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« Nous voulons faire avancer les choses, pour nous et pour les autres »

Ils viennent de Nancy, Feyzin, Montpellier et Montauban et se réunissent tous régulièrement pour partager leurs expériences et avancer des solutions, afin que personne ne soit laissé de côté dans l’accès aux soins et à la prévention.

« Nous avons participé à la construction de la Couverture maladie universelle, nous avons créé une assurance pour permettre à tous de bénéficier d’obsèques dignes, nous avons lancé des jardins nourriciers… Pour tous les sujets que nous avons traités, on est arrivé à faire des préconisations et il y a eu des résultats », constate Viviane Tirlicien. Avec une dizaine de militants Quart Monde ayant connu ou connaissant la précarité et quelques alliés, elle participe activement depuis de nombreuses années au Laboratoire d’idées santé.

Droits et accompagnement

Tous les deux ou trois mois, ils se réunissent pour réfléchir à une thématique et émettre des propositions. « On a tous besoin d’avoir des soins, plus ou moins longs. C’est primordial de faire avancer les choses, pour nous et aussi pour les autres, quelle que soit notre situation. Nous nous battons pour avoir des droits, mais pas seulement, pour un réel accompagnement des personnes aussi », ajoute Béatrice Mouton. « On doit tous avoir des soins de bonne qualité et être accueilli dans de bonnes conditions », précise Émilienne Nobel.

« Nous voulons faire remonter tout ce qui se passe dans les cabinets médicaux et à l’hôpital, montrer comment les gens dans la précarité sont parfois très mal reçus », poursuit Georges Mouton. Pour lui, la première victoire obtenue grâce aux réflexions développées avec ATD Quart Monde a été de « faire changer le regard » de son propre médecin sur les personnes en situation de pauvreté.

« Une montagne à gravir »

Au-delà des soins, les membres du Laboratoire d’idées évoquent plus globalement la question du « bien-vivre », pour lutter contre la malnutrition, les logements insalubres, le stress provoqué par les difficultés de vie, le combat administratif pour obtenir des droits… Pour Micheline Adobati et Aquilina Ferreira, l’avancée la plus significative obtenue par ATD Quart Monde fut la création de Notre Assurance Obsèques, une assurance permettant à tous de bénéficier d’obsèques dignes, et de l’association « Inhumer dignement nos morts », créée en 2017 à Nancy. « Cela nous travaillait de devoir être enterrés au carré des indigents, car nous n’avions pas d’argent pour payer notre enterrement », expliquent-elles. « Mais il ne suffit pas d’avoir des instruments, il faut que les gens le sachent », précise Micheline, qui regrette que cela reste encore trop méconnu.

« On essuie beaucoup de plâtres. Nous proposons des choses concrètes, mais, une fois mises en place, il faut voir comment les gens s’en emparent, ou comment cela est parfois rogné peu à peu. Mais c’est toujours un plus, une goutte d’eau de plus », constate Marie-France Zimmer, qui a participé pendant de longues années au Laboratoire d’idées. « Nous avons une montagne à gravir et il faut y aller marche par marche. Nous avons franchi une énorme marche avec la création de la CMU, mais cela a créé ensuite de nouveaux problèmes à résoudre », ajoute Caroline Desprès.

De nouvelles propositions

Tous ont déjà en tête les dossiers qu’il est urgent de faire avancer. Pour Yves Jeanjean, c’est la question de l’accès au dossier médical et de la transmission d’informations qui peuvent parfois porter préjudice aux personnes en situation de précarité ; Jackie Tassin s’interroge sur le manque de plus en plus criant de médecins de campagne ; Guy Ménager espère que leurs paroles seront entendues pour qu’il n’y ait bientôt « plus d’interruption entre les allocations chômage ou le RSA et le paiement de la retraite », car la rupture de droit peut actuellement durer plusieurs mois.

« C’est l’avenir de tous nos petits-enfants qui est en jeu aujourd’hui. Si on ne peut pas arriver à faire changer les lois au niveau de la santé, on n’arrivera à rien. Ce n’est qu’en travaillant tous ensemble qu’on peut faire changer ça », conclut Viviane.

Photo : Les membres du Laboratoire d’idées Santé réunis à saint-Mandé en octobre 2019. © JCR, ATDQM