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Les cendres d’Angela

Les cendres d’Angela

Roman autobiographique, revenant sur l'enfance de l'auteur dans une famille irlandaise très pauvre, au début des années trente.

Une enfance irlandaise

L’auteur raconte avec retenue et sobriété son effroyable enfance jusqu’à son retour en Amérique, à l’âge de dix ans. Il est l’aîné des enfants de la famille, très vite suivi de Malachy, puis des jumeaux et d’une petite sœur qui meurt au bout de quelques mois. Toute son enfance est marquée par les mêmes difficultés : la gêne matérielle, les maladies, la mort, le chômage, les humiliations.

Les parents de Frank, originaires d’Irlande, s’étaient installés à New York mais ils reviennent dans leur pays pour échapper à la crise au début des années 30, alors que Frank a quatre ans. A Limerick, où vit la famille d’Angela, la mère de Frank, la vie est encore plus pénible : pas de travail, le froid, la pluie perpétuelle, le manque d’argent, la faim. Le père est souvent sans travail ; quand il en trouve, il boit sa paie, ne retourne pas à l’usine et se fait renvoyer. La mère se démène, va mendier des bons d’alimentation, de chaussures et de vêtements à la société Saint Vincent de Paul. Les deux frères jumeaux meurent l’un après l’autre de froid et de malnutrition ; deux autres garçons naissent.

En Europe, à la veille de la Seconde guerre mondiale, beaucoup d’Irlandais partent travailler en Angleterre. A la grande honte de sa famille, le père de Frank s’est décidé à quitter Limerick pour aller travailler à Coventry ; mais il boit tout ce qu’il gagne. La famille déménage souvent, toujours mal logée. Le froid conduit Frank à faire brûler les planches des cloisons puis quelques poutres dans la cheminée : ils sont expulsés. Dans ce contexte, l’école est une expérience ambiguë. Frank s’y montre très brillant, mais la discipline est stricte. De plus l’auteur et son frère ont un accent américain et leur père, bien que farouche nationaliste, ne parle que l’anglais et ne peut aider ses fils à apprendre le gaélique.

La religion est très pesante car Frank prend à la lettre tout ce que disent les prêtres et les maîtres : il est terrorisé par l’idée du péché et la certitude de sa damnation. Frank découvre la culture grâce aux films américains et lors d’un séjour à l’hôpital (typhoïde). Il a alors onze ans et une fille de quatorze ans lui apprend un très beau poème romantique. Il ne la verra jamais car elle est atteinte de diphtérie et ils se parlent de chambre à chambre. C’est aussi grâce à la radio d’une voisine, Madame Purcell, la révélation des pièces de théâtre : « Œdipe Roi » et surtout Shakespeare. Par la culture il découvre la discussion, la nuance, le jugement critique. Alors que tous les maîtres lui avaient dit auparavant que les Anglais étaient des monstres, qui avaient martyrisé les Irlandais tout au long des siècles, un nouveau professeur affirme qu’à la bataille de Kinsale (1601), il y a eu de la cruauté et des atrocités des deux côtés. Jusque-là, pour lui, les Irlandais étaient toujours irréprochables.

Outre le refus constant de s’apitoyer sur son sort, ce qui frappe dans cet ouvrage, c’est l’attention portée aux autres et la conscience que certains sont encore plus misérables que soi. A l’école il y a les riches qui ont des chaussures en bon état, Frank et son frère qui ont des souliers troués et rapiécés, mais aussi des garçons qui vont pieds nus. Paddy, un copain de Frank, appartient à ce dernier groupe ; il habite une bâtisse qui menace ruine. Son père, rongé par la tuberculose, agonise dans leur taudis. Lorsque, après avoir fait une bêtise, Frank renonce à rentrer chez lui, il est très chaleureusement accueilli pour la nuit par la mère de Paddy.

De l’humour et de la drôlerie dans beaucoup de passages, en dépit de la grande dureté de l’histoire.

Bernard Demay

J’ai lu – 2000 (réédition) – 508 p.