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Chemins d’économie humaine

Chemins d’économie humaine

"L'accès aux biens essentiels doit être garanti et cela requiert une entière solidarité" Père Lebret

« Dans toute coopération comme dans tout enseignement, la distinction entre ceux qui apportent ou qui savent et ceux qui reçoivent et apprennent n’est pas aussi tranchée que certains le pensent encore. »Kofi A. Annan

Le père Lebret, dans les années 1940, a défini le concept d’économie humaine comme une économie des besoins : « l’accès aux biens essentiels doit être garanti et cela requiert une entière solidarité ». Alors que le capitalisme, en faisant du profit le centre et le régulateur, exige des efforts considérables pour en corriger les effets négatifs.

A partir de ce concept, une série d’actions sont menées sur tous les continents.
– Au Togo, SICHEM promeut des techniques adaptées aux ressources locales, soutient la formation et les organisations villageoises de développement.
– En Inde, SWATE organise des cours/forums pour que les femmes prennent conscience de leur situation, puis s’unissent et s’organisent pour agir, lutter contre la violence dont elles sont victimes et même se présenter aux élections.
– En Bosnie une coopérative regroupe des serbes et des musulmans pour cultiver des framboises, fournissant des revenus pour vivre, en favorisant le travail en commun et la reconstruction des maisons.
– En Haïti l’aide internationale est plutôt nuisible : perte de souveraineté dans le choix des priorités, forte retenue dans la gestion des fonds (salaires des expatriés). PAIS propose un micro-crédit organisé et géré par la communauté locale où l’ensemble des adhérents à la caisse est solidaire.
– En Afrique de l’ouest, plusieurs centaines d’organisations paysannes et d’ONG s’organisent pour que l’agriculture familiale puisse nourrir les villes.

« Tous ces cas soulignent l’importance de l’éducation populaire et scolaire, de la formation professionnelle et citoyenne. Tous mettent en œuvre des capacités d’innovation et d’initiative particulièrement utiles pour humaniser les mutations technologiques ».

Il ne s’agit pas de faire une révolution mais de faire évoluer les pratiques sous l’impulsion de débats et d’analyses, avec la participation de tous les exclus de l’activité économique, puis de faire reconnaître ces pratiques par les pouvoirs centraux.

Les valeurs qui sous-tendent l’économie humaine sont celles qui font société : solidarité, justice, dignité, responsabilité, liberté. Elles reposent sur quatre fondements : le progrès démocratique, la réalisation des droits humains, le respect de la nature et le travail.

Parmi les priorités de l’économie humaine, on note une nourriture saine pour tous, quitte à s’opposer aux règles de libre-échange de l’OMC ; la protection de l’héritage des peuples indigènes qui ont su protéger les richesses de leurs terres et les utiliser collectivement ; une éducation qui encourage le développement du sens critique et la capacité de construire collectivement ; la démocratie de proximité qui mobilise les capacités des habitants.

Les jeunes sont des acteurs essentiels : leur manque d’expérience a pour corollaire le manque d’habitude qui favorise la découverte de nouvelles possibilités.

Annick Mellerio

Editions du Cerf  – Patrimoines – 2016 – 229 p.

Compte rendu publié dans la Revue Quart Monde n° 246.