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Nous sommes des sang-mêlés

Nous sommes des sang-mêlés

Édition commenté d'un manuel d'histoire, sollicité par l'UNESCO après la guerre, pour mettre en valeur le rôle du métissage ethnique et culturel dans l'histoire de la France.

Manuel d’histoire de la civilisation française

Un livre-événement en quelque sorte puisqu’il s’agit d’un manuscrit datant de 1950 retrouvé par Denis et Élisabeth Crouzet. Tous deux professeurs d’histoire ont décidé de le publier intégralement, en prenant soin d’en éclairer la compréhension, tant son contexte et sa genèse que sa problématique, en rédigeant un avant-propos (10 pages) et une longue postface (97 pages).

Ce « manuel », écrit en réponse à une sollicitation de l’UNESCO, se voulait une œuvre pédagogique assez novatrice pour l’époque. Il s’agissait d’inviter un jeune lecteur, tutoyé pour la circonstance, à relire toutes les périodes de l’histoire de France pour lui montrer à quel point celle-ci était le fruit d’un constant métissage ethnique et culturel.
Si l’on devait parler de spécificité française, d’identité propre, de civilisation caractéristique, il faudrait convenir qu’elles ont été pour une large part façonnées par de multiples emprunts au cours des siècles et dans tous les domaines, ceux de la nature et de la vie quotidienne, ceux de la race et du sang, ceux de l’esprit. « Être français, c’est se sentir à la fois un bénéficiaire, un héritier et un créateur ». Cette histoire revisitée obéit à un parti pris antifrancocentrique.

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, l’UNESCO entendait travailler à élaborer des conditions nouvelles de compréhension internationale en favorisant dans chaque pays une réécriture des manuels scolaires, en particulier ceux d’histoire. Car lui apparaissait alors comme une évidence que la dynamique des haines et des guerres dérivait surtout de l’idéologie nationaliste et raciste, entretenue par une méconnaissance de l’histoire, propagée par certains média et responsables politiques, transmise en outre de génération en génération à travers les programmes scolaires, particulièrement en Europe. Il fallait mettre un terme à l’exaltation des sentiments nationaux de supériorité et jeter les bases d’une formation à la paix et à une « fraternité » universelle, terme conclusif du manuscrit. Et pourtant, pour des raisons mal élucidées, ce manuscrit n’a pas été édité par l’UNESCO.

La relecture opérée par Lucien Febvre (grand historien, membre de l’Institut, professeur honoraire au Collège de France) et François Crouzet (agrégé de l’université, assistant à la Sorbonne) offre beaucoup de plaisir au lecteur en lui faisant aisément comprendre, à frais nouveau et sous un angle décalé, ce qui pouvait peut-être déjà meubler la mémoire de son histoire nationale.

La postface, de facture très différente, apporte un complément d’informations très utiles sur la situation conjoncturelle des années 1950 et des éléments d’analyse sur les relations des auteurs avec leurs pairs.

Daniel Fayard

Albin Michel – 2012 – 398 p.

Compte rendu publié dans la Revue Quart Monde n° 223.