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L’avenir confisqué

L’avenir confisqué

Le projet de ce livre est de renouveler la réflexion de la sociologie sur les classes sociales, particulièrement sur les inégalités.

Inégalités de temps vécu, classes sociales et patrimoine

Nicolas Duvoux complète les approches qualitatives et quantitatives habituelles par la prise en compte de la subjectivité, c’est-à-dire la façon dont les individus et les groupes se situent eux-mêmes dans la hiérarchie sociale et dans leur propre histoire.
Déjà partiellement utilisée en météorologie (cf. la température ressentie) et surtout en épidémiologie, la subjectivité, appréhendée ici dans la temporalité (c’est-à-dire dans la trajectoire des personnes entre la situation héritée de leurs parents, leur parcours de vie et leurs perspectives d’avenir) produit, selon l’auteur, des données plus précises et plus justes que des informations objectives.

La démarche conduit à faire valoir l’importance du sentiment de sécurité (ou d’insécurité) par rapport à l’avenir, plus propice à rendre compte des inégalités sociales. A la description de la société basée sur les catégories socio-professionnelles, il propose donc d’ajouter deux axes d’investigation :
– Combiner les données sur les ressources avec celles du patrimoine (la propriété ou non de la résidence principale pouvant jouer un grand rôle dans le regard porté sur le futur)
– Proposer une analyse sociale qui tienne compte avant tout du sentiment des personnes et des groupes d’avoir ou non la capacité et les moyens de gérer leur vie comme d’envisager leur avenir.

Ainsi, il sera mieux avéré qu’en bas de l’échelle sociale, se trouvent des personnes sans revenus ni patrimoine, vivant de l’assistance, privées de toute maîtrise sur leur futur, « enfermées dans leur présent et souvent dans la honte ». Elles partagent cette condition avec les chômeurs, ouvriers et salariés non qualifiés, qui sont cependant moins stigmatisés par la société, Aux échelons supérieurs, se trouvent les ouvriers et salariés qualifiés, puis les cadres et indépendants et enfin, tout en haut de l’échelle sociale, ceux qui, par l’accumulation de leurs ressources et de leur patrimoine, sont assurés d’une maîtrise totale sur leur avenir, pour eux-mêmes et pour leurs descendants.

L’auteur précise deux points pour comprendre ce schéma. S’il y a un continuum entre ces catégories, il y a aussi de multiples différences et parfois des divisions à l’intérieur des groupes liés par les mêmes conditions matérielles, selon la façon dont les personnes se situent dans leur trajectoire de vie, et aussi à cause de facteurs personnels …. La seconde information est qu’il est possible de fixer un point de basculement entre le sentiment de sécurité et celui d’insécurité. Pour les pays développés du nord de l’Europe et les Etats-Unis, ce point se situerait à 80% du revenu médian, non aux 60% considérés comme le seuil de pauvreté.

Certains lecteurs pourront trouver le texte de cet ouvrage assez ardu, pétri de références, de concepts et de chiffres. A noter cependant que le chapitre 6 introduit à un autre monde, celui de quelques personnes, ultra privilégiées, qui ont décidé de consacrer une petite partie de leur richesse à la philanthropie, via des fondations. La philanthropie est ici décrite comme le summun du système capitaliste qui prive les plus pauvres de leur avenir, mais permet aux plus riches de convertir leur capital économique en capital social, culturel et moral et de pérenniser leur pouvoir sur l’ensemble de la société.

Brigitte Bureau

Presses Universitaires de France – 2023 – 391 p.