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Stratégie de lutte contre la pauvreté : un an après, de nombreux points de vigilance

Le 13 septembre 2018, le président de la République présentait la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, affichant son ambition « d’éradiquer la pauvreté ». Un an après, état des lieux de l’avancée des mesures annoncées.

« Nous pouvons, à hauteur d’une génération, éradiquer la grande pauvreté dans notre pays », affirmait Emmanuel Macron il y a un an, à l’occasion de la présentation du plan du gouvernement pour lutter contre la pauvreté. Trois jours après sa visite au Centre de promotion familiale d’ATD Quart Monde, à Noisy-le-Grand, le président de la République avait ainsi annoncé une série de mesures concernant principalement la petite enfance, les jeunes et l’accompagnement vers l’emploi.

Un an après, très peu d’entre elles ont vu le jour et « la réalisation concrète de ce plan reste encore un grand mystère », estime le groupe de travail créé par ATD Quart Monde, composé de militants Quart Monde, d’alliés et de volontaires. Ce groupe s’est réuni au cours de cinq séances de travail afin d’analyser le bien-fondé des mesures et, si besoin, de rappeler ses engagements au chef de l’État.

Éviter de créer de nouvelles stigmatisations

Le premier constat est que « la mise en place de la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté commence très doucement » et de manière très différente selon les régions. « De nombreux points sont positifs dans le texte, mais cela dépend vraiment de la manière dont ces mesures vont être appliquées », soulignent les membres du groupe de travail.

Certaines ont déjà été lancées, comme le dispositif de petits-déjeuners gratuits développé depuis le mois d’avril dans les écoles primaires volontaires de territoires prioritaires, au sein de huit académies. Cette mesure doit être généralisée à partir de la rentrée. ATD Quart Monde rappelle cependant que « la première demande des parents est de pouvoir offrir des conditions de vie décentes à leurs enfants, et non de dépendre d’une mesure d’assistance pour cela ». Le Mouvement pointe ainsi la nécessité de s’interroger sur l’accès à l’ensemble des droits, car un enfant ne peut pas bien étudier s’il est mal logé, si ses parents sont au chômage, si aucun lien n’est créé entre sa famille et son école…

L’ouverture plus large de crèches aux enfants des familles défavorisées ou le développement de la cantine à 1 euro, annoncés également dans la Stratégie de lutte contre la pauvreté, n’ont pour l’instant été mises en place que de façon très limitée, sans indication très précise sur la manière dont cela allait se faire. « L’idée est bonne, même s’il faut se donner les moyens d’aller chercher les familles hors des radars. »

L’obligation de formation jusqu’à 18 ans, annoncée par le gouvernement, a quant à elle été adoptée au Parlement en juillet dernier et sera effective à partir du 1er septembre 2020. Une mesure qui « va dans le bon sens, à condition que le jeune soit réellement accompagné et libre de choisir sa formation ou son métier ».

Territoires zéro chômeur : l’attente d’une nouvelle loi

Le discours du président de la République, le 13 septembre 2018, contenait également un engagement fort pour l’extension de l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée : « Nous allons plus que doubler le nombre de personnes qui pourront bénéficier de ces expérimentations dans tous les territoires » et « les investissements suivront pour être à la hauteur ».

Un an après, et alors que plus de 800 personnes ont été embauchées dans les onze Entreprises à but d’emploi créées, la nouvelle loi nécessaire à l’extension du dispositif se fait encore attendre. Le gouvernement a en outre acté en janvier dernier la baisse des aides financées par l’État.

Manque de réelle concertation

Autre mesure phare du Plan contre la pauvreté : la création du Revenu universel d’activité censé se substituer à partir de 2022 à plusieurs prestations sociales dont le RSA, les aides au logement et la prime d’activité. Une concertation sur ce dispositif a commencé en juin dernier, « sans les personnes en situation de précarité », regrettent les membres d’ATD Quart Monde.

La consultation des premiers concernés reste en effet ce qui fait largement défaut. Le gouvernement a affiché « une réelle volonté de faire participer les personnes concernées, les territoires et les institutions, mais dans les faits, il ne s’est pas organisé pour permettre leur participation ». Plusieurs membres du Mouvement participent, dans leur région, à des groupes thématiques organisés pour garantir un pilotage des mesures à partir des territoires. Ils constatent que « tout le monde n’a pas les mêmes outils, ni les mêmes informations » et que ces groupes de travail « ne sont pas suffisamment pilotés, ni encadrés pour permettre la mise en place des conditions de la participation de tous ».

Tant sur la forme que sur le fond, ATD Quart Monde émet donc « des doutes sur la capacité de cette Stratégie à atteindre les plus vulnérables ». Julie Clair-Robelet

Photo : Les membres du groupe de travail : Isabelle Bouyer, Nathalie Monguillon, Françoise Hamel, Lucienne Soulier, Sylvie Clausse, Doris Mary, Zoé Jacquot, Denis Rochette, Marie Cherel, Pascale Anglade, Étienne François. © ATDQM