© Hugo Veron
François Fisson du groupe local de Lunéville nous raconte ici comment les habitants d’un quartier de la ville agissent pour améliorer la réputation injuste sur ce lieu, ce chez soi auquel ils sont attachés.
« Certaines nuits, on entend des personnes venir jeter leurs poubelles dans les logements vides, derrière chez nous. » Et des logements vides, il y en a de plus en plus sur le quartier Georges de la Tour à Lunéville. Près des deux tiers sont aujourd’hui à l’abandon. Le bailleur social ne reloge plus personne ici. « On a trop mauvaise réputation » déplore un habitant. La réputation de personnes qui ne vivent pas comme les autres. Sur les trottoirs, des camionnettes à plateaux et quelques caravanes. La plupart des familles sont issues de la communauté des gens du voyage et vivent de la récupération des métaux. Les matériaux récupérés sont triés et entreposés sur place, avant d’être revendus. Des amoncellements que l’on peut prendre pour des détritus, vu de l’extérieur, alors qu’il s’agit du gagne-pain de plusieurs familles.
Agir contre les dépôts sauvages
Contre ce fléau, les habitants tentent de lutter. Dernièrement, l’odeur dégagée par les immondices, a poussé une petite équipe de volontaires à évacuer les déchets entassés dans un logement abandonné. Non seulement cette situation attire les rats, mais parmi les détritus, des seringues ont été retrouvées. « J’ai téléphoné à la mairie pour demander une benne. On m’a renvoyée vers la communauté de communes. J’ai téléphoné à la communauté de communes, on m’a renvoyée vers la police. Je ne sais plus quoi faire » raconte une maman, inquiète pour la sécurité des enfants, qui jouent la plupart du temps dehors.
La peur de devoir quitter le quartier
Paradoxalement, malgré l’état du quartier, les familles ne veulent pas partir. « On veut rester là parce qu’on se connaît tous. Nos enfants, ils vivent tous ensemble. C’est comme s’ils étaient frères. » Et quand on critique la saleté des enfants, une maman soulève ce paradoxe : « Il y a quelque chose que je ne comprends pas. On nous dit que les enfants d’aujourd’hui sont trop devant les écrans. Nous, nos enfants sont tout le temps dehors, et on nous dit qu’ils sont sales. » Une réflexion dont la pertinence a interpellé une conseillère municipale, formatrice dans l’Education Nationale : « L’Ecole fait actuellement le bilan de la pratique de la ‘’classe dehors’’. Le plus gros frein vient des parents, qui ne veulent pas que leurs enfants se salissent. » Et l’élue conclut : « Que vos enfants continuent à se salir ! » Mais pourront-ils le faire en toute sécurité, étant donné l’état du quartier ?
La création d’un collectif
Déchets, logements, environnement, autant de sujets qui préoccupent les habitants du quartier Georges de la Tour depuis des années. En septembre dernier, ils ont décidé de créer un collectif, accompagné par l’équipe locale d’ATD Quart Monde, afin de faire entendre leur parole dans les décisions publiques concernant l’avenir de leur lieu de vie. Les familles sont très inquiètes, d’autant plus qu’un reportage particulièrement défavorable au quartier a été mis en ligne par France 3 en juin 2025. L’article met en avant tous les aspects repoussants. Il met en avant les feux sauvages et les tas de déchets, mais ne parle ni des opérations de nettoyage menées par les habitants eux-mêmes, ni des dépôts sauvages dont ils sont les premières victimes. Il met en avant la violence et la peur des habitants, utilisant même le terme d’omerta, mais ne parle ni de l’amélioration du climat ces dernières années, ni de tous les gestes de solidarité dont font preuve les familles. Mais surtout, l’article rapporte les propos de la maire de Lunéville et du bailleur social, qui se désolent d’avoir beaucoup investi pour le quartier, sans retours satisfaisants, laissant planer le doute sur leurs projets pour l’avenir. Le président de l’office HLM parle de démolition totale des logements. « Nous, personne ne nous a rien dit » s’indignent les habitants. Pour tenter de faire changer le regard porté sur leur lieu de vie, le collectif a rédigé un plaidoyer afin d’expliquer pourquoi les familles sont attachées au quartier et de faire connaître ce qu’elles font déjà pour lutter contre sa dégradation. Le document, finalisé début mai, sera remis en mains propres aux responsables nouvellement élus à la mairie et à la communauté de communes. Parallèlement à ces démarches, le collectif a également décidé d’écrire l’histoire du quartier et pense ouvrir une page web afin de faire connaître tout ce que les habitants vivent de beau dans cet endroit mal-aimé.
François Fisson
