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Cadavres et pauvreté, funérailles, dénuement et précarité en Europe du XVIIIe siècle à nos jours
Analyse
Comme on peut le lire dans l’introduction, « cet ouvrage entend poser quelques modestes repères dans un vaste champ qui reste encore très largement à explorer. Il fait suite à un colloque international qui s’est tenu à la Maison des Sciences de l’Homme (Aix-en -Provence) les 8 et 9 novembre 2023, organisé par le séminaire Histoire et anthropologie de la mort. » Chaque sujet, traité en une trentaine de pages maximum, contient de nombreuses références antérieures.
De l’étude des tombes découvertes lors des fouilles réalisées sur le site de la caserne Montlaur à Bonifacio, de celle des archives des autorités religieuses de Naples jusqu’au XVIIIe siècle, de ce qui a été pratiqué à Paris autour de 1900 pour les étrangers qui y mouraient, de la commodité d’effectuer des autopsies et études diverses sur les cadavres des indigents morts à l’hôpital… le lecteur conclut que le principe d’une sépulture et d’hommages dignes et respectueux pour tous les défunts est souvent bafoué depuis longtemps.
Très vite dans l’histoire, les propriétaires de terrain, même religieux, ont été tenté de rentabiliser la concession d’un espace de terrain et de limiter cette concession dans le temps quand elle n’était pas « rentable ». L’afflux de travailleurs vers les villes n’a fait qu’accentuer ce fait, l’espace devenant rare.
Le mort mérite respect, mais il fait peur aussi : se protéger de ce qui l’a fait mourir dans les périodes d’épidémie impose de « faire vite » . Et quand le mort avait subi des châtiments imposés par la justice des hommes, méritait-il encore ce respect ? Quand il était inconnu, étranger au secteur, sans groupe pour rappeler sa mémoire, qui devait s’en occuper ? La mission dévolue aux religieux dans les siècles passés est peu à peu revenue aux autorités de la ville qui ont privatisé la prise en charge des morts tout en tentant de fixer des cadres de pratique. Mais c’est la famille et les « amis » qui paient les frais s’ils le peuvent. Sinon les rituels se limitent à la stricte inhumation, sans réelle ritualisation du moment, surtout quand les différences de culture et de religion questionnent le choix des pratiques.
La dernière contribution de l’ouvrage analyse le fonctionnement de différents collectifs, parfois liés à des associations agissant pour les vivants les plus pauvres, comme ATD Quart Monde ; ces collectifs de bénévoles accompagnent les morts, commémorent la mémoire des plus démunis et isolés, en partenariat avec la ville qui les a vus mourir et alertent sur les risques de déviance et de mercantilisme.
L’auteur cite la proposition d’une « sécurité sociale de la mort », dispositif qui reposerait sur une gestion démocratique. L’État Providence reprendrait alors une juste place dans ce domaine essentiellement humain.
Catherine Cugnet
Presse universitaires de Provence, 2025, 278 p.
