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Pauvreté et stratégies de survie

Pauvreté et stratégies de survie

Analyse comparative des stratégies de survie des familles, dans l'Europe préindustrielle et dans les pays en développement.

Conférence-débat de l’Association Emmaüs à l’École normale supérieure

L’analyse comparative des stratégies de survie des familles dans l’Europe préindustrielle et dans les pays en développement met en évidence « la complexité des paramètres qui entrent en jeu » et « les contraintes auxquelles les individus sont confrontés et sur lesquelles ils ont peu de prise, comme les contraintes externes, politiques et géographiques, mais aussi internes, sociales ou culturelles. »

Les historiens distinguent trois sortes de pauvres :
– les pauvres structurels : informes, vieillards
– les pauvres conjoncturels : manouvriers, petits marchands…
– les pauvres honteux : qui appartiennent à une classe sociale qui ne devrait pas connaître la pauvreté et qui ne peuvent plus continuer à vivre dans leur groupe.
Ils ont d’abord étudié comment la société « traite » les pauvres : charité publique et État providence.

Mais, « pour comprendre la pauvreté, il faut non seulement étudier les mécanismes de la pauvreté mais aussi ce que les individus peuvent faire pour minimiser les risques, pour freiner la dégradation de leurs conditions dans les périodes de crise ».

La pauvreté est un phénomène socialement construit : ainsi la participation à la vie collective ne suppose pas les mêmes biens dans un pays riche que dans un pays pauvre. En Chine, la pauvreté s’est aggravée avec la perception de la différence des niveaux de vie.

La notion de risque n’est pas la même selon les individus, certains ayant connu la sécurité et d’autres ayant toujours vécu dans la précarité. Elle varie aussi selon la situation politique et économique, qui permet plus ou moins de faire des prévisions.

Les stratégies de survie dépendent du milieu de vie, de l’origine sociale, de la configuration familiale et de la nature de la crise. Elles ne sont pas uniquement économiques mais aussi sociales :
– la polyactivité ;
– l’insertion dans le marché, éventuellement grâce au crédit : « il nous faut réfléchir au moyen de faire fonctionner le marché au bénéfice de tous ». Exemple : un marché très important dans l’Europe moderne est celui des meubles et vêtements d’occasion. Les femmes font circuler les vêtements usagers comme de l’argent. Mais les pauvres sont progressivement exclus de ce marché pour trois raisons : les marchands installés luttent contre cette concurrence ; l’État veut pouvoir lever des taxes ; et les règles d’hygiène apparaissent;
– développement du capital social : solidarité avec le groupe ;
– au sein de la famille, il y a la mise en commun des revenus de chacun mais aussi l’encouragement de stratégies individuelles pour les mieux armés.

L’analyse de la variété des contextes montre combien la définition de la pauvreté en termes de « capabilité » est pertinente. Le rôle de l’État doit être de faciliter les choix individuels. « Il faut se battre sur tous les fronts : sur l’équité des droits quels que soient la race et le genre, sur la valorisation des divers rôles sociaux, sur l’égal accès aux soins et à l’éducation et sur l’impartialité de l’État. »

Annick Mellerio

Éditions Rue d’Ulm – La rue ? Parlons-en ! 2008 – 69 p.