en Gohelle et Lens. Cinq mères et un père sont venus rendre compte de ce travail pour expliquer ce qui les a “aidés ou les aurait aidés à ce que ça se passe bien avec un bébé, avant et après la naissance, au milieu de la vie difficile”. Réunis en groupes de pairs, les professionnels de terrain, les responsables de structures sociales et les représentants d’institutions ont ensuite pris le temps de réfléchir à l’impact de ces mots sur leurs pratiques et leurs responsabilités.

Notre Mouvement a pu constater, au fil des années que, malgré la présence de professionnels formés et le plus souvent attentifs, les parents disent souvent : ‘nous avons demandé de l’aide, mais cela ne nous a pas aidés, cela nous a enfoncés’”, ont expliqué, en introduction, l’équipe de volontaires permanentes ayant mené le projet : Agathe Hérubel, Camille Hermant et Chantal Laureau. Ce constat est à l’origine de l’action menée dans l’ancien Bassin minier du Pas-de-Calais. En allant à la rencontre de jeunes parents en situation de pauvreté, l’équipe a cherché à mieux cerner les besoins des bébés et de leurs parents.

Prégnance de la peur

L’un des premiers constats qui ressort de ce travail est la prégnance de la peur : celle du placement du bébé d’abord. “Ce n’est pas juste une idée en l’air, c’est une peur qui vient de ce qu’on a vécu, soit pendant qu’on était enfants, soit avec le placement de nos enfants, ou bien avec des menaces de placement qui font très peur aussi”, détaillent les parents. C’est aussi la peur du jugement de la part des professionnels, quand la confiance manque. “J’ai peur qu’ils trouvent une petite bête de rien du tout pour me le reprocher”, rapporte par exemple une maman, qui n’a pas osé sortir fumer cinq minutes, à la maternité, de crainte qu’on le lui reproche ensuite.

La venue de professionnels chez soi peut aussi être inquiétante. “Parfois on a la boule au ventre deux jours avant la visite de la TISF (technicienne de l’intervention sociale et familiale) avec notre enfant à domicile.” À la peur, que connaît tout jeune parent, de mal faire un biberon ou de ne pas suivre à la lettre les recommandations du pédiatre, s’ajoutent tous les obstacles liés aux conditions de vie difficiles. Ainsi, certains parents n’osent pas demander de l’aide pour un problème spécifique, de peur que toute leur vie soit passée au crible par les services sociaux. Ils regrettent parfois que les professionnels aient “des idées toute faites” sur eux, en raison de leurs parcours ou de leurs conditions de vie. “Il ne faut pas nous prendre pour des incapables”, demande une mère.

Un regard bienveillant

Mais cette peur incessante peut aussi être surmontée grâce à l’aide des professionnels eux-mêmes. “Une assistante sociale est venue quand il y a eu un signalement des voisins, parce que les enfants étaient sales. Elle a dit que le principal, c’était que le bébé soit en bonne santé et qu’on s’en occupait bien. J’avais la crainte qu’elle voie le logement et qu’elle place les enfants à cause de ça. Quand elle est venue, il n’y avait pas de toilettes dans la maison. J’avais jamais pensé que le logement pouvait être un problème pour les enfants, car c’est là que j’ai grandi”, témoigne l’un des parents. D’autres se sont sentis encouragés par les professionnels lors de la grossesse ou des premiers mois du bébé et ont pris davantage confiance en eux.

Puisqu’ils doivent venir nous regarder faire avec notre enfant, on n’a pas le choix, comment peuvent-ils faire pour qu’on trouve ça aidant ?”, se sont interrogés les militants Quart Monde, en apportant quelques “astuces de communication pour que ça se passe mieux”. Le regard bienveillant des professionnels peut par exemple soutenir un père qui craint de ne pas réussir à tisser un lien avec son enfant, placé à la naissance et qu’il ne voit que deux heures par semaine. “Un professionnel qui nous aide vraiment, finalement, c’est une personne qui nous aide à faire ce qu’on veut faire, mais en mieux”, expliquent les parents. Pour eux, les travailleurs sociaux doivent “donner des conseils”, mais pas faire à leur place, en choisissant par exemple le cadeau d’anniversaire d’un enfant placé.

Importance du dialogue

Le dialogue est nécessaire pour que les postures de chacun soient mieux comprises. Si la seule réponse apportée aux parents par le professionnel est “ce n’est pas possible”, sans explication, ou si les conditions d’un réel échange ne sont pas réunies pour permettre aux parents de s’exprimer, le dialogue et la confiance sont rapidement rompus. Le groupe de parents suggère par ailleurs que les décisions prises avec les professionnels soient mises à l’écrit, avec des mots compris par tous. Cela peut permettre de clarifier certains points après une rencontre, mais aussi de garder une trace, en cas de désaccords entre professionnels : “la puéricultrice de la PMI (protection maternelle infantile) avait écrit dans le carnet de santé que la maman pouvait essayer les céréales dans le biberon. Alors, la TISF était bien obligée de la croire, et de la laisser faire, même si elle n’était pas d’accord”.

Les professionnels ont été amenés à réfléchir au fait que leur action, partant souvent d’une réelle volonté de soutien et d’accompagnement, peut être prise comme “une agression” si elle n’est pas construite avec les parents.

Malgré des constats souvent critiques, la restitution de ces travaux s’est terminée sur une note d’espoir : “On y croit que les professionnels et les parents peuvent travailler ensemble, pour trouver les meilleurs moyens d’avancer avec nos bébés, pour le bien de la famille et des enfants”, concluent les parents.

Cet article est extrait du Journal d’ATD Quart Monde de novembre 2022.

 

Photo : Steven et Manon, 2022. © ATD Quart Monde

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