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Les SDF se cachent-ils pour mourir ?

Les SDF se cachent-ils pour mourir ?

L’auteure, médecin et philosophe, pionnière des soins palliatifs en France, a longtemps travaillé dans un hôpital à Saint-Denis (93) et a participé à la création récente d’un LAM dont elle analyse ici le contexte et le fonctionnement, en même temps que les enjeux des politiques publiques d’hébergement des sans-abris.

Paradoxes des politiques de la précarité

Qu’est-ce qu’un LAM (lits d’accueil médicalisés) ? Cette nouvelle structure, gérée par le secteur médico-social associatif, a été créée pour « désengorger » l’hôpital des SDF les plus fragiles, très malades et souvent en fin de vie, qui se trouvent sans solution administrative ou d’hébergement. S’agit-il d’un « sous-hôpital » regroupant une unité de soins palliatifs et un EHPAD pour pauvres ?

Contrairement à d’autres structures d’hébergement prévues pour être transitoires, les LAM offrent aux SDF un « lieu de vie » à caractère pérenne. On y trouve deux publics qui se mélangent : les grands exclus et les précaires étrangers. En Ile de France, ces derniers sont majoritaires, en situation irrégulière ou issus de l’immigration. Les besoins de chacun étant très divers, comme en témoignent les brefs portraits esquissés par l’auteure, le travail des soignants se doit d’assumer une prise en charge très individualisée en ce qui concerne la santé des uns et des autres, mais aussi un accompagnement social pour leur permettre de nouer des liens avec d’autres ou d’en renouer avec des membres de leur famille maintenant qu’ils demeurent dans un lieu fixe.

Le LAM, lieu d’accueil pour précaires malades, bénéficie de conditions rares dans le dispositif de la précarité : architecture agréable, équipe en nombre et motivée, règles de vie très souples, et surtout pérennité de la prise en charge…. Mais cette once d’humanité ne peut cacher les contradictions et les paradoxes inhérents à l’ensemble du système.

Comme le fait remarquer une infirmière, il n’est pas normal qu’il faille attendre d’être au plus mal, très malade et vivant dans la rue, pour qu’enfin on s’occupe de vous dignement. C’est en amont qu’il faut repenser nos lois et nos pratiques. Et l’auteure ne manque pas, après avoir dénoncé les incohérences et les « paradoxes des politiques de la précarité », de présenter en conclusion quelques propositions susceptibles d’améliorer l’accueil aux étrangers, l’accès au logement, le système de soins et du secteur médico-social.

Un petit livre qui intéressera particulièrement ceux et celles qui sont interpellés par le sort des SDF dans notre société.

Daniel Fayard

Éditions Érès – Trames – 2023 – 184 p.