Du 14 au 17 mai dernier, 400 personnes se sont réunies au Centre international d’ATD Quart Monde à Méry-sur-Oise pour le festival « Les Jours qui bâtissent ». Joséphine Déchavannne, organisatrice du Festival, partage son expérience.
En arrivant au Centre international à Méry-sur-Oise, je sens l’excitation s’emparer de moi. Déjà plus de 150 personnes sont rassemblées devant la scène pour le lancement officiel du festival. Malgré un peu de pluie et des températures plutôt fraîches pour la saison, toutes ont l’air ravies d’être ici.
Devant le mur d’affichage, je suis impressionnée par la variété des ateliers proposés. Il y en a pour tous les goûts. De l’atelier fils de fer à la conférence gesticulée d’Elina Dumont, en passant par la table ronde sur les collectifs qui libèrent et la conversation avec Bernard Friot.

Je décide de m’inscrire à l’atelier « À la découverte de ton clown intérieur ». On rit fort et on s’amuse. Je poursuis ma matinée par l’atelier d’écriture animé par Alex Tamecylia. J’ai pu écrire sur mon engagement et sur ce qu’il représente pour moi. Un autre exercice nous est proposé après une pause : échanger avec une autre personne sur un souvenir marquant de notre vie puis raconter le souvenir de l’autre avec ses mots à soi. Cet atelier m’a permis d’échanger avec des personnes au parcours complètement différent du mien. J’en ressors très émue et touchée.
Après un délicieux repas préparé par une équipe de bénévoles, je me dirige vers un nouvel atelier « La fresque des résistances ». En jouant avec des cartes et discutant avec les autres personnes présentes, j’ai pu mieux comprendre la pluralité des systèmes de domination et des mouvements de résistance pour lutter contre. Je sors de cet échange encore plus motivée par l’idée de m’engager.
L’après-midi n’est pas terminée ! J’ai encore le temps d’assister à l’atelier, « Être une femme en galère : un combat de tous les jours contre les violences et la pauvreté à Charleroi. » À partir d’une exposition de photos, des jeunes femmes en situation de pauvreté nous racontent ce qu’elles vivent et ce pour quoi elles se battent. Leur discours est politique. Elles nous parlent des violences systémiques qu’elles subissent : patriarcat, pauvrophobie, classisme (1). Je prends conscience de la difficulté d’être une mère seule et sans ressources. Ces femmes sont constamment jugées et observées. Elles n’ont pas le droit à l’erreur, ni au repos. Elles doivent sans relâche prouver qu’elles sont capables d’élever leurs enfants. Elles sont cantonnées à leur rôle de mère, elles n’ont plus le droit d’être des femmes.
Un atelier de collages féministes était proposé dans la foulée. Il a cherché à faire écho aux partages d’expériences des femmes de Charleroi. Ce moment de collage et les messages transmis ont été très puissants. Ils ont suscité de vives réactions et ouvert bon nombre de débats.
En me promenant sur le lieu du festival, je fais la rencontre du groupe des enfants, les Kids Ki Bâtissent. Accompagnés par plusieurs bénévoles, ils vivent leur festival à eux ! Après leur atelier danse avec Katya, de la compagnie De l’encre sur les pieds, les Kids sont très fiers de me présenter les masques qu’ils ont fabriqués dans la journée.
18h, c’est l’heure de l’apéro ! Je rejoins la buvette et profite du concert de la fanfare l’Ernestophone, qui, malgré une fine pluie, réchauffe les cœurs et les corps. L’apéro continue avec des danses boliviennes. Un cercle se forme autour de Carlos. On danse toutes et tous ensemble. On apprend, on se trompe, on rit fort, on s’amuse et on transpire.
Le repas du soir pris, place au dancefloor. Plusieurs musiciennes et musiciens de tous les styles se partagent chacun.e leur tour la scène. La fête bat son plein.
La musique s’éteint tranquillement à minuit. Quand bon nombre de personnes partent se coucher, un groupe s’organise une chasse aux trésors, un autre des jeux de cartes. La fête ne s’arrête finalement jamais vraiment.
Demain, j’irai faire du chantier. Au programme : réfection des murs de quatre maisons. Peinture, salissure et rire sont garantis ! Après ça, je prendrai le temps de profiter autrement, sans ateliers. J’ai vu des jeunes jouer à un jeu de ballon. Je me joindrai à elles et eux ! Je veux aussi finir cette discussion commencée avec un festivalier sur la place du travail dans nos vies. En attendant, direction le camping pour une nuit de sommeil bien méritée. En m’endormant, je repense à toutes les rencontres que j’ai faites aujourd’hui, à tous.tes ces jeunes avec qui j’ai discuté.
Si je devais retenir une chose de cette journée, ce serait les gens. La beauté des gens. J’ai eu la chance d’échanger avec des personnes aux profils tout à fait différents, toutes plus inspirantes les unes que les autres. Il y avait ce jeune de Suisse, un peu timide au début, qui m’a parlé de sa passion pour les espaces verts. Et puis cette alliée d’ATD Quart Monde, investie dans le Mouvement depuis des dizaines d’années, qui organise des Universités populaires. Il y avait aussi ces jeunes étudiantes, venues s’amuser et rencontrer d’autres personnes engagées.
Cette première journée me pousse à militer davantage, je veux me battre pour changer le monde et bâtir une société plus juste, libérée de toutes formes d’oppressions, qui ne laisse personne de côté.
Joséphine Déchavanne
(1) Le classisme est une discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance à une classe sociale, souvent basée sur des critères économiques.


