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Un combat pour le droit à l’alimentation

Engagée avec ATD Quart Monde depuis 2012, Magali Ramel est une alliée déterminée à faire reconnaître le droit à l’alimentation en France.

A 29 ans, Magali Ramel est une des seules juristes en France à travailler sur la thématique du droit à l’alimentation. Un sujet qu’elle a découvert en cours d’économie après le bac et qui, depuis, ne la quitte plus. « Je ne sais pas me définir. Tout s’entremêle entre mes engagements personnels à ATD Quart Monde, mon travail de thèse et ma vie professionnelle, avec un objectif commun : rendre effectif ce droit. »

En 2012, alors qu’elle venait de terminer son master en droit comparé et un mémoire sur le droit à l’alimentation, la jeune femme s’interroge sur la position de la France sur ce thème. « J’avais pu voir qu’il s’agissait d’un droit reconnu au niveau international, mais surtout défendu dans le contexte de la lutte contre la faim dans le monde et qu’il n’était reconnu dans aucun pays développé. »

Se nourrir dans la dignité

Elle contacte alors le Mouvement qu’elle ne connaissait que de nom : « L’idée d’Agir tous pour la dignité correspondait exactement à ce que je voulais creuser. Le droit à l’alimentation, cela comprend notamment le fait de se nourrir dans la dignité et de lutter contre la misère en mettant en avant les droits de l’Homme.» Elle ne sait pas alors que l’association vient justement de lancer une grande étude intitulée « Se nourrir lorsqu’on est pauvre ». Il ne lui faut donc que quelques jours pour obtenir un stage au sein du Réseau Wresinski santé. Elle se plonge dans la lecture de 3000 pages de retranscription des entretiens de groupe menés à Nancy depuis 1999 avec des personnes en situation de précarité. Si l’alimentation n’est pas toujours la thématique centrale de ces échanges, elle est très souvent au cœur des préoccupations des militants Quart Monde.

Ce sujet, qui jusqu’alors l’intriguait, devient une véritable passion, sur laquelle elle est aujourd’hui intarissable. « Autour de l’alimentation, il n’y a pas que l’aspect nutritionnel. On trouve la dynamique d’estime de soi, de structuration personnelle, l’idée du stress quand on n’est pas dans le plaisir alimentaire mais dans la survie, la honte d’aller vers l’aide alimentaire, les traditions culturelles, le rapport entre l’homme et la nature… » Un sujet d’étude extrêmement riche qu’elle va approfondir pendant six mois en stage, puis en tant qu’alliée d’ATD Quart Monde. Elle assiste à de nombreux entretiens de groupe avec des militants Quart Monde. Cette méthode, utilisée par le Mouvement, permet selon elle de « créer vraiment du collectif, d’être très respectueuse des personnes et d’aborder un sujet qui peut être sensible sans aller triturer tout ce qui a éventuellement des résonances plus difficiles à exprimer ».

Un projet récompensé

Bien décidée à faire émerger le sujet, elle commence en 2014 une thèse sur l’enjeu de la reconnaissance et de la protection du droit à l’alimentation en France. En parallèle, elle mène à partir de 2016 une mission d’expertise, dans le cadre d’un contrat doctoral avec l’Université de Tours et avec ATD Quart Monde, auprès du rassemblement de communautés de communes Terres de Lorraine. Le projet rassemble associations, collectivités et producteurs pour mettre en œuvre un accès digne et durable à une alimentation de qualité. Il repose sur quatre piliers : « Le refus de l’aide alimentaire distributive comme solution durable aux situations d’insécurité alimentaire et le souhait de la mise en œuvre du droit à l’alimentation en France ; l’objectif d’une alimentation digne, durable, de long terme et de qualité pour tous ; la valorisation du rôle social de l’alimentation et enfin le fait de reconnaître toutes les personnes en situation de précarité comme des acteurs de cette démarche », détaille Magali Ramel.

L’expérimentation permet notamment à 150 familles de la région d’avoir accès à des légumes de qualité à un prix abordable grâce à des achats groupés de surplus de production des producteurs locaux. Elle a été récompensée en février dernier par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. « C’était un moment fort, car ce prix valide notre travail collectif et nous donne les moyens de le poursuivre. »

Pour la jeune femme, cette expérimentation démontre bien « comment il est possible de porter au niveau politique, voire au niveau légal, les constats que l’on fait dans les groupes de militants Quart Monde, sur le terrain ». Elle espère maintenant que le droit à l’alimentation va essaimer un peu partout en France et se désole de ne pouvoir répondre à toutes les sollicitations sur le sujet pour se concentrer, pendant quelques mois encore, sur sa thèse. Pour la suite, ses projets sont nombreux, mais tous intègrent son rôle d’alliée dans le Mouvement « avec qui le lien est naturel ».

Julie Clair-Robelet

Photo : Magali Ramel, sur le site des Grands voisins, à Paris, en mars 2019. © Carmen Martos, ATDQM