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Libérons-nous !

Libérons-nous !

Libérons-nous des chaînes du travail et de la consommation.
Donnons-nous la liberté et le temps de participer à ce qui a vraiment du sens.

« Toute ta vie dépendra de l’argent que tu gagneras dans nos entreprises, et tout ton bonheur dépendra des produits que tu achèteras dans nos magasins. »

Ne plus être les esclaves du capitalisme mondial, telle est la raison d’être de ce petit opuscule qui fait l’apologie d’un nécessaire réveil des consciences, d’un sursaut d’audace pour oser ne plus « passer sa vie à la gagner » et à consommer, pour se donner la liberté et le temps de pouvoir s’adonner ou participer à ce qui a vraiment du sens : « s’engager pour des causes, servir un idéal, s’investir dans des projets porteurs de valeurs comme la solidarité, le partage, l’éducation, l’écologie, etc. »

Une utopie ? Plus aujourd’hui selon cet auteur, qui a déjà dressé les portraits de certains de ces pionniers dans un ouvrage antérieur (« Les Tisserands, 2016), grâce à l’instauration d’un revenu universel. Abdennour Bidar se livre à un plaidoyer philosophique en sa faveur parce que celui-ci ouvrirait la possibilité d’un « temps libéré ». Il n’hésite pas à emprunter des arguments à des penseurs reconnus comme Van Parijs, Maslow, Pascal, Gorz, Marx, Jaurès, Alain, Meda, Arendt, Keynes, Roger Sue, Kant.

Au terme des ses réflexions qui prennent en compte les raisons de ceux qui ne sont pas acquis à une telle révolution sociétale, voire spirituelle, il conclut par des propositions concrètes pour sa mise en place.

1 – Fixer le revenu universel à un niveau supérieur à celui des minima sociaux ou du salaire minimum, ces pseudo-filets de sécurité qui ne font qu’engluer l’individu dans la précarité. Pour la France à 1500 € (3000 pour un couple), et dans chaque pays à un seuil permettant à l’individu de mener une vie décente.
2 – Ouvrir partout au niveau local, ainsi que sur les réseaux sociaux, des maisons et des forums du temps libéré, offrant des espaces de discussion réelle ou virtuelle où tous pourront réfléchir ensemble au sens de ce temps libéré et à ce qu’ils veulent faire du revenu universel. (Avec l’accompagnement éventuel de psychologues, de thérapeutes, de philosophes… !!)
3 – Mettre en place une instauration différenciée du revenu universel, en le proposant automatiquement aux chômeurs, aux jeunes, aux retraités, malades, personnes handicapées ou invalides, et en l’octroyant sur demande à tous ceux qui désirent quitter leur emploi, sans qu’ils aient à s’en justifier.
4 – Tout au long de la scolarité, faire de l’initiation à la liberté l’objectif majeur de l’École, de telle sorte qu’à l’âge adulte la personne ne se retrouve pas perdue dans la civilisation du temps libéré mais dotée d’une capabilité réelle d’autodétermination.
5 – Créer un nouvel écosystème de civilisation repensé et réorganisé pour faire contribuer toutes nos structures sociales au service d’un objectif : offrir à chacune et chacun les moyens de consacrer son temps libéré à la culture de son humanité. »

Reste à savoir si les plus pauvres auraient les moyens d’une telle entreprise d’autodétermination. Mais ils auraient sans doute le droit de pouvoir d’une manière ou d’une autre avoir part à un tel débat de société.

Daniel Fayard

Éditions Les Liens qui Libèrent – 2018 – 108 p.

Compte rendu publié dans la Revue Quart Monde n° 248.