Pour une mise en œuvre de l’universalité des droits de l’enfant chez les enfants pauvres

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ATD Quart Monde a contribué à la rédaction d’un ouvrage collectif: « Enfance, l’État d’urgence, nos exigences pour 2022 » paru chez Erès le 26 août 2021, dans lequel 60 voix s’élèvent pour la cause de l’enfance avec des propositions ambitieuses pour une « politique publique universelle pour l’Enfance ». Que signifie être sujet de droits pour les 3 millions d’enfants vivant dans la pauvreté ? Constats et recommandations d’ATD Quart Monde pour que soient effectifs les droits de tous les enfants (pages 19 à 23 du livre) :

La Convention Internationale des Droits de l’Enfant est venue ré-affirmer les conditions d’un « développement sain » de tous les enfants, condition première à la construction de toute société humaine. Dans cette dynamique, la Défenseure des Enfants, dans son rapport de 2018 « De la naissance à 6 ans : au commencement des droits » rappelle que TOUS les enfants, de manière universelle, doivent avoir accès à l’ensemble de ces droits : ne pas être discriminés, pouvoir vivre en famille, avoir accès aux soins, à l’éducation, à la culture et aux loisirs, à s’exprimer et à être écouté…

En un mot ne plus être « objet » mais « sujet » de droits !

Mais que signifie être sujet de droits pour les 3 millions d’enfants pauvres et très pauvres (1 enfant sur 5 aujourd’hui en France), dont on peut se demander si leur existence est vraiment reconnue, quand on tolère leurs conditions de logement et de vie quotidienne, ballottés de centre d’hébergement en hôtel social, voire expulsés du logement, parfois insalubre, où leurs parents avaient trouvé refuge… Que signifie être sujet de droits pour un nouveau-né dont la mère vit dans la rue à la sortie de la maternité ? Où, comment, les parents vont-ils pouvoir procurer à leur enfant l’environnement suffisamment protecteur et sécure, dont ils ont besoin pour bien grandir, quand le « reste à vivre1 d’une famille », varie de 2 à 9€ par personne et par jour ? C’est dès leur arrivée au monde que les enfants pauvres sont victimes de discriminations du fait de la situation de leurs parents, discriminations qui ne cesseront de se déployer lorsqu’ils entreront à l’école puis chercheront un travail.

Ces « adversités précoces » et leurs conséquences – mauvaise santé, obésité, troubles sensoriels non détectés, anxiété, difficultés d’apprentissage, désorganisation, relations sociales altérées… – influent sur les trajectoires de vie des enfants au point que des travaux de chercheurs ont mis en évidence l’installation d’un gradient des effets de ces adversités, jusqu’à l’âge adulte, avec des difficultés de plus en plus grandes pour y faire face2.

Certains enfants peuvent payer un tribut encore plus lourd à ces difficultés de leurs parents : une recherche récente menée dans un quartier « politique de la ville » de Caen a objectivé la corrélation entre le placement d’un enfant et la pauvreté de ses parents : un enfant vivant dans ce quartier a 3 fois plus de risques d’être séparé de ses parents (dans le cadre d’une mesure de protection de l’enfance) qu’un enfant vivant dans un autre quartier de la même ville3.

Et au bout du chemin, il faut rappeler que l’espérance de vie à la naissance est moindre pour les enfants pauvres : 13 ans d’écart (!) entre un cadre et un chômeur de longue durée4.

Discriminations et adversités précoces feront perdre à certains enfants/jeunes toute estime d’eux-mêmes et de leurs parents et les conduiront à intégrer des sentiments de honte, de peur dans leur relation à l’autre, et d’absence d’avenir désirable. « (…) L’insécurité qui en résulte [de la précarité] peut être plus ou moins étendue et avoir des conséquences plus ou moins graves et définitives. Elle conduit à la grande pauvreté quand elle affecte plusieurs domaines de l’existence, qu’elle devient persistante, qu’elle compromet les chances de réassumer des responsabilités et de reconquérir ses droits par soi-même, dans un avenir prévisible »5.

Quand ces enfants ne demeurent pas invisibles aux yeux de ceux qui ne veulent pas les voir (ou ne sont pas relégués ou déclarés handicapés…) les remèdes proposés pour « réduire les inégalités » – disons plutôt pour tenter de compenser les effets des inégalités sur leur devenir – interrogent fortement : grilles d’évaluation, protocoles de remédiation, parcours ont, le plus souvent, pour effet de stigmatiser ces enfants et de les assigner à une place en ne tenant aucun compte de leur histoire, de leur environnement, ni de leur culture familiale ! De plus, si il est essentiel que la réponse aux besoins des enfants en situation de pauvreté s’inscrive dans le cadre de politiques publiques universelles, celle-ci suppose de la part des professionnels volontarisme et imagination pour rechercher les stratégies les mieux ajustées aux différents contextes de vie des familles et état physique et psychique des enfants.

« Dans le fait d’être pauvre, le pire, c’est de regarder la vie passer et de ne jamais être dedans. C’est difficile, car même si on fait des efforts pour être dedans, on n’y arrive pas. On ne veut pas de nous. »

« La pauvreté, c’est avoir les mêmes rêves que tout le monde pour l’avenir, mais aucun moyen de les réaliser sur terre. »6

Pour que les enfants pauvres puissent grandir, apprendre et devenir des adultes autonomes, confiants en eux-mêmes et acteurs de la société dans laquelle ils vivront, ATD Quart Monde recommande de :

  • Prendre d’urgence les mesures nécessaires pour que les enfants et leurs parents sortent de la précarité dans laquelle ils vivent pour éviter la reproduction des inégalités, et de leurs conséquences, mais également pour lutter contre la stigmatisation. Permettre que les parents pauvres retrouvent la confiance nécessaire pour oser demander de l’aide, et faire en sorte que la réponse sociale prenne la forme d’une « aide appropriée »7 – et pas d’un contrôle – qui leur permette d’assumer leurs responsabilités et de reconquérir leurs droits, est un enjeu majeur des politiques de lutte contre la pauvreté, pour que les politiques en direction des enfants soient efficaces !
  • À chaque moment décisif de sa vie d’enfant, en particulier lors de choix d’orientation ou de prise de mesure éducative, attacher une importance particulière à ce que la parole de l’enfant, comme celle de ses parents, soit écoutée et que l’enfant soit considéré dans la totalité de son environnement familial et social, afin de permettre que se crée autour de lui une communauté éducative qui rassemble parents, famille proche, professionnels, acteurs des espaces de la vie quotidienne, en particulier les membres du tissu associatif local.
  • Favoriser l’accès aux lieux d’accueil de la petite enfance, dans leur diversité, en développant, au niveau d’un territoire, les démarches « d’aller vers » les parents pour comprendre ce qui pourrait les aider à fréquenter un lieu d’accueil avec leur enfant, voire à l’y laisser seul. Quelles modalités ? Quelles conditions ? Comment comprendre, et faire avec, les réticences et la peur des parents ? Comment rendre ces lieux plus accueillants à la diversité des pratiques culturelles familiales ?
  • Former les professionnels à une meilleure connaissance de la pauvreté et au travail avec les familles, notamment en développant les co-formations : ce sont des formations réciproques, élaborées selon la démarche du « Croisement des savoirs et des pratiques© ». Des professionnels et des personnes vivant la très grande pauvreté, formées à cette démarche, échangent, confrontent leurs représentations mutuelles, et construisent ensemble de nouvelles pratiques.
  • Développer les actions culturelles et artistiques qui permettent à l’enfant « de se reconnaître en des formes d’expression les plus diverses… de sortir de sa solitude sans pour autant être forcé à se livrer… de prendre le risque de la parole et de la rencontre… de sortir de sa coquille et se déployer en sécurité dans l’espace commun… »8 et veiller à ce que l’accès aux droits culturels soit effectif dès la petite enfance, et tout au long de l’enfance et de l’adolescence, pour toutes les familles, y compris celles qui sont les plus exclues de la vie sociale et culturelle.

 


1 Source : enquête budget 2019 du Secours Catholique

2 Chantal Zaouche-Gaudron (professeur de psychologie de l’enfant), Lilia Panico (INED, enquête ELFE), Séminaire Premiers pas, 4 février 2021

3 « Existe-t-il une corrélation entre la grande pauvreté des familles et le placement des enfants », Marylène Desdevises, Master 2 Géographie, Aménagement, Environnement et Développement, Université Caen Normandie, novembre 2020

4 INSEE 2018

5 Conseil économique et social français, avis du 10 et 11 février 1987, sur la base du rapport « Grande pauvreté et précarité économique et sociale » présenté par Joseph Wresinski.

6 Paroles publiées par ATD Quart Monde, à l’occasion du 17 octobre, journée mondiale du refus de la misère

7 La notion d’aide appropriée dans le champ de la protection de l’enfance : voir CIDE (article 18.2) / Convention nationale consultative des Droits de l’Homme (avis du 26 mai 2020, Le respect de la vie privée et familiale en protection de l’enfance) / Convention de sauvegarde des Droits de l’homme et des libertés fondamentales sur le droit de vivre en famille (article 8)

8 Philippe Meirieu, Les Cahiers de l’éveil n°1, Enfance et Musique

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