Une cinquantaine de militants, alliés et volontaires, issus des groupes jeunes et des quatre coins de la France, sont venus en février à Pierrelaye, le temps d’un week-end, pour se saisir des questions écologiques, faire entendre leur voix et préparer Respire. Reportage.
Les 14 et 15 février derniers, tous les chemins d’ATD Quart Monde menaient au site de Pierrelaye. Une cinquantaine de militants, alliés et volontaires du Mouvement, membres du groupe Jeunes de Marseille, de Dunkerque, d’Ile-de-France, de Brest, de la maison familiale La Bise, dans le Jura, de Luneville en Meurthe-et-Moselle, membre de l’équipe « Jeunesse France » et de « Respire » de Montreuil, s’était donnée rendez-vous pour travailler les questions d’écologie et de pauvreté. L’objectif : amorcer une réflexion liant justice climatique et justice sociale et préparer Respire, qui se déroulera du 11 au 14 juillet prochain à Beauvais. Dans la grande salle, au centre de l’assemblée, Martin de l’équipe « Jeunesse France » confie aux groupes la première mission. « Quand on entend environnement et climat à quelles injustices est-ce qu’on pense ? Vous avez vingt minutes pour réfléchir et traduire par le théâtre-image une représentation de vos propos. Il faut également trouver un titre à votre scène ». Levé de rideau ! Voici trois représentations.

« Injustice énergétique et sociale » de la troupe de Dunkerque. Sous un toit joué par Fatiha et Candida, Sébastien dans le rôle du locataire grelotte. Au pied ce logement mal isolé et difficile à chauffer, le sort de David, incarnant un SDF tentant tant bien que mal de se réchauffer sous sa couverture, n’est pas meilleur. Il y a en France, selon les chiffres de l’INSEE, 133 000 personnes dorment à la rue. Mais, il y a aussi tous celles et ceux ayant un toit mais peinant à payer leurs factures de gaz et d’électricité. L’an dernier, il y a eu ainsi 1,2 million d’interventions (coupures sèches et limitation de puissance) à la demande des fournisseurs d’énergie pour cause d’impayés. « Ma dernière facture s’est élevée à 557 euros. À la maison, on a dû couper le chauffage, faire sécher le linge dans le salon. Ce qui me paraît injuste, c’est que je n’ai ni la main ni l’argent pour isoler mon appartement », expose Fatiha.

« Flux migratoire. Rivalité entre personnes en précarité » de la troupe de La Bise (Jura). Le dérèglement climatique fait monter la pauvreté en France et dans le monde. Avec le recul de l’État providence et des aides sociales, l’augmentation des flux migratoires pour cause climatique, « on se retrouve dans une situation où on se bat entre précaires pour un logement, un emploi, une protection sociale » explique Jonathan. « C’est l’injustice que nous avons voulu représenter. Ketty, immigré suite aux problèmes du climat se bagarre contre Jonathan, précaire aussi, et moi au milieu, je joue les services sociaux qui tentent avec de petits moyens de mettre fin à cette guerre », expose Héloïse.

« On a tous le droit à la qualité » de la troupe d’Ile-de-France. « Moi je joue un bon poulet bien dodu, élevé en plein air, bio » se présente Eve. Le post-it sur son front, nous renseigne sur le prix de ce poulet de luxe : 100 euros. À côté, Pénélope est un poulet abîmé, low-cost, noté D au Nutriscore et dont le prix de vente est d’un euro. Tania mange le bon poulet. Pauline se contente de l’autre. Sur le terrain de l’alimentation, nous ne sommes pas tous égaux. L’accès à une alimentation saine et durable a un coût. Faute de revenus suffisants, « on ne choisit pas, on se courbe pour attraper sur les rayons du bas, les produits de premiers prix, moins bons pour notre santé et néfastes pour l’environnement » conclut Pauline.
Lucile Chevalier
