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Idées fausses : « On ne peut pas augmenter le Smic. » C’EST FAUX

Faux. Augmenter le Smic de 1 % n’a pas de conséquences négatives sur le coût du travail, l’emploi et les finances publiques.

92 % des Français souhaitent qu’on augmente le Smic1.

C’est un moyen efficace d’agir contre la pauvreté monétaire, puisque cela peut aider un grand nombre de familles à passer au-dessus du seuil de pauvreté (idée fausse 22)2. Une étude réalisée à New York montre même qu’une hausse du salaire minimum sauve des vies3. La hausse du Smic aurait aussi l’effet indirect de réduire les compléments de revenus versés aux travailleurs pauvres sous forme de prestations sociales, et donc de réduire les dépenses publiques et le montant des impôts.

Mais on entend souvent dire, y compris au sommet de l’État, que « si l’on augmente le Smic, les entreprises embaucheront moins », que « cela va accroître le chômage » et que « les salaires doivent rester bas. »

Un premier constat : contrairement à certains discours, le montant du salaire minimum n’est pas si élevé en France, comparé aux autres pays (idée fausse 91). On constate aussi qu’abaisser le coût du travail ne crée pas beaucoup d’emplois (idée fausse 76). Mais s’il augmente, cela découragera-t-il certaines entreprises d’embaucher ?

Des observations faites dans différents pays montrent que la création ou la hausse d’un salaire minimum n’a pas forcément un effet négatif sur la santé des entreprises, qu’elle redynamiserait au contraire l’économie et qu’elle n’augmente pas le chômage4. Cela confirmerait la théorie économique dite du monopsone qui montre que lorsque les employeurs ont un pouvoir dominant, ils établissent des salaires à un niveau inférieur à celui qui prévaudrait sur un marché du travail parfaitement concurrentiel (voir par exemple les travaux de l’économiste Alan Manning), et que, comme les économistes Akerlof et Stiglitz l’ont montré, un salaire correct (qu’ils appellent « salaire d’efficience ») produit une bonne productivité des salariés, car ils savent qu’ils perdraient beaucoup à être licenciés et sont incités à travailler correctement5.

Au Royaume-Uni, le salaire minimum a doublé entre 2000 et 2017 sans que cela n’augmente le taux de chômage. Depuis quelques années, plusieurs États américains augmentent leur salaire minimum afin de relancer la consommation des ménages, principal moteur de la croissance américaine, et aussi parce qu’ils savent que des salaires bas sont de toute façon complétés en partie par des prestations sociales et occasionnent donc un coût fiscal6 (certains diraient une subvention publique à l’emploi précaire) que l’on pourrait éviter en relevant le montant du salaire minimum, ce qui permettrait aussi aux salariés de vivre plus dignement de leur travail, et non d’un mix salaire/aides sociales.

En France, une augmentation du Smic de 1 % n’aurait pas de conséquence sur le coût du travail, car elle serait compensée en grande partie par l’augmentation des réductions de cotisations sociales sur les bas salaires7. Au bout d’un an, elle ne supprimerait que 2 100 emplois et ne dégraderait les finances publiques que de 0,02 point de PIB. On voit donc que les avantages d’une augmentation légère du Smic (sortie de la pauvreté monétaire pour un grand nombre de familles, hausse de pouvoir d’achat stimulant la demande intérieure – idée fausse 92 – et donc les emplois, etc.), sont plus importants que ses conséquences négatives.

Cette idée qu’on ne pourrait pas augmenter le Smic en France et les quatre idées reçues qui suivent posent aussi la question d’identifier ce qui détermine réellement les entreprises à produire, à investir et à embaucher. En réalité, plus que les réductions de coût du travail ou d’impôts, que la compétitivité-prix par rapport à l’étranger et que les facilités pour licencier, c’est davantage la santé de l’économie et des carnets de commandes qui est le facteur déclencheur

1 Baromètre d’opinion 2018 de la Drees.

2 Pour une démonstration pour le cas américain, voir A. Dube, « Minimum Wages and the Distribution of Family Incomes », National bureau of economic research, Working Paper n° 25240, 2018.

3 T. Tsao, K. J. Konty, G. Van Wye, O. Barbot, J. L. Hadler, N. Linos, M. T. Bassett, « Estimating Potential Reductions in Premature Mortality in New York City From Raising the Minimum Wage to $15 », AJPH, Vol. 106, N° 6, 2016.

4 D. Card, A. B. Krueger, « Minimum Wages and Employment: A Case Study of the Fast-Food Industry in New Jersey and Pennsylvania », The American Economic Review, 1994, Vol. 84, N° 4, pp. 772-793 ; J. Schmitt, « Why Does the Minimum Wage Have No Discernible Effect on Employment ? », Washington, CEPR, 2013 ; S. Black, J. Furman, L. Giuliano, W. Powell, « Minimum wage increases by US states fuelled earnings growth in low-wage jobs », www.voxeu.org, 2 décembre 2016 (consulté en août 2019) ; G. Ahlfeldt, D. Roth, T. Seidel, « The regional effects of Germany’s national minimum wage », Centre for Economic Policy Research, 2018 ; M. Hafner, J. Taylor, P. Pankowska, M. Stepanek, S. Nataraj, C. van Stolk, « The impact of the National Minimum Wage on employment : A meta-analysis », Cambridge, Rand Europe, 2017. L’étude « Working poor in America » d’Oxfam en 2014 recense plusieurs études qui détaillent les effets positifs qu’aurait une hausse du salaire minimum sur l’économie américaine.

5 Une minorité de salariés reste durablement au SMIC (« La conjoncture du marché du travail au 4e trimestre 2018. Focus : les salariés rémunérés au salaire minimum », Les RDV de Grenelle, Ministère du Travail, 2019). On peut en déduire que les entreprises trouvent finalement les moyens de mieux rémunérer leurs salariés.

6 153 milliards de dollars par an pour les contribuables américains, selon K. Jacobs, I. Perry, J. MacGillvary, « The High Public Cost of Low Wages », UC Berkeley Labor center, 2015, dont 7 milliards pour les salariés des fast-foods, selon S. Allegretto, M. Doussard et alii, « Fast Food, Poverty Wages. The Public cost of low-wage Jobs in the fast-food industry », UC Berkeley Labor center, 2015.

7 É. Heyer, M. Plane, « Quelles conséquences économiques d’un coup de pouce au Smic ? », OFCE, Les notes n° 22, 2012.

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