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La panse du chacal

La panse du chacal

Un roman luxuriant sur une famille transplantée de l'Inde aux Antilles pour cultiver la canne à sucre au XIXe siècle.

On est loin des clichés touristiques sur les Antilles enchanteresses. Car c’est un voyage où se mêlent sueur, poussière rougeâtre, sang et larmes dans lequel nous emmène l’auteur, originaire de l’île de la Martinique. Un retour à l’époque où des hommes, des femmes et des enfants, qui n’avaient plus le nom d’esclaves mais en subissaient la même servitude, s’épuisaient dans les champs de cannes à sucre en étant considérés comme de la chair à plantations.

Si la déportation des Africains est bien connue, celle des Indiens, qu’on fit venir sous contrat aux Antilles par milliers au milieu du XIXe siècle en leur promettant la terre promise, l’est beaucoup moins.

Une famille, les Dorassamy, nous sert de guide pour cette épopée historico-maritime au long cours, à travers deux océans et sur deux générations. Le père, Adhiyaman, a fui la région de Madurai en Inde où ses parents ont été dévorés par des chacals au cours d’une grande famine. Avec Devi, sa jeune épouse, il va affronter les tempêtes de la traversée avant de se retrouver piégé en Martinique sur une terre hostile à ses pratiques religieuses, pris en étau entre la dureté méprisante des Blancs et les railleries des Noirs et des Mulâtres, couli rivé à son travail comme le clou à sa planche. D’autres personnages captivent l’attention : l’Ancêtre, gardien des textes sacrés, Anthénor, le nègre syndicaliste, Théophile, l’instituteur humaniste européen.

L’écriture est à l’image des Caraïbes avec des mots repeints à neuf emparadiser, heureuseté, bleuité, méchantise, etc, et un style luxuriant, haut en couleurs, lumineux, frénétique, sensuel, violent. Le roman se termine sur une note d’espoir : la naissance d’un enfant métis, fils d’une Indienne et d’un Noir, et surtout fils d’une ère nouvelle, libérée des mirages, de la haine et de la soumission : « Devi supportait, stoïque, ce lot d’avanies. Elle savait confusément que c’était là le prix à payer pour que la race indienne soit enfin acceptée par les Créoles. Pour qu’elle devienne, à son tour, créole. C’est à dire fille de cette terre magnifique et féroce, exagérément exiguë mais infinie dans sa manière d’empiler langues, musiques, cuisines, religions et peuples ».

Belle déclaration d’amour d’un écrivain à sa culture, et message à valeur universelle car le racisme et les négriers de l’immigration sont, hélas, toujours d’actualité.

Gallimard – Folio – 2005 – 375 p.