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Faut-il aider les autres ?

Faut-il aider les autres ?

Repenser la solidarité pour la renouveler

L’ambition de Marc Lévy est de renouveler les pratiques et les politiques de solidarité parce qu’« elles étaient encore trop marquées, à notre avis, par des logiques d’aide (= s’adressant aux bénéficiaires plutôt qu’à des acteurs) et toujours en tension contradictoire entre dispositifs publics (plutôt top-down) et dynamiques citoyennes (au contraire bottom-up). » Son point de départ était que « ce renouvellement pouvait venir d’un meilleur croisement des expériences (autrement dit apprendre des autres) entre celles qui se mènent à l’échelle internationale et celles qui s’exercent sur le territoire national. Car il était assez manifeste que ces deux mondes, celui de la solidarité en France et celui de la solidarité internationale, étonnamment, se rencontraient assez peu. » Pour ce faire, il a étudié quatre associations présentes en France et dans des pays du Sud.

Les associations « Quartier du Monde » et ATD Quart Monde ont en commun de partir de populations précises : les femmes discriminées et dévalorisées / les personnes et familles en grande pauvreté ou dans la misère. S’appuyant l’une et l’autre sur les savoirs d’expérience de ces populations, ces deux associations montrent que la lutte contre la discrimination des femmes comme la lutte contre l’exclusion sociale ont des caractéristiques universelles permettant une mutualisation féconde des actions entreprises. Pour ATD Quart Monde, l’étude met en valeur les influences sur les politiques nationales dues aux avancées obtenues au niveau international (ONU, Union européenne, Conseil de l’Europe) et réciproquement.

Le Secours populaire français et le Secours catholique sont deux grandes organisations menant depuis des dizaines d’années des actions de solidarité en France et dans des pays du Sud. Seule la première a pu être analysée en détail. L’histoire de ces organisations montre que les questions posées au départ par Marc Lévy y sont des sujets importants de débats, car il n’est pas facile de sortir d’une logique d’aide, de garder une indépendance tout en étant très largement financés par des organisations publiques nationales ou internationales. Ces deux organisations cherchent aussi à avoir une plus grande interaction entre les actions menées en France et dans des pays du Sud. Cela conduit Marc Lévy à faire quelques préconisations structurelles pour ces interactions : approfondir la spécificité de chaque association dans sa contribution aux questions environnementales et climatiques ; sortir d’une logique de l’aide en partageant sur les enjeux communs ; aller vers un modèle hybride d’économie mixte de la solidarité ; prendre en considération les charges structurelles des associations ; promouvoir l’entreprenariat social.

On peut regretter que dans ses préconisations, Marc Lévy n’ait pas plus tenu compte de la fécondité (mise en évidence dans les deux premières associations étudiées) du croisement entre les savoirs de vie des personnes discriminées, les savoirs d’action des professionnels et les savoirs des scientifiques et des universitaires pour faire évoluer les pratiques et réaliser les transformations sociales nécessaires.

Olivier Gerhard

L’Harmattan – Questions contemporaines – 2023 – 278 p.