Valéry Giscard d’Estaing voulait “faire admettre l’existence d’un Quart Monde qui altère la crédibilité de la démocratie”

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L’ancien président de la République, Valéry Giscard d’Estaing est décédé mercredi 2 décembre, à l’âge de 94 ans. En 1979, il avait nommé le fondateur d’ATD Quart Monde, Joseph Wresinski, en tant que personnalité qualifiée au Conseil  Économique et Social, répondant ainsi à une demande répétée d’ATD Quart Monde. Deux ans auparavant, le 1er janvier 1977, il avait également visité le centre international du Mouvement, à Pierrelaye, et avait déjeuné chez une famille du Centre de promotion familiale d’Herblay, dans le Val-d’Oise.

Nous republions ici un extrait d’un texte de Jean Tonglet, volontaire permanent d’ATD Quart Monde, publié en 2007 dans la Revue Quart Monde, retraçant les relations qu’entretenait le Mouvement avec Valéry Giscard d’Estaing.

Après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République, Joseph Wresinski reprend son bâton de pèlerin. Dès la fin de l’été 1974, il entreprend les premières démarches afin d’assurer une représentation des plus pauvres au sein du Conseil économique et social de la République. Le 16 septembre 1974, dans une lettre adressée à Geneviève de Gaulle Anthonioz, M. Olivier Fouquet, conseiller technique de Valéry Giscard d’Estaing, accuse réception, sans autre commentaire, de « la candidature de l’abbé Joseph Wresinski comme représentant et spécialiste du Quart Monde au Conseil économique et social ».

La préparation et la publication d’un livre blanc sur le sous-prolétariat en France fourniront l’occasion d’une audience. Le père Wresinski réitère la demande adressée en son temps au président Pompidou : qu’il désigne un chargé de mission, attaché à la présidence de la République, et dont la mission ne s’éteindrait que lorsque la misère aurait disparu. Cette demande fut accueillie avec le même scepticisme. Cela ne découragea pas Joseph Wresinski. Conscient de l’impact que tel ou tel geste posé par le chef de l’État pouvait avoir sur l’opinion publique, il se réjouit que celui-ci accepte une invitation à venir déjeuner chez elle, que lui avait adressée une famille habitant à la cité du Soleil Levant, à Herblay (Val d’Oise).

Cette visite du président de la République, le 1er janvier 1977, à une famille du monde de la misère suscita dans la presse pas mal de dérision. La rencontre d’Herblay fut immédiatement suivie d’un courrier adressé au président, dans lequel le père Joseph revenait sur sa demande de création d’un « délégué aux minorités les plus défavorisées » aux côtés du président de la République et d’une représentation des plus démunis dans les instances officielles.

Dans un discours public prononcé à la salle de la Mutualité à Paris, le 17 novembre 1977, Joseph Wresinski enfonçait encore le clou. Dans une « adresse à l’État », il évoquait une fois de plus le rôle éminent du chef de l’État : « Nous demandons d’abord que le président de la République se reconnaisse publiquement garant de la défense des intérêts des minorités exclues ; qu’il veille à ce que le Quart Monde obtienne au plus vite les moyens de ses libertés socio-économiques, culturelles et politiques ; qu’il veille notamment à ce que le Quart Monde soit représenté dans toutes les instances où les autres citoyens peuvent se faire entendre. Nous demandons que pour assumer cette responsabilité dans les meilleures conditions, le chef de l’État désigne auprès de la présidence de la République un délégué chargé de suivre et d’évaluer en permanence l’élaboration et l’exécution d’un plan quinquennal pour éliminer la misère et l’exclusion dans la démocratie française. »

Dans une note manuscrite datée de l’été 1979, il tente de préciser les raisons qui le poussent à demander la création de ce poste de délégué aux minorités auprès du président de la République. « Pourquoi auprès du président de la République ? Au fondement de la Constitution sont les droits de l’homme. Le président de la République est garant que ceux-ci soient respectés pour tous les citoyens (donc pour les plus défavorisés). Cette garantie suppose une liberté envers les lobbies, les partis et groupes de pression. La conception de la démocratie est le respect et la défense des droits des minorités les plus défavorisées.

Il est la plus haute autorité morale et (en France) politique. Il doit donc veiller à ce que la Nation soit sensibilisée à ce que les droits des minorités soient l’affaire de tous. Enfin il doit assurer la voix politique de ceux qui en sont privés. Le délégué [donne] la possibilité au président d’intervenir en connaissance de cause. Il doit pouvoir intervenir indépendamment de toute influence. Il doit pouvoir avoir de l’influence sur tous les ministères. Il connaît, il tient à jour toutes informations concernant la condition enfantine de tous les enfants de la Nation. Il est défenseur : il proposerait au chef de l’État un Plan à réaliser dans un laps de temps déterminé. Ce Plan se donnerait des objectifs limités. Il recevrait les moyens adéquats. Il étudierait les méthodes éprouvées. Il en assurerait l’application, l’évaluation, la diffusion des résultats. Il est le mobilisateur des instances responsables. Il crée des initiatives. Il doit agir pour que les moyens soient assurés aux parents et aux institutions pour que les droits soient assurés.”

Peu de temps avant la fin de son mandat, le président Giscard d’Estaing répondra partiellement aux attentes réitérées du père Joseph Wresinski. D’abord, en le nommant, en 1979, membre du Conseil économique et social. Puis en chargeant, en 1980, un conseiller d’État, M. Gabriel Oheix, d’un rapport « contre la précarité et la pauvreté”, qui sera remis au président de la République le 23 mars 1981, quelques mois avant l’échéance de son mandat.

À la veille des élections présidentielles de 1981, l’Agence France Presse (AFP) relate un entretien donné par le père Joseph au cours duquel ce dernier souligne l’importance de ce rapport : Il marque selon lui “une date dans l’histoire du sous-prolétariat et dans la lutte contre la misère”, souligne notamment la persistance en France de l’extrême pauvreté et rejette toute forme d’assistance aux familles les plus démunies, au profit d’un revenu minimum de soutien social.

Pour le père Wresinski, qui avait demandé dès 1972 qu’un tel rapport soit établi, il faut malgré tout éviter que l’application des quelques soixante propositions faites par M. Oheix ne se retourne contre les pauvres en les enfermant un peu plus “sous la férule de l’administration”. Il faut en outre, insiste-t-il, que des mesures soient prises pour lutter contre l’illettrisme et garantir le droit des plus pauvres au savoir et à un métier, à la représentation (qu’ils soient reconnus comme des “partenaires sociaux“), et à la sécurité des ressources.

Quel que soit le président de la République, demain, déclare le père Wresinski, il est évident que nous ne laisserons pas ce rapport sous le coude, que nous nous battrons pour qu’il devienne une réalité”. Interpellés au cours de la campagne, […] Valéry Giscard d’Estaing affirmera “vouloir poursuivre l’effort entrepris depuis sept ans pour faire admettre aux Français l’existence d’un Quart Monde qui altère la crédibilité de la démocratie. Il s’emploiera pendant son septennat à concrétiser les mesures préconisées dans le rapport Oheix afin d’aboutir à l’élimination de l’exclusion et de l’extrême pauvreté en France”.

Retrouvez le journal télévisé du 1er janvier 1977 rapportant la visite de Valéry Giscard d’Estaing chez des militants Quart Monde

 

Photo : Valéry Giscard d’Estaing chez  la famille Macaud, à Herblay, en janvier 1977. © Centre Jospeh Wresinski, ATD Quart Monde


		

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