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Aminata

Aminata

Un écrivain canadien reconstitue le récit d’une femme africaine capturée en 1756, emmenée comme esclave en Amérique du Nord, puis devenue sur la fin de sa vie une militante pour l’abolition de la traite négrière.

Assurément, un grand roman sur l’esclavage, déjà doté de plusieurs prix littéraires et enfin paru en langue française, avant sa prochaine adaptation au cinéma.

Au prix d’une documentation impressionnante pour enraciner le plus possible son roman dans le contexte historique et les pratiques effectives de la traite négrière, l’auteur, écrivain canadien, a pu et su reconstituer l’itinéraire durant une cinquantaine d’années de son personnage emblématique, une femme, Aminata Diallo.

Capturée à 11 ans près de son village africain de Bayo en 1756, enchaînée par le cou avec d’autres captifs pour une marche forcée de trois mois avant d’atteindre sur la côte atlantique l’île de Bence, au large de la Sierra Leone, où elle fut vendue, marquée au fer, puis embarquée pour une traversée à haut risque de deux mois jusqu’en Caroline du Sud (1757). D’abord affectée au service d’un inspecteur des plantations d’indigo, elle fut par la suite transférée à Manhattan (1775), avant d’être évacuée par les Britanniques fuyant la révolution américaine vers la Nouvelle Écosse (1783) avec la promesse de terres disponibles. Promesse non tenue, ce qui favorisa l’émergence d’un courant de départs volontaires vers une autre colonie britannique, la Sierra Leone, pour les Noirs loyalistes de Nouvelle Écosse qui y seraient affranchis en s’établissant à Freetown (1792).

Là, invitée à rejoindre le mouvement en faveur de l’abolition de la traite des Noirs, Aminata Diallo accepta de rallier Londres en 1802 pour soutenir cette cause auprès du Parlement, en y racontant sa propre histoire, ses souffrances endurées, celles de tous les siens.

Tel est, brièvement résumé, le périple qu’elle relate à la première personne, avec beaucoup d’émotion, habitée en permanence par le souvenir de ses parents jamais revus, de son mari disparu, de ses enfants volés, mais sachant tirer parti de ses compétences acquises pour lire, écrire, compter, pratiquer des accouchements. Le lecteur n’ignore rien des violences et des humiliations subies, rien non plus de ses pensées, de ses cauchemars, de ses rêves, de ses rencontres, de ses déceptions, de ses stratégies de survie et de reconquête de sa liberté.

Ce sont des témoignages de cette nature qui ont contribué à l’abolition de la traite des Noirs en 1808 et de l’esclavage en 1834 dans l’Empire britannique. Ils résonnent encore aujourd’hui ! Tant d’hommes, de femmes et d’enfants continuent d’être victimes de « traitements inhumains et dégradants. »

Daniel Fayard

Éditions Présence Africaine  – 2012 – 568 p.

Compte rendu publié dans la Revue Quart Monde n° 221.