Inflation : “une impression d’étranglement” pour les plus pauvres

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La hausse des prix à la consommation s’est encore accélérée en ce début d’année. ATD Quart Monde travaille actuellement avec des personnes en situation de pauvreté pour analyser l’impact de cette situation sur les petits budgets.

Face à l’inflation, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Les foyers les plus modestes consacrant une part plus importante de leur budget à l’alimentation et à l’énergie que les plus aisés, la flambée des prix des produits alimentaires et de l’énergie – respectivement +13,2 % et + 16,3 % sur un an, selon l’Insee -, à un impact plus important sur les petits budgets. Dans cette situation, l’arbitrage entre se loger, se chauffer et se nourrir est devenu de plus en plus complexe.

Plusieurs militants Quart Monde affirment ainsi faire “davantage de sacrifices” sur ces postes de dépenses, avec toutes les conséquences que cela peut avoir, notamment sur leur santé. “Avant, avec 100 €, ça me faisait la semaine [pour les dépenses alimentaires]. Maintenant, ça me fait la moitié seulement. Pour une famille juste au-dessus des seuils déclenchant les aides alimentaires ou qui habite en zone rurale, éloignée des lieux d’aide, c’est une impression d’étranglement.[…] Il y a plein de choses qu’on regarde mais qu’on ne prend plus, alors que c’était déjà le minimum”, témoigne ainsi Laurence, maman de trois adolescents. « La hausse des prix a changé beaucoup de choses pour nous. Tout a doublé. Çà devient très compliqué d’acheter des fruits et des légumes. Nos enfants qui sont jeunes ne comprennent pas pourquoi on se restreint comme ça. On fonctionnait beaucoup avec les produits à dates courtes qui étaient à 50 % de réduction dans les grandes surfaces. Mais maintenant, c’est moins 30 ou moins 20 % seulement. », expliquent Elodie et Vincent, parent de trois enfants. C’est simple : les gens ne parviennent plus à se nourrir comme avant pour le même prix.

Nombreux sont les militants Quart Monde qui nous disent avoir abandonné totalement la viande, les fruits et légumes frais auxquels on préfère les conserves moins chères. « Les fruits, je n’en achète pas beaucoup. Le fromage, ce mois-ci  j’en ai pas acheté parce que je le trouve trop cher. Ce mois-ci, j’en ai eu pour 50€ en plus sur tous les produits que j’achète d’habitude sur toutes mes courses… Et ça pour une seule personne, alors je te dis pas quand on est plusieurs ! », témoigne ainsi Patricia. Même les produits alimentaires de base deviennent trop chers pour certains : « Les pâtes, avant c’était pour les pauvres. Maintenant, ce n’est même plus pour eux », résume Sylvain.

Impacts psychologiques

Pour limiter les dépenses, les plus modestes se tournent de plus en plus vers les “premiers prix”, souvent plus sucrés ou plus gras. Ils sont ainsi davantage exposés aux risques sanitaires du fait d’une alimentation contrainte. Sans compter l’impact psychologique que provoque l’angoisse du lendemain et la vie sur le fil sans savoir comment on va pouvoir boucler son budget. “Avant, avec 2,60 € de reste à vivre par jour, j’arrivais à me nourrir sans les épiceries solidaires et les aides alimentaires. Maintenant, je n’y arrive plus. Il n’y a pas un seul produit du quotidien qui n’ait pas augmenté. Ça atteint la santé physiologique, mais aussi psychologique. J’ai l’impression de perdre ma dignité”, ajoute Nathalie. Plusieurs militants Quart Monde vivant dans les logements mal isolés pointent également l’insécurité qu’engendre l’absence de visibilité sur les factures à venir.

Certains sont par ailleurs contraints de faire appel à l’aide alimentaire, alors qu’ils avaient tout fait jusqu’alors pour ne pas y aller, tant cela était difficile à vivre pour eux. “Le fait d’aller voir une assistante sociale pour pouvoir bénéficier d’une aide, je l’ai déjà fait en extrême extrême et je n’ai pas renouvelé. Tu te sens déjà dégradée parce que t’as rien et en plus et on te dégrade en décortiquant tes revenus, en décortiquant ton droit à la misère”, souligne une militante Quart Monde. Comme plusieurs membres du Mouvement, elle se félicite cependant de la “grande solidarité” entre les gens : “on se dit les bons plans et les astuces pour économiser”, “on cuisine ensemble entre voisins pour économiser l’énergie”, “on se dépanne”, “on va fait des courses groupées pour économiser l’essence et acheter en lots qui reviennent moins chers et que l’on se partage”

Des réponses insuffisantes et mal ciblées

Les réponses du gouvernement sont jugées insuffisantes et s’apparentent souvent à des coups de pouce ponctuels, plutôt qu’à des réformes structurelles et profondes. Des budgets ont par exemple été débloqués pour l’aide alimentaire, mais ce n’est pas une solution pérenne. Des “chèques énergie” ont également été mis en place, mais, comme le soulignait la Cour des comptes en 2022, ces aides  sont parfois mal ciblées. “Environ 25 % des ménages en situation de précarité énergétique ne reçoivent pas le chèque énergie”, constatait ainsi la Cour des comptes.

ATD Quart Monde rappelle donc la nécessité d’obliger les propriétaires et les bailleurs à rénover les logements mis en location et à investir massivement dans la rénovation globale des passoires thermiques avec un ciblage vers les plus pauvres et un accompagnement des ménages les plus précaires dans les formalités. Chaque famille doit par ailleurs pouvoir arbitrer ses dépenses selon ses contraintes (situation géographique, transports, mode de chauffage, santé…). Pour toucher réellement les plus précaires, il est donc indispensable d’augmenter les minima-sociaux et les prestations sociales.

Photo : © Clémence Mahé

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Quelle part du budget de la protection sociale est aujourd'hui dédiée à la lutte contre la pauvreté ?

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