Rapport de la Commission des 1000 premiers jours : l’avis d’ATD Quart Monde

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A l’occasion de la sortie du rapport de la Commission des 1000 premiers jours en septembre 2020, ATD Quart Monde salue l’importance donnée aux premiers mois de l’enfant mais s’inquiète des lacunes de ce rapport, qui ne tient pas compte de la réalité de vie et d’expérience des familles en situation de pauvreté ayant de très jeunes enfants, encore aggravée par la crise sanitaire. Le dossier « Méconnaissance ou volonté d’ignorer ce qui est trop complexe ? » est paru dans la Revue de la CNAPE, Forum, en novembre 2020 (N°91).

Le Mouvement ATD Quart Monde ne peut que se réjouir de voir l’attention des pouvoirs publics se porter sur les premiers mois de la vie d’un enfant.

Comme toutes les personnes soucieuses du « bien grandir » des enfants, nous savons que cette période est fondatrice de la vie de tout sujet humain, même si « tout ne s’y décide pas » !

Nombre des préconisations, basées sur les progrès de la connaissance des divers facteurs contribuant au bon développement des enfants et sur la prise en compte de leur entourage, correspondent aux besoins des enfants en situation de précarité comme à ceux de tous les enfants.

Les mesures retenues par le Ministre témoignent d’une volonté d’améliorer l’accompagnement des parents et de leur bébé pendant les deux premières années de sa vie, et dans différentes situations (prématurité, handicap, déficit chronique, etc.).

Cependant, elles ne prennent pas en compte la situation particulière des familles en grande précarité alors que leur nombre ne cesse de croître, en particulier ces derniers mois avec la crise sanitaire (plus d’une famille sur cinq vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté).

Les conditions particulières nécessaires pour les rejoindre, pour comprendre les besoins de leurs enfants et les aider à y répondre, ne semblent avoir fait l’objet d’aucune réflexion spécifique par la commission « 1 000 premiers jours ».

Soulignons au fil du rapport les manques les plus criants :

« Parmi les facteurs de l’environnement des futurs parents qui conditionnent une programmation précoce et durable des principales fonctions biologiques… et probablement les comportements, la sensibilité et la vulnérabilité sociales » de l’enfant, une dimension essentielle, et pourtant à effet immédiat, manque gravement : la dignité des conditions de vie des familles en situation de précarité sociale (logement décent, revenus, accès aux soins, projection dans un avenir possible, etc.) condition de la sécurité matérielle et psychique indispensable à un développement harmonieux du très jeune enfant.

La question des femmes enceintes ou avec un nouveau-né, sans domicile ou en situation de très grande précarité, qui « courent un risque périnatal physique et psychique élevé en raison du stress lié à ces conditions de vie » n’est abordée que sous l’angle de l’hébergement en donnant « des moyens financiers aux associations compétentes pour leur confier un travail d’accueil et d’accompagnement ». Hébergement n’est pas logement, et dans quel climat de sécurité grandissent ces tout-petits dont la mère est ballottée d’hôtel social en hôtel social ?

Peurs réciproques

Concernant le « Parcours des 1000 jours et les recommandations d’accompagnement personnalisé des parents et de réponses individualisées, adaptées aux fragilités et spécificités de l’enfant et de ses parents », ATD Quart Monde redoute les difficultés pour les familles en grande précarité à s’inscrire dans un parcours qui sera trop balisé et appliqué de façon trop rigide, sans y associer parents et enfant de façon à rejoindre leurs besoins singuliers.

Le rapport dit que « la disponibilité, la bienveillance, la qualité de l’écoute et de l’accueil lors de l’entretien prénatal précoce permettront aux parents d’expérimenter une relation de confiance ». Créer une relation de confiance avec une famille en situation de grande précarité est la difficulté majeure des professionnels tant sont grandes les peurs de part et d’autre : peur des familles d’être jugées comme défaillantes et crainte de voir leur enfant placé, peur des professionnels de ne pas comprendre et savoir se faire comprendre par les familles malgré une posture qu’ils pensent bienveillante. Ces peurs réciproques, obstacles à la création d’une relation de confiance, semblent ignorées par les auteurs de ce rapport.

Les conditions de l’accueil

Par ailleurs, le recours à des protocoles ne correspond pas au cheminement singulier des familles, à des parcours non linéaires, qui demandent du temps et de nombreux relais. Et l’absence de toute référence à une collaboration – à égalité – avec les parents, quelle que soit leur situation, pour élaborer cette « réponse individualisée et adaptée aux spécificités de leur enfant », fait craindre l’application d’un discours descendant normatif.

Au chapitre de la formation initiale comme continue des professionnels, les sept thématiques annoncées ne permettent pas de penser qu’un module sera consacré à une meilleure connaissance des publics en situation de précarité. En effet, c’est une réelle compétence professionnelle que de savoir établir une relation de qualité suffisante qui permette aux parents d’accepter l’accompagnement proposé ou l’accès aux modes d’accueil, à la Maison des 1 000 jours, aux groupes de parents ou à toute autre proposition.

Enfin, comme tous les acteurs du secteur de l’enfance et de la famille, ATD Quart Monde se demande quels moyens seront mis en regard de ces grandes ambitions et des priorités retenues.

ATD Quart Monde se réjouit néanmoins des annonces faites par le Ministre en matière de financement de la protection maternelle et infantile bien que celle-ci n’apparaisse paradoxalement pas au cœur de ce parcours des 1000 premiers jours (15 millions d’euros ayant été attribués en 2019, 35 millions en 2021, et 50 millions prévus pour 2022).

Céline Truong et Christine Attali-Marot

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