Mike : Sortir d’un foyer d’accueil à 18 ans, c’est « se prendre un mur en pleine figure »

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Engagé avec ATD Quart Monde à Colmar depuis un peu plus d’un an, Mike souhaite que son action ait « un impact sur la vie des jeunes ».

Quand on sort de foyer d’accueil, la vie d’adulte, c’est un peu comme se prendre un mur en pleine figure. Il faut alors trouver une solution pour traverser ce mur et continuer à avancer.” À 24 ans, Mike estime qu’il est “toujours devant ce mur”. De sa voix posée, le jeune homme raconte son parcours, de foyers en foyers de 4 à 17 ans. En quelques phrases, il décrit ses incompréhensions d’enfant face à une situation qu’il ne comprend pas toujours, ses joies avec les copains du foyer et les éducateurs, mais aussi sa colère d’adolescent, qui l’a poussé à faire plusieurs fugues.

Il se souvient ainsi de sa peine, quand, à la sortie de l’école primaire, il voyait les autres enfants courir vers leurs parents. “Moi, j’étais le seul à partir de la classe dans une camionnette sur laquelle était écrit en gros ‘Conseil général du Haut-Rhin’.” Une phrase du juge des enfants suscite encore de l’amertume chez lui, car il l’a entendue chaque année : “On verra dans un an, peut-être que tu pourras rentrer chez toi”. “Cela crée, à chaque fois, un faux espoir. On repousse toujours d’un an et, au final, le jeune reste au foyer jusqu’à ses 18 ans et cela le rend un peu plus triste”, explique-t-il.

Et même s’il garde globalement de bons souvenirs, il reste marqué par les changements de foyers qu’il subissait tous les quatre ans, sans avoir la possibilité de donner son avis. Ainsi, personne n’a jamais réussi à expliquer à Mike pourquoi, lui qui est né à Colmar et a toujours habité dans la région, avait été envoyé dans un foyer d’accueil en Midi-Pyrénées, à 900 km de sa famille.

Faire évoluer la société

Aujourd’hui, il semble regarder cette période de sa vie avec un grand détachement. Pour Mike, “la vie, c’est s’adapter”. Installé désormais avec sa copine, il a terminé il y a quelques mois un CDD en tant qu’agent d’entretien pour la ville de Colmar. Et même si la situation sanitaire et économique actuelle ne lui facilite pas la tâche, il est prêt, une nouvelle fois, à s’adapter, pour franchir ce fameux mur vers l’âge adulte. “Ça va être compliqué de trouver du travail. Je sens le RSA arriver à grands pas et j’espère pouvoir éviter ça.”

Mais au-delà de sa situation personnelle, il est désormais déterminé à faire évoluer la société. “Si je peux apporter ma maigre contribution pour améliorer, ne serait-ce qu’un peu, la vie des jeunes, ce serait avec grand plaisir.” Il a découvert ATD Quart Monde par hasard il y a un an et demi. Il participe alors pendant quelques mois à une Bibliothèque de rue, puis contribue à la création du groupe jeunes. “Je voulais faire une action qui a un plus grand impact sur la vie des jeunes. La Bibliothèque de rue, c’était super, mais, pour moi, c’était une parenthèse dans la vie des enfants. Quand on remballait les livres, je les voyais retourner dans leur misère et cela me faisait mal. Je veux agir pour changer vraiment la vie des gens.” Il intègre alors le laboratoire d’idées du Département jeunesse d’ATD Quart Monde, créé fin 2020. Avec fougue, il estime que cela peut être un outil idéal “pour changer les choses et, pourquoi pas, aller jusqu’à l’adoption d’une nouvelle loi”.

Faire évoluer le système scolaire

Deux sujets lui tiennent particulièrement à cœur : les inégalités à l’école et, bien sûr, la vie des jeunes dans les foyers d’accueil. Lui qui a arrêté l’école en classe de quatrième, après avoir été forcé de redoubler cette classe en suivant les cours par correspondance, veut faire évoluer le système scolaire. “Pourquoi des jeunes de cités ou de quartiers défavorisés ont-ils moins de chance d’atteindre les grandes écoles ? Pourquoi on ne donne pas la même chance à tous les êtres humains ?” s’interroge-t-il.

Mike veut aussi se battre pour que, rapidement, “tous les jeunes sortant de foyer d’accueil soient accompagnés jusqu’à ce qu’ils aient une situation stable”. Il dénonce en effet leur “abandon” dès qu’ils ont 18 ans. “Quand on est en foyer, on est loin de sa famille, mais on a un toit, on est nourri, blanchi, on peut partir en colonie de vacances… Et à 18 ans, il faut partir. Les jeunes qui n’ont plus aucun contact avec leur famille se retrouvent tout seuls, sans savoir où aller.”

Il aimerait bien aujourd’hui faire des études, pourquoi pas pour devenir éducateur. Mais sans aide financière, il estime qu’il n’a pas vraiment le choix : “j’ai plus besoin actuellement d’un travail pour payer mes factures que de retourner sur les bancs de l’école”.

Alors, c’est par le biais d’ATD Quart Monde qu’il veut “se rendre utile” et faire passer des messages aux jeunes. “À ceux qui vivent dans des foyers, je veux dire que, même si la sortie est parfois compliquée, il faut penser qu’il y a une vie après le foyer. Il ne faut pas baisser les bras et continuer d’avancer, malgré tout. À ceux qui ont des difficultés financières, je veux leur dire qu’ils ne sont pas seuls, qu’il y a pas mal de gens qui sont là pour les écouter et pour les aider s’ils le peuvent.” Mike invite surtout chacun à “s’intéresser un peu plus à la vie des gens qu’on ne voit pas, qui ont peu de moyens”, pour sauter ensemble par-dessus les murs.

Cet article est extrait du Journal d’ATD Quart Monde de mars 2021.

 

Photo : Mike Buhr en janvier 2021. © François le Terrien, ATD Quart Monde

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