Rencontre internationale au Brésil : victoire pour l’école de Mirantão

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Du 1er au 11 novembre, des membres d’ATD Quart Monde venant de sept pays différents se sont retrouvés au Brésil pour une rencontre internationale autour des actions menées dans le pays. Geoffrey Renimel, membre de l’équipe française, nous raconte le combat des familles du village de Mirantão pour l’éducation.

Quand on arrive à l’école de Mirantão dans l’État du Minas Gerais au Brésil, on est accueilli par une magnifique peinture qui orne le portail. Tout dans cette école respire la créativité, l’apprentissage et le jeu. Le cadre est idyllique pour les écoliers de cette zone rurale. On a du mal à deviner que la fatalité de l’échec scolaire dominait quelques années auparavant.

Tout commence en 2012 lorsque Mariana Guerra et Eduardo Simas, membres d’ATD Quart Monde, s’installent dans le village de Mirantão pour mener leur action avec les familles très pauvres de la région. Lorsque Mariana arrive avec son fils pour le premier jour d’école, une enseignante lui dit : “Ton fils sera le seul parmi les élèves à aller à l’université”. Indignée et révoltée par ce fatalisme, Mariana sent qu’il y a un combat à construire au niveau de l’école. Elle ne peut se résoudre à ce que cette école n’offre pas le meilleur pour tous les élèves.

Incompréhensions et manque de dialogue

Dès la première semaine, elle propose une réunion avec les professeurs, le secrétaire d’éducation et des parents. Cette première réunion met en lumière les nombreux conflits existant autour de l’école. Les parents se plaignaient beaucoup des enseignants et du système éducatif en général. Certaines des femmes du village étaient passées par cette école et en étaient ressorties sans savoir lire. Une grand-mère soulignait : “Je n’ai rien appris [dans cette école] et mon petit fils n’apprendra rien non plus. J’étais une terreur et mon petit-fils est une terreur aussi”.

Face à ces incompréhensions et ce manque de dialogue, Mariana a cherché à créer des ponts entre les habitants du village et l’équipe enseignante afin que “les savoirs de la vie puissent rencontrer les savoirs scolaires”. Elle a demandé à cette grand-mère ce qu’elle savait faire. Celle-ci a répondu qu’elle était douée pour le jardinage. Ensemble elles ont proposé de partager ce savoir avec les élèves en créant un jardin à l’école. La tentative s’est merveilleusement bien passée, à tel point que les enseignants ont demandé à ce qu’elle vienne chaque semaine. Cela a aussi changé l’attitude du petit fils, qui était très fier. Cette expérience a ensuite ouvert la voie pour que d’autres villageois viennent partager leur savoirs comme la musique et les échecs.

Enseigner différemment

Tous ces liens ont permis des réflexions sur l’éducation et sur les pédagogies alternatives. C’est à cette époque que Mariana a connu le pédagogue José Pacheco qui prône une pédagogie basée sur la relation enfant-enseignant. Selon lui, il faut s’adapter à chaque enfant, même si cela demande beaucoup d’efforts. Une journée de travail à l’école de Mirantão a été organisé avec 150 professionnels de la région autour des idées de José Pacheco. Lors de cet événement sur l’éducation, les enseignants ont souligné à quel point ils étaient écrasés par la bureaucratie. Cette journée a été pour eux une libération. Ils ont vu qu’on pouvait enseigner différemment.

À Mirantão, des changements ont été opérés par l’équipe enseignante et un cercle de parole avec les parents a été organisé. Un jour, une maman du village a exprimé que l’année suivante, sa fille devait continuer l’école dans un autre village à Visconde de Mauá situé dans un autre État (du Brésil) à une heure trente de route. En effet, l’école de Mirantão n’accueille les enfants que jusqu’à l’âge de dix ans. Pour la période du collège, il doivent se déplacer loin. Pour certains de jeunes, les temps de transport et le déracinement sont source de souffrance. Ce problème était partagé par plusieurs familles. Ensemble, elles se sont demandés, s’il n’était pas possible de prolonger l’école à Mirantão jusqu’à la fin du collège. En examinant la question, elles se sont rendues compte que le village cochait toutes les cases pour que ce soit réalisable. Les familles ont même démontré que le coût d’envoyer leurs enfants à Visconde de Mauá était plus élevé pour la collectivité que celui de prolonger l’école à Mirantao. Ce fut le début d’un combat de six années.

Les familles ont multiplié les interpellations et les rencontres avec une administration qui peinait à réellement prendre en compte leur situation et à s’engager pour qu’elle évolue. Comme souvent dans ce type de problématique, ce sont des personnes clefs qui font concrètement avancer les choses. Dans le cas de l’école de Mirantão, il s’agit Lúcio Benfica, ancien enseignant et secrétaire d’éducation de la région. Après avoir compris le combat de ces familles, il s’est fortement engagé dans le bras de fer pour obtenir une décision favorable de l’administration.

Le 7 novembre dernier, il annonçait enfin aux familles et à l’équipe enseignante que l’école de Mirantão allait pouvoir accueillir les enfants jusqu’à la fin du collège à partir de la rentrée de février 2023. Cette bonne nouvelle a rassuré les familles et ouvre même des perspectives de développement pour le village puisque d’ici un an il pourra peut-être accueillir le lycée et même de la formation pour adultes. Au Brésil, alors que les écoles rurales ferment, obligeant les enfants à parcourir de longues distances pour se rendre à l’école, le combat des familles de Mirantão montre qu’il n’y a pas de fatalité et que repenser l’éducation peut se faire partout quand on nourrit l’espoir d’une vie meilleure pour ses enfants. L’exemple de Mirantão est une puissante source d’inspiration pour des millions de familles dans le monde.

 

Photo : L’école de Mirantão dans l’État du Minas Gerais au Brésil. © ATD Quart Monde

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