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Les solidarités à l’épreuve de la pauvreté

Les solidarités à l’épreuve de la pauvreté

«... comment un objectif poursuivi de bonne foi (ici la lutte contre la pauvreté au nom de la solidarité) subit des altérations et des déviations, plus ou moins conscientes, qui interfèrent dans sa résolution, produisant un résultat quelque peu différent de celui envisagé initialement... »

Expériences anglaises et françaises aux XIXe et XXe siècles

Le mot-clé de cette thèse soutenue en 2006 pour le doctorat de sociologie (Université René Descartes, Paris V) est celui de déflexion. Ce terme, emprunté à la physique et à la psychanalyse, est utilisé par l’auteure pour « illustrer comment un objectif poursuivi de bonne foi (ici la lutte contre la pauvreté au nom de la solidarité) subit des altérations et des déviations, plus ou moins conscientes, qui interfèrent dans sa résolution, produisant un résultat quelque peu différent de celui envisagé initialement… »

Cette étude apporte un éclairage historique sur les évolutions comparées des politiques de lutte contre la pauvreté en Angleterre et en France, au prisme des écarts entre le dire et le faire, entre la théorie et la praxis.
Leur mise en œuvre de la solidarité génère des déperditions et des effets pervers sous l’influence d’obstacles, de résistances, de dérives, de conjectures non maîtrisés et peut-être non-maîtrisables. Il s’ensuit une évaluation en demi-teinte qui, tout en notant des progrès significatifs, ne peut manquer de constater que la pauvreté persiste, voire se renouvelle et s’amplifie.
Dans le même temps, les mobilisations associatives des ONG sont confrontées à des écarts peut-être analogues entre leur affirmation d’une idéologie radicale digne d’un projet global de société (éradication de la misère, les mêmes droits pour tous…) et leur micro-stratégie de petits pas, voire parfois de compromis, par exemple pour viser quelques améliorations pour une gestion plus solidaire de la pauvreté à travers l’obtention de droits nouveaux, puis pour protester contre la non-accessibilité de tous à ces droits.

« Il n’y a là ni critique, ni caricature, mais seulement une… tentative qui, d’une certaine façon, rend compte du caractère inachevable, dans les conditions actuelles, du projet de réalisation des objectifs de lutte contre la pauvreté, mais, dans le même mouvement, de l’impérieuse nécessité de persévérer pour réussir à en maîtriser avec une meilleure conscience les obstacles. »

Cet ouvrage bien documenté (près de 300 références bibliographiques) prend en considération de nombreux aspects de la lutte contre la pauvreté (économiques, idéologiques, institutionnels, philosophiques, politiques, religieux, sociologiques, statistiques) et explore les différentes facettes du concept de solidarité au regard de la charité, des secours, de la justice, de l’équité…

Grâce sans doute aux travaux antérieurs qu’elle lui avait consacrés*, Jacqueline Deguise-Le Roy a su faire valoir le rôle joué par le Mouvement ATD Quart Monde au cœur de cette relecture historique.

Daniel Fayard

* Le Mouvement ATD Quart Monde France et la grande pauvreté, mémoire principal de DEA, Université René Descartes, Paris V, 1999.

L’Harmattan – Logiques sociales – 2012 – 248 p.

Compte rendu publié dans la Revue Quart Monde n° 227.

Sur le même sujet aux Éditions Quart Monde
Revue Quart Monde n° 226 : Identités, appartenances et vivre ensemble