L’environnement et la santé sont étroitement liés. Quand le premier se dégrade, la seconde en prend un coup. Surtout celle des personnes plus pauvres qui non seulement sont les plus exposés aux pollutions, mais, comble de l’injustice, ont les moyens d’actions les plus limités.
En 2024, plus de 62 000 personnes sont mortes de la chaleur en Europe(1). Chaque année, en France, 40 000 personnes meurent prématurément à cause de la pollution atmosphérique (2). Dans le monde, 10 millions de personnes décèdent,chaque année,d’un cancer lié à des facteurs environnementaux (3)… Bref, la dégradation de l’environnement impacte notre santé. . Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ce sont 13,7 millions de personnes qui meurent chaque année des conséquences de la dégradation de l’environnement. Certains sont plus touchés que d’autres. « Les personnes en situation de pauvreté sont les plus concernées par les dégradations environnementales, les plus exposées à de nombreux facteurs qui aggravent leur état de santé, déjà abîmé par leurs conditions de vie » souligne Isabelle Doresse, corapporteure de l’avis du Conseil économique, social et environnemental (CESE) de 2022 « Pour une politique publique nationale de santé environnementale au cœur des territoires » et vice-présidente d’ATD Quart Monde.
Quand l’air, la terre, l’habitat attaquent les corps. Ce fut d’abord un, puis deux et bientôt douze en un mois. En cette fin d’année 2023, sur l’aire d’accueil de Saint-Pierre-des-Corps, près de Tours, les chiens tombent comme des mouches. Devant les caravanes, entre voisins, on s’inquiète. L’air est irrespirable, il sent l’œuf pourri, et il provoque de terribles maux de tête. En 2022, un rapport commandé par les services de la ville, sur demande de l’ex-préfète d’Indre-et-Loire, alertait déjà sur la présence de métaux lourds. Puis, … rien. Cette aire d’accueil a été construite dans les années 2000, à l’écart de la ville, en bord de nationale et sur une ancienne décharge qui n’a pas été dépolluée. L’odeur d’œuf pourri c’est sûrement du sulfure d’hydrogène qui suinte par les sols. Les chiens avec leur truffe près du plancher en sont morts. Le préfet en juillet 2024 s’était dit prêt à fermer le site. Mais … rien. En avril dernier, la Défenseure des droits, Claire Hédon, s’est rendue sur place pour constater les dégâts. « On manque d’aires d’accueil et sur les 1358 qui existent en France, plus de la moitié des terrains sont pollués, dénonce William Acker, juriste et délégué général de l’Association nationale des gens du voyage citoyens (ANGVC) avant de dérouler les chiffres révoltants de l’INRAE (4). Si vous habitez sur une aire d’accueil, vous avez trois fois plus de risques de vivre à côté d’une déchetterie, deux fois plus d’être à proximité d’une station d’épuration ou d’une autoroute, et 40 % de risques en plus d’habiter à côté d’une usine classée Seveso (soit présentant un risque industriel) ». L’injustice environnementale est ainsi, non seulement les personnes les plus pauvres sont les plus exposées aux polluants dans l’alimentation, dans l’air, les sols, dans les logements, mais en plus, elles sont celles qui disposent du moins de moyens pour s’en protéger. Et elles ne sont généralement pas associées à l’élaboration des politiques environnementales.
Quand l’environnement tape sur les nerfs. Notre intestin est notre deuxième cerveau. Il abrite une importante tribu microbienne qui est « indispensable au fonctionnement de l’organisme, cerveau compris. Les polluants peuvent déséquilibrer le microbiote qui se met à dysfonctionner, favorisant ainsi anxiété, dépression, maladie de Parkinson, Alzheimer » explique Dr Martine Cotina, médecin gastro-entérologue. Patricia Daran, militante Quart Monde, n’est pas allée voir l’état de son microbiote. En revanche, elle sait très bien comment la pollution sonore et de l’air impacte sa santé mentale. « J’habite à côté de Toulouse, près d’une nationale. Malgré le mur anti-bruit, toute la journée, il y a un grognement constant. Même l’été, je ne peux pas ouvrir mes fenêtres en journée. Ce qui me fait du bien, c’est d’aller me promener en forêt. Je me sens toute de suite mieux. Mais je ne suis pas à côté, il n’y a pas de bus pour y aller, il faut une voiture » témoigne-t-elle. En France, le logement surpeuplé, mal isolé ou précaire (soit 4 millions de logements en France) est associé à un stress chronique et à une mauvaise qualité de sommeil. Et comme le pressentait Patricia, la nature apaise l’âme. Selon des données britanniques, un déménagement vers une zone plus polluée augmente de 11 % le risque de dépression ou d’anxiété, tandis que la proximité d’espaces verts est associée à une baisse des prescriptions de psychotropes (5).
La crise écologique est une crise du lien. Elle est « une crise de notre lien au vivant, mais aussi une crise des liens entre les hommes, détaille Isabelle Doresse. Les crises qui se succèdent exacerbent les précarités et en créent de nouvelles. En particulier, l’isolement social est une réalité forte. Or, nos liens sociaux sont notre plus grande richesse. Ce sont eux qui ont le pouvoir de créer notre bien-être ». Ils constituent également notre meilleur atout pour nous en sortir. Dans son livre, Coopérer et se faire confiance, l’économiste Éloi Laurent appelle ainsi à créer de nouvelles formes de vie sociale et à renforcer la coopération, pour surmonter les crises sociales, environnementales et démocratiques, toutes intrinsèquement liées.
Lucile Chevalier
(1) Estimations d’un groupe d’épidémiologistes publiées dans Nature Medicine, en septembre 2025, « Heat-related mortality in Europe during 2024 ans health emergency forecasting to reduce preventable deaths ».
(2) Données issues de l’agence nationale de santé publique, Santé Publique France.
(3) Chiffres diffusés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 2018.
(4) Étude INRAE de 2025, « Près des autoroutes et des déchetteries : les gens du voyage face aux injustices environnementales » de Léa Tardieu, Antoine Leblois, Nicolas Mondolfo, Philippe Delacote.
(5) « Long-term exposure to multiple ambient air pollutants and association with incident depression and anxiety », parue dans le JAMA Psychiatry le 1er février 2023.
« Associations between green/blue spaces and mental health across 18 countries », publié dans Scientific Reports, avril 2021.
