Être volontaire en présence dans un quartier, “c’est venir sans projet, mais pas sans méthode”

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Pendant cinq ans, Séraphine, Jean-Patrice, Élodie et Yves ont été volontaires permanents d’ATD Quart Monde en présence dans le quartier de Langlet-Santy, à Lyon.

Être en présence est une action “assez spécifique à ATD Quart Monde. C’est essayer de construire une vie partagée avec les personnes les plus pauvres et les rejoindre où elles sont, plutôt que d’attendre d’être rejoint par elle”, explique Yves, volontaire permanent en présence de 2016 à 2020 à Langlet-Santy. Avec son épouse Élodie et un couple de volontaires permanents malgaches, Jean-Patrice et Séraphine, ils se sont installés dans ce quartier du 8e arrondissement de Lyon.

Pour choisir ce lieu où ATD Quart Monde n’était alors pas implanté, un long travail de repérages a d’abord été mené. Des alliés du Mouvement ont questionné les représentants politiques, les institutions et les acteurs associatifs de la ville. Une fois installés, les quatre volontaires ont rencontré les acteurs du quartier, comme les élus ou les responsables du centre social. L’objectif était alors de “leur signaler notre présence, mais de préciser que nous voulions être considérés comme des habitants et non comme des partenaires, dans un premier temps. C’est un positionnement pas facile, qui se construit”, explique Yves.

Agir ensemble

Face aux membres du quartier, qu’ils soient habitants, élus ou acteurs associatifs, les volontaires sont confrontés à la même difficulté : comment se présenter et faire comprendre leur mission ? “On pourrait imaginer que la réponse est : ‘nous sommes là pour faire des choses avec vous’. Mais la spécificité d’ATD Quart Monde, par rapport à d’autres associations, c’est que la présence est première, on ne vient pas avec un projet, une idée précise d’activité. On vient d’abord et, en fonction de ce qu’on vit avec les personnes, on va, peut-être, à un moment donné, se mettre à agir ensemble. Mais sans aucun a priori sur l’objectif et le contenu de ce qu’on va faire ensemble”, détaille Yves. Tous participent par ailleurs à des activités avec ATD Quart Monde en dehors du quartier, ce qui leur permet de parler du Mouvement sans évoquer directement le quartier.

Les premiers mois, on ne sait pas quoi faire. Il faut être disponible dans le quartier, essayer de comprendre la vie des gens, ce qui se passe autour de nous. Petit à petit, on essaye de trouver ce qu’on va faire”, ajoute Jean-Patrice.

Les quatre volontaires se fixent tout de même des objectifs à leur arrivée, car “être en présence, c’est venir sans projet, mais pas sans méthode”, précise Yves. Séraphine ajoute : “Il s’agit d’abord d’aller à la rencontre des familles qui ont une vie difficile dans le quartier, s’asseoir avec les gens au square, pour qu’ils nous aident à connaître les familles qui sont parfois mal vues des autres, et aller les rencontrer. Puis d’être aux côtés de ces familles en tant que non-professionnels et enfin de permettre à des habitants de participer à des activités collectives, essayer d’aller d’abord ensemble avec les familles vers le centre social, vers des activités organisées dans le quartier comme le jardin partagé…”

Présent et disponible

Au fil des jours, ils commencent à tisser des liens avec les habitants qu’ils croisent. “Il faut réussir à être présent et disponible à l’extérieur. Si on sort alors qu’il pleut, les personnes que l’on va croiser ne seront certainement pas dehors parce qu’elles aiment la pluie, mais parce qu’elles ne peuvent pas rester chez elles. Cela peut être intéressant de se rapprocher d’elles, parce qu’elles ont certainement des choses à nous apprendre sur la difficulté de vivre parfois dans ce lieu”, explique Yves. Il faut être “attentif et patient ; identifier, au square par exemple, les adultes qui ne parlent pas aux autres ; se mettre au rythme des habitants” en restant par exemple dans le quartier en plein cœur de l’été, quand les familles qui restent sont celles qui ne peuvent pas forcément partir en vacances.

Un autre lieu de rencontres est l’école, dans laquelle sont scolarisés les enfants de Jean-Patrice et Séraphine. Yves y a assuré l’aide aux devoirs plusieurs soirs par semaine, tandis qu’Élodie, avec l’aide de Séraphine, anime un lieu d’accueil pour les parents. “C’est intéressant d’investir les lieux où l’accueil est inconditionnel”, explique Yves.

Participer à la vie du quartier, c’est aussi “proposer des rencontres positives”, indique Jean-Patrice. Dire bonjour tous les jours aux personnes qui semblent être à l’écart, proposer d’aller boire un café après avoir emmené les enfants à l’école, organiser à plusieurs un pique-nique ou un jeu au parc, discuter autour d’un livre… “On construit des souvenirs positifs sur lesquels on peut ensuite bâtir et approfondir une relation avec les familles”, poursuit Yves, qui est souvent allé lire au square en emportant avec lui de jolis livres, pour susciter la curiosité des enfants et entamer une discussion avec les parents.

Une présence transformatrice

Après ces cinq années, Yves, Élodie, Séraphine et Jean-Patrice vont bientôt partir pour une nouvelle mission. Ils ont connu des difficultés, qu’ils ont souvent réussi à surmonter grâce à “la force de l’équipe”, mais aussi grâce à l’écriture. “Si on veut transformer cette expérience vécue avec d’autres en éléments de connaissance pour notre Mouvement, cela passe, pour moi, par une écriture quasi quotidienne”, souligne Yves.

Mais leur présence a également été “transformatrice”. Ils ont vu des habitants s’impliquer davantage dans le quartier et se rapprocher des acteurs déjà existants. “La mission de présence, c’est de réussir à amener les personnes que l’on rencontre vers du collectif. On ne cherchait pas à ce que les personnes deviennent militantes Quart Monde, mais plutôt qu’elles deviennent reconnues, actrices dans leur quartier. C’est un chemin qui prend parfois plusieurs années. Avant de pouvoir proposer d’aller vers d’autres, il faut que la personne que l’on rencontre se sente soutenue par notre présence”, conclut Élodie.

 

Illustration : Dessin du quartier de Langlet-Santy réalisé par Yves Petit

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