Maître de conférences en sociologie et chercheur au Centre nantais de sociologie, Jean-Baptiste Comby signe la préface d’En finir avec les idées fausses sur la pauvreté #Écologie. Pour lui, il faut veiller à ce que l’écologie n’accentue pas les fractures au sein des classes populaires.
Comment ce livre peut-il nous « mettre en mouvement », comme vous l’écrivez dans la préface ?
Ce qui m’a frappé dans ce livre, c’est qu’il met côte à côte l’ensemble des inégalités. Or, dans les discours publics, et même dans les milieux militants écologistes, ces enjeux sont souvent abordés séparément. Pendant vingt ans, nous avons vécu une certaine « écologisation » du débat public qui parlait peu des injustices et des inégalités. Depuis 2019 et les Gilets jaunes, il y a une multiplication des discours autour de la « transition juste », de l’idée que la justice environnementale et sociale forment un même combat. C’est un progrès. Mais la manière dont les inégalités se forment reste rarement abordée. Celles-ci sont le fruit de la compétition entre les classes sociales et c’est à ce niveau qu’il conviendrait donc d’agir.
Je trouve que ce livre est un outil intellectuel et militant utile, parce qu’il porte une parole rare et peut nourrir une conscience environnementale des groupes dominés. Dans ses pages, il y a une certaine simplicité, quelque chose de très concret. Cela vient ancrer l’injustice, qui est souvent abstraite dans le discours écologiste, grâce à des chiffres, des dessins, des exemples précis. Le fait de mettre bout à bout ces inégalités met en lumière l’injustice criante et je pense que c’est mobilisateur.
Que faire pour que les personnes en situation de pauvreté soient écoutées sur les questions écologiques ?
Il faut faire du militantisme de terrain, comme le font ATD Quart Monde et d’autres organisations. Il faut faire du collectif, se réapproprier les espaces publics, se rencontrer et se demander comment on s’organise pour modifier le cours des choses. Il faut faire avec les populations des milieux populaires, et non pour elles, et leur redonner confiance dans leur capacité à modifier collectivement le cours de leurs vies.
Il est aussi important de veiller à ce que l’écologie ne vienne pas accentuer les fractures au sein des classes populaires, qui sont de plus en plus divisées. Il y a des tensions, des concurrences, des luttes internes qui les affaiblissent politiquement. Pourtant, ce sont ces strates de la population dans leur ensemble qui vont être les plus durement touchées par les conséquences des changements climatiques, les canicules, les incendies, les tempêtes… Pour les populations précarisées, il y a un intérêt vraiment partagé, en termes de vulnérabilités, qui devrait amener à créer une dynamique collective pour faire en sorte que les orientations politiques soient différentes.
Face aux atteintes environnementales, vous invitez les lecteurs à « combattre la pauvreté en redéfinissant la richesse », pourquoi ?
Il faut s’interroger sur ce qui fait la richesse d’une vie. Comme je l’écris dans la préface, je pense que les politiques de l’écologie devraient engager une réévaluation démocratique et radicale de tout ce qui doit croître et décroître. On voit bien que les transformations partielles, celles dont s’accommodent l’ordre établi, ne font que déplacer les désastres environnementaux. Il s’agit par exemple de solutions techniques, technocratiques, comme les aides ponctuelles proposées par l’État. Cela devient une affaire d’experts, les gens sont dépossédés de ces questions. Pourtant, tout le monde a son mot à dire sur le type de société dans laquelle nous voulons vivre. Il est nécessaire d’avoir une réflexion radicale, de transformation d’ensemble. Propos recueillis par Julie Clair-Robelet
Photo : © Jean-Baptiste Comby
