La chronique de Bella Lehmann-Berdugo
Grand Ciel
Akihiro Hata. Fiction. France. Sortie le 21 janvier.
Vincent travaille en service de nuit sur un chantier gigantesque comme une ville. Les conditions de travail sont dures. Son collègue Saïd se préoccupe de la sécurité. Un ouvrier disparaît, peu s’en émeuvent, il était sans papiers. Vincent le taiseux, en difficultés financières, est prêt à tout et bientôt promu chef par le supérieur. Désormais pris en étau entre sa direction, son équipe et Saïd, son dilemme moral grandit, le malaise du spectateur aussi. D’autres disparitions surviennent. Des défauts de construction sont découverts en sous-sol. L’équipe doit réparer. Au cœur du drame, l’immense tour grise, ses salles désertes, envahies de sons étranges et de poussières asphyxiantes, son ascenseur aux bruits métalliques comme un train fantôme. Le drame progresse lentement, avec des répétitions insistantes, tandis qu’a déjà émergé partiellement ce qui se joue. L’originalité naît de l’irruption du fantastique au beau milieu du réalisme social. Une façon nouvelle, efficace, de donner à voir un monde inquiétant, divisé, voué à l’urgence économique, où tout concourt à l’individualisme.
Christy and his brother
Brendan Canty. Fiction. Irlande. VOST. Sortie le 21 janvier.
Expulsé de sa famille d’accueil, Christy revient vivre à Cork chez son demi-frère Shane, sa femme Stace et leur bébé. On lui cherche un foyer. Petit à petit se dévoile la mort d’une mère toxicomane, entraînée par des cousins. La drogue gangrène une partie de la région. De boulots en boulots, « le gamin de Miriam » renoue avec la coiffure auprès de Pauline, collègue de sa mère. Dans des paysages urbains glacés ou des friches brumeuses, apparaît aussi une communauté soudée, courageuse, solidaire, gravitant autour de Christy. Dialogues à couper au couteau ou délicatesse des non-dits, au service d’un réalisme positif, sans mièvrerie. Enfin !

