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Les gens de rien

Les gens de rien

Un vaste panorama historique des évolutions de la grande pauvreté, celles de sa perception comme celles de son "traitement", faisant une large place au quotidien des plus pauvres.

Une histoire de la grande pauvreté dans la France du XXe siècle.

Tout au long du XXe siècle, la nature de la grande pauvreté comme le regard porté sur elle ont beaucoup évolué.

Au lendemain de la Grande Guerre, l’État intervient de manière essentiellement normative, laissant aux œuvres le soin de s’occuper des pauvres ; c’est la professionnalisation de l’assistance, bien souvent synonyme de contrôle social. Avec la grande crise des années 1930 et le chômage massif qui l’accompagne, la représentation très négative du pauvre reste prégnante mais on peut déjà discerner les prémices d’une véritable politique d’assistance sociale.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’État pose les premiers jalons d’une protection sociale tandis que le Secours catholique et le Secours populaire s’affirment comme des œuvres incontournables. Là où, auparavant, la qualité de pauvre s’inscrivait dans un ordre social perçu comme ‘naturel’, cette dernière semble, pendant les Trente Glorieuses, plutôt liée à une ‘inadaptation sociale’. Progressivement une véritable politique sociale (aides sociales, aides au logement) est mise en place ; malgré cela les plus pauvres restent à l’écart d’une société de consommation en plein développement.

La naissance d’Emmaüs marque un premier tournant : les compagnons se prennent en charge eux-mêmes. Avec l’appel de l’abbé Pierre de 1954, l’image de la grande pauvreté s’intègre à une véritable réflexion sur la société à bâtir. En 1987, le rapport du père Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, présenté au Conseil économique et social, illustre une « nouvelle donne » en matière de pauvreté : les œuvres et associations ne se substituent plus à l’État, elles agissent en complémentarité avec lui. ATD Quart Monde puis d’autres associations luttent pour que la dignité des plus pauvres soit reconnue.

L’auteur décrit également avec minutie les activités et les conditions de vie des plus pauvres ; à travers des « histoires de vie », il donne la voix à des personnes vivant dans une extrême pauvreté. Être pauvre au XXe siècle, c’est être « sans importance et méprisable » aux yeux du plus grand nombre. Et bien souvent, le mépris à l’égard des pauvres s’accompagne d’une réelle peur à l’égard de classes perçues comme « dangereuses ».

Il brosse un tableau de la pauvreté aux antipodes du regard tantôt condescendant, tantôt méprisant porté sur les plus pauvres : les données historiques, sociologiques, démographiques et statistiques côtoient des extraits des œuvres d’écrivains contemporains (Céline, Pagnol, Ravalec…) mais aussi, et surtout, les paroles des plus pauvres (habitants de Noisy-le-Grand, chiffonniers d’Emmaüs, sans-abri de Paris).

L’auteur réussit à écrire l’histoire des pauvres non seulement à travers le regard que la société porte sur eux, mais aussi à travers leur vécu propre : c’est tout l’intérêt de ce livre que d’arriver à situer la pauvreté dans un contexte historique, sans pour autant occulter l’histoire individuelle de chacun.

Raphaël Breton

Éditions Fayard – 2004 – 456 p.

Un compte-rendu plus détaillé a été publié dans la Revue Quart Monde n° 190.