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Basse naissance

Basse naissance

On sort de la lecture de ce livre avec un sentiment mêlé de honte envers la société des hommes et de confiance en la force de vie de chacun comme dans les pouvoirs du temps et de l’écriture.

Kerry Hudson est écrivaine d’origine écossaise, née dans une famille en grande difficulté.
En approchant de la quarantaine, elle entreprend l’écriture d’une autobiographie qui l’oblige à se replonger dans un passé qu’elle  avait essayé d’étouffer. Elle  entame ainsi une vie plus stable et sereine. Elle  fait  taire le fond de honte et les questions sans réponses qu’elle traînait malgré tout.

Pour reconstituer les étapes d’une enfance qui lui a laissé plus de souvenirs douloureux que d’assurance et d’images chaleureuses, elle revient sur les nombreux lieux dans lesquels elle a vécu, des lieux  toujours étriqués et inhospitaliers, avec une mère vulnérable et imprévisible, sans soutien de sa propre famille, ni même d’un père.

L’auteur se revoit trente ans plus tard, dans ces quartiers du nord de l’Angleterre dont la population compte peu sauf pour les services sociaux et des marchands de sommeil. Chaque ancienne adresse fait remonter certains souvenirs qu’elle raconte avec tendresse et parfois un peu d’amusement.

Le lecteur l’accompagne d’une époque à l’autre, dans son  périple qu’elle décrit au présent.  Ce voyage s’effectue sur  un fond sonore, avec de  multiples références aux chansons en vogue au temps de  sa jeunesse. Elle  témoigne par là  de son ancrage dans la société autant que de sa  capacité d’évasion.

Mais elle revit des sensations  d’incompréhension,  de peur et de faim, avec .les changements d’école intempestifs, les tentatives d’amitiés contrariées, et plus tard les influences néfastes dont  toute  jeunesse en désespérance et révolte est victime : l’alcool, la drogue, la vie « dépravée ».  Bien sûr il y a eu quelques rencontres positives, en particulier avec quelques enseignants qui ont cru en ses capacités et lui ont permis de se dessiner un avenir. Elle les remercie tout au long du livre.

A cause des comportements de sa mère, de sa famille absente ou divisée, elle s’est  construite  avec un fond de mal-être qui a longtemps persisté dans ses relations sociales, un  sentiment d’illégitimité qui la saisit parfois même dans sa nouvelle vie, mais aussi avec un potentiel de résilience dont elle a su faire preuve.

A cause des des logeurs exploiteurs, des voisins parfois seulement des compagnons de beuverie de sa mère, des gens du quartier qui les regardent de travers parce qu’elles viennent d’ailleurs, elles ne se sentent pas à leur place dans ces quartiers mal desservis, relégués aux confins des villes,   marqués par le chômage et toute la cohorte des déviances et desaddictions qui ne font qu’ajouter à la misère.

Ala fin du livre,  l’auteur analyse cette misère  avec recul et maturité et comprend mieux que sa mère ne pouvait pas offrir la stabilité et la sécurité nécessaires à un enfant.

Catherine Cugnet

Editions Philippe Rey – 2020 – 287 p.