La Bise, “un havre de verdure dédié à ceux qui ont la vie dure”

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La Maison de vacances familiales de la Bise a rouvert ses portes au mois de mai pour accueillir des vacanciers pendant une semaine riche en activités et en rencontres. Cette “bouffée d’oxygène” donne à chacun l’occasion de réfléchir à la nécessité d’un droit aux vacances pour tous.

Moi, le mot ‘vacances’, je ne savais même pas ce que ça voulait dire. Maintenant, je sais“, affirme Véronique. Venue de Caen avec son compagnon, Jean-Philippe, elle profite pleinement de son séjour à la Bise et énumère avec fierté toutes les activités réalisées depuis une semaine : “ateliers bois, émaux, couture, crochet, danse orientale, balade jusqu’aux cascades, visite d’un moulin, des vignes… J’ai même grimpé aux arbres”.

Pour ce premier séjour d’une semaine réservé aux adultes depuis septembre dernier, le soleil n’est pas vraiment au rendez-vous. Mais pour les vacanciers, cela n’a aucune importance. Comme Véronique, ils repartent “avec plein de souvenirs en tête et que des bons”, mais aussi avec un album photos personnalisé fabriqué avec soin le dernier soir. “Ici, c’est un lieu magique. Quand on s’en va, on a un petit pincement au cœur, parce qu’on vit des choses tellement fortes humainement”, constate Marie-Thérèse, de Cherbourg.

Des lieux bienveillants

Dès le premier jour, les neuf vacanciers venus de toute la France se sont bien entendus. La plupart d’entre eux n’ont jamais eu l’occasion de partir en vacances ou n’ont pas quitté leur région depuis longtemps. Certains appréhendaient ce séjour. “J’avais un peu la trouille au début, je n’ai plus l’habitude de partir de chez moi, cela faisait 15 ans. On ne sait plus faire les valises. Dans ma vie, on ne voit pas grand-chose et pas souvent des gens d’ailleurs”, souligne Michel, de Chalon-sur-Saône. “Parfois, à l’extérieur, les gens sont méchants. Ici, ça m’a touché, les gens sont comme ils sont, on est tous pareils, il n’y a pas de critiques”, explique-t-il, avant d’ajouter : “J’ai bien rigolé. Il y avait longtemps que je n’avais pas rigolé

Au-delà des difficultés financières pour pouvoir partir en vacances, les vacanciers pointent l’importance d’avoir des lieux “bienveillants” comme la Bise pour partir sereinement. “Quand on n’est vraiment pas dans une bonne passe à la maison, on a envie de partir, mais on n’arrive pas à concrétiser ce projet-là. Nous avons besoin de savoir que, sur place, il y aura des personnes pour nous accompagner, pour discuter, ne pas juger, pour s’occuper des enfants qui peuvent avoir du mal à s’adapter avec les autres et nous permettre d’avoir des moments pour nous”, détaille Marie-Thérèse.

Un lieu d’engagement

À la Bise, ils trouvent “plus qu’une maison de vacances”, affirme Linda, volontaire permanente d’ATD Quart Monde et responsable de ce lieu, avec son mari Sylvain. “C’est un lieu où viennent des gens qui n’ont jamais l’occasion de partir en vacances. Mais c’est aussi un lieu d’engagement pour les personnes qui habitent autour, les ‘Amis de la Bise’, qui viennent proposer des activités, des ateliers, des sorties et nous aident à l’entretien de la maison. C’est enfin un lieu d’engagement au niveau national, pour des personnes qui viennent nous soutenir pour accueillir le mieux possible les vacanciers et eux-mêmes passer des vacances”, décrit-elle.

Pendant cette semaine, Thomas, Henryelle ou encore Benoît sont ainsi passés, en voisins, l’un pour proposer de visiter ses vignes et sa cave, l’autre pour animer un atelier de crochet et le troisième pour leur faire découvrir la nature et leur permettre de grimper dans les arbres à l’aide de cordes et de hamacs. “C’est le fruit de l’ancrage local de la Bise. Beaucoup de personnes se demandent ce qu’elles peuvent faire contre la misère. Ce lieu leur donne une occasion, une place pour s’investir et apporter une petite pierre à l’édifice du refus de la misère”, explique Linda.

Un nouvel élan

Le programme des séjours est donc assez dense, mais chacun est libre de participer à l’activité de son choix, de partir en balade sur les plateaux jurassiens ou sur les bords de la Cuisance, qui coule en contrebas, ou de flâner dans le grand jardin en observant les ânes et les lapins. “C’est une bouffée d’oxygène. On n’abandonne pas tous nos problèmes, parce qu’ils sont toujours là. Mais ça nous permet de penser à autre chose, de revenir un peu à l’essentiel, de réfléchir à ce qui nous anime et de ne pas être seulement dans un quotidien dur et parfois un peu dévorant. Ça me redonne un élan”, explique Lucie, venue de Besançon.

Pour Téo, jeune accueillant bénévole de 21 ans, “quand on vient là, on saute dans le vide, on ne sait pas comment ça va se passer, qui on va accueillir, s’il y a des gens qui ne vont pas s’aimer, s’il va pleuvoir toute la semaine. Mais on se lance parce que c’est beau d’essayer et que, de toute manière, ensemble on y arrivera, quel que soit le défi”.

Actuellement en volontariat associatif avec ATD Quart Monde, Anne est aussi accueillante. Certes cela signifie que, tous les matins, elle participe dès 7h15 à la réunion avec les autres membres de l’équipe pour faire un bilan de la veille et prévoir le programme de la journée, qu’elle prend part activement à l’animation des activités, au ménage et à la préparation des repas. Mais elle souhaite avant tout “gommer ce rôle et vivre un temps de vacances, à égalité avec tout le groupe”.

Droit aux vacances pour tous

La jeune femme défend avec passion le droit aux vacances pour tous. “Cela peut paraître anecdotique quand on a tellement d’autres problèmes à gérer. Mais il est essentiel de se dire que chacun a ce droit de partir en vacances, de ne pas simplement réfléchir à la manière de boucher les trous du quotidien. Chacun doit avoir le droit à la beauté, à la nature, à des espaces de fierté au travers d’activités réussies. Cela donne des forces pour repartir dans son quotidien.” Ce besoin de vacances est “encore plus crucial pour des personnes qui ont une vie difficile, qui habitent souvent dans des quartiers et des logements dégradés”, ajoute Linda.

Venu de Perpignan, Robert est ravi d’avoir aperçu un chamois lors d’une balade. Pour lui, c’est ça les vacances : observer la nature, mieux connaître un territoire. Et il ne voit pas pourquoi il n’aurait pas le droit de vivre ces moments d’évasion. “On entend souvent : ‘les pauvres, ils ne travaillent jamais, pourquoi ils iraient en vacances ? Mais ceux qui disent ça ne connaissent pas les pauvres. Ils ne connaissent pas la misère.”

Un combat politique

Quand tout est résistance au quotidien, qu’il faut sans cesse dépenser une énergie considérable pour abattre toutes les difficultés qui se présentent, que même la simple idée d’avoir le droit de partir en vacances, de poser ses valises et de mettre les soucis de côté est compliquée, c’est là que le droit aux vacances prend tout son sens”, précise Thomas, volontaire permanent d’ATD Quart Monde. Pour lui, “c’est un vrai combat politique qui n’est pas encore gagné, loin de là. Mais c’est important que ce lieu, qui est un havre de paix et de verdure au milieu de la campagne, soit dédié à ceux qui ont la vie dure”. Cette maison de vacances familiales est même “d’utilité publique » pour Hubert, qui vient depuis 2013 plusieurs fois par an « offrir de bons petits plats” aux vacanciers en restant toute la semaine derrière les fourneaux.

Les séjours à la Bise sont donc “des expériences qui transforment”, qu’on soit accueillant ou accueilli, selon Thomas. Pour le volontaire permanent,” ici, on ne fabrique pas du fromage ou du vin, mais on cultive le bonheur. Dans ces moments de vie partagés, on cherche à être heureux ensemble, c’est une chance exceptionnelle de pouvoir vivre ça. Un séjour à la Bise, ça se vit, ça ne se raconte pas”.

Cet article fait partie du Journal d’ATD Quart Monde de juillet-août.

Photo : Séjour à la Bise en mai 2021. © Sylvain Lestien, ATD Quart Monde

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