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Qui travaille vraiment
Analyse
Denis Colombi est sociologue et professeur de lycée. Il a déjà dénoncé les idées fausses sur la soi-disante mauvaise utilisation que font les pauvres de leur argent (« Où va l’argent des pauvres », Payot, 2020). Ici, il appelle à reconnaître la valeur du travail invisible et à repenser son rôle dans la société,
Dans un contexte où 36% des salariés travaillent en France en horaires atypiques et où la peur du chômage justifie la dégradation des conditions de travail, il commence par montrer comment le travail contemporain est souvent dévalué, atomisé, masqué ou ignoré. Il cite par exemple :
les horaires éclatés (dans les centres de tri, à l’hôpital) qui isolent les travailleurs les uns des autres ;
la division extrême des tâches, qui rend parfois le travail incompréhensible et crée un sentiment d’inutilité ;
la sous-valorisation des métiers féminisés (caissières, femmes de ménage) ;
l’automatisation introduite par l’Intelligence Artificielle, qui génère une certaine précarité du travail.
En contrepoint, il met en évidence combien le capital agit contre le travail. Les actionnaires et entrepreneurs s’enrichissent sur le dos de salariés sous-payés. Le travail est réduit à des chiffres (temps, coût), occultant sa qualité réelle. Le travail gratuit (domestique, stages) soutient l’économie sans reconnaissance appropriée.
Il en conclut qu’il faut mieux prendre en considération, par exemple, la part cachée du travail des enseignants (corrections, tâches administratives), donner plus de visibilité au travail collectif, aux réseaux de contributions.
Il y a là un véritable enjeu et défi politiques Des métiers essentiels, comme ceux des soignants et des livreurs, sont les moins payés, tandis que les mieux rémunérés sont souvent moins utiles socialement. Et le fait que le travail perde de son sens et de sa valeur pour certains est une source de souffrance pour tous.
Annick Mellerio
Payot – 2024 – 255 p.
