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Mon pays c’est le chemin

Mon pays c’est le chemin

Margot, adoptée enfant dans un camp de réfugiés en Éthiopie, ne connaît pas ses origines. Elle a été élevée en France. Adulte, elle a réussi à faire des études et exerce le métier d’interprète, ce qui lui donne l’occasion d’effectuer beaucoup de voyages et de rencontres.

Mais en vérité, tout au long de ce récit, elle est intérieurement troublée et fragilisée par des doutes ou des incertitudes sur son identité profonde, qui hantent ses rêves et affectent son devenir.

Je me suis dit qu’en l’écrivant je finirais peut-être un jour par comprendre. Je ne suis pas sûre que je comprenne quoi que ce soit, mais écrire est devenu un rituel… Je mets toujours du temps à émerger du rêve parce que je suis perdue dedans, et je ne sais plus où je suis ni qui je suis vraiment. Comme si je n’arrivais pas à revenir dans la réalité ou bien que la réalité n’est pas celle que je crois. Il y a un doute inquiétant, un flottement pendant lequel je perds pied, où je ne suis plus sûre de rien. Puis je reviens à moi et l’angoisse me prend.

Les raisons de ces troubles ?

Moi, je ne me sens nulle part chez moi. Mon pays, c’est le chemin. Le chemin entre les gens, entre les villes, entre les langues. Je ne suis pas d’un lieu, je ne suis pas d’une langue. Je suis d’une marche, d’un aller sans fin.

Avant de pouvoir se poser quelque part, de pouvoir par exemple « faire sa vie » avec quelqu’un, on passe par bien des interrogations, ici admirablement cernées par l’auteure. La voix de Margot est croisée avec celles de Sullivan, son prétendant (?), et de Sliman, un vieillard de 95 ans avec qui elle entretient un dialogue salutaire.

De facture poétique certaine, voire parfois foisonnante, cette écriture n’est pas non plus sans accent quasi-philosophique d’une portée universelle : Personne ne sait s’il fait vraiment ce pour quoi il est né.

Nathalie Bénézet signe là son second roman, après « Les moissons de l’absence » en 2016.

Daniel Fayard

Éditions Chèvre-feuille Étoilée, D’une fiction, l’autre, 2018, 117 pages

Compte rendu publié dans la Revue Quart Monde n° 247.