Alliée d’ATD Quart Monde localement, à Reims, et au sein de la recherche participative CIPES (Choisir l’Inclusion pour Éviter la Ségrégation), Michelle Olivier s’engage pour faire reconnaître la dignité de toutes et tous.
Michelle Olivier « met le pied dans ATD Quart Monde un jeudi soir », en 2011. Le nom de ce Mouvement prend alors pour elle tout son sens : « J’ai compris ce que signifiait vraiment ce D : cette dignité, ce respect des personnes, cette idée d’égale estime. » En tant que secrétaire nationale du SNUipp-FSU, un syndicat enseignant, elle participe aux travaux initiés par ATD Quart Monde pour construire une école de la réussite de toutes et tous. « Je découvre une façon de travailler et cela m’impressionne. Les paroles des militantes et militants Quart Monde sont fortes et elles sont entendues, prises en compte », se souvient-elle.
Avec le Mouvement, Michelle Olivier participe ensuite à la création d’un livret publié par les éditions Bayard, pour expliquer la pauvreté aux enfants. Pour cette enseignante en école primaire, qui a notamment choisi ce métier pour « le sentiment d’utilité sociale qu’il procure», ce document, encore disponible, reste un bon outil pour lutter contre les préjugés.
L’heure de la retraite sonne pour elle en 2019, mais son engagement à ATD Quart Monde se poursuit. Pendant deux ans, elle rédige une newsletter pour les bénévoles participant à l’organisation de la Journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre, à Paris. C’est pour elle une occasion de « découvrir une nouvelle facette » du Mouvement : « On entend souvent dire que les jeunes ne s’engagent plus, mais au-travers des interviews que je réalisais, je rencontrais de nombreux jeunes prêts à donner de leur temps. »
Son installation à Reims lui donne l’occasion de faire la connaissance de l’équipe locale d’ATD Quart Monde et de co-organiser le 17 octobre avec les membres du Collectif du refus de la misère. Avec plus de difficultés, elle s’engage également dans la permanence d’accès aux droits du Mouvement. « Très vite, j’ai senti que cela allait être compliqué pour moi, moralement. Nous n’avions pas forcément le pouvoir d’agir pour répondre aux personnes qui venaient à notre rencontre. Nous pouvions les soutenir pour l’écriture d’un courrier ou la réalisation d’une démarche, mais nous les retrouvions quelques semaines ou mois plus tard, et rien ou presque n’avait avancé. Pour les enfants en particulier, ça m’était insupportable. » Cette action lui aura permis de mieux comprendre la maltraitance institutionnelle que les personnes en situation de pauvreté subissent au quotidien.
Phénomènes d’exclusion dans les classes
Un autre engagement va rapidement lui prendre beaucoup d’énergie : elle intègre l’équipe de coordination de la recherche participative CIPES (Choisir l’Inclusion pour Éviter la Ségrégation). L’objectif est d’abord de s’interroger sur la sur-représentation des enfants vivant dans la grande pauvreté au sein des filières hors du cursus scolaire ordinaire. Des observations sont organisées dans des écoles. Les militantes et militants Quart Monde, membres de la recherche, constatent que « des enfants sont exclus dans les classes » et cela infléchit l’axe des travaux. « Nous n’abandonnons pas notre question initiale, mais nous analysons ensemble ces phénomènes d’exclusion, qui interviennent souvent très tôt dans la scolarité », détaille-t-elle.
Cette recherche, menée avec les treize écoles participantes, les partenaires et les personnes en situation de pauvreté, permet de s’interroger, entre autres, sur la relation école-familles, sur les devoirs, ou encore sur la coopération, la formulation explicite des consignes… « La question n’est pas de stigmatiser ces élèves mais d’avoir conscience qu’ils vivent au quotidien des choses difficiles et donc de faire des choix pédagogiques qui les aident à apprendre, à trouver leur juste place dans la classe », explique-t-elle. Après six ans de travaux, des propositions ont été présentées le 24 janvier dernier à l’Académie des sciences, à Paris, et le souhait de CIPES est qu’elles essaiment dans de nombreuses écoles.
Refaire société
De son parcours d’engagement, Michelle Olivier retient avant tout « les belles rencontres » et une « autre façon de voir le monde ». « Avec ATD Quart Monde, on se distancie d’une posture qu’on peut avoir parce qu’on a telle ou telle expertise sur un sujet. On apprend à écouter un discours différent », constate-t-elle. Elle pointe aussi l’importance du travail mené contre les idées fausses. « Le parti pris du Mouvement, c’est de faire avec les personnes en situation de pauvreté pour construire des projets d’ampleur, comme Territoires zéro chômeur de longue durée ou CIPES. On montre ainsi à l’opinion publique qu’en donnant les moyens à toutes et tous de travailler ensemble, on peut avoir de grandes ambitions et permettre à toutes et tous de vivre dignement, de se sentir considérés comme des citoyens et citoyennes à part entière. »
Pour elle, « la lourde tâche d’ATD Quart Monde est aujourd’hui de refaire société ». Mais pour cela, chacune et chacun doit « s’ouvrir à une partie de la population qu’on a tendance à stigmatiser sans la connaître » et surtout « ne pas oublier ce D de dignité, qui fait toute la différence ».

