Le 19 février dernier, 130 personnes, trois associations (ATD Quart Monde, Oxfam et le Secours catholique) et le média Vert avaient rendez-vous à l’Académie du climat pour discuter écologie et pauvreté autour du livre En finir avec les idées fausses sur la pauvreté #écologie édité par les éditions Quart Monde et les éditions de l’Atelier. Extrait.
« Les pauvres ne sont pas intéressés par l’écologie. Qu’en pensez-vous Patricia ? » a interpellé Esteban Grépinet, journaliste au média Vert. Patricia Daran, militante Quart Monde, pense que c’est faux, du moins si elle se base sur son expérience personnelle. Elle habite à 10 kilomètres de Toulouse, pas loin d’une nationale, et elle « est écolo depuis toujours. Ce sont (ses) parents qui lui ont transmis ». Ainsi débuta la deuxième table ronde de l’événement organisé par ATD Quart Monde à l’Académie du climat, le 19 février dernier. Sur l’estrade, autour de la table, il y avait donc Patricia, mais aussi Isabelle Motrot, alliée d’ATD Quart Monde, journaliste et autrice de En finir avec les idées fausses sur la pauvreté #écologie, publié par les éditions Quart Monde et les éditions de l’Atelier, Robin Ehl, chargé de plaidoyer pour Oxfam France et Daphné Charmard-Teirlinck, responsable du plaidoyer France pour une Transition écologique juste au Secours Catholique. Le but de la soirée : tordre le cou à ces idées reçues qui excluent les pauvres des discussions et politiques écologiques.
Économie des moyens
« Mes parents ne jetaient rien. On réparait, on recousait, on fabriquait. Mon père réparait la voiture. On n’achetait très peu de vêtements. Mes parents mettaient la priorité sur la nourriture, c’est là qu’on dépensait », a ainsi continué Patricia. Elle, comme tous ceux dont les fins, voire début et milieu de mois sont difficiles, n’a pas attendu que l’écologie devienne un sujet de société pour en avoir les gestes et comportements. « Recycler, échanger, réparer, emprunter, aller en recyclerie, cela fait longtemps que c’est pratiqué par les classes populaires, sans pour autant que cela soit appelé de l’écologie, ajoute Isabelle Motrot, l’autrice de En finir avec les idées fausses sur la pauvreté #écologie.
Pour son livre, la journaliste est notamment allée dans les quartiers populaires. Elle y a recueilli les témoignages des habitants, à la fois éberlués et un brin agacés par des représentants d’associations versés dans l’écologie ou d’institutions (des villes, de la région) venus leur faire un cours sur l’écologie. « On vient leur expliquer qu’il ne faut pas laisser couler l’eau du robinet quand on se brosse les dents, qu’il faut économiser le chauffage, il faut au maximum éviter de gâcher. Dans les quartiers, où cela est pratiqué depuis toujours cela énerve, ils en viennent à se demander si on ne les prends pas pour des débiles », rapporte-t-elle.
Culture du risque
Cette économie des moyens et cette culture du « on ne jette pas » inculqué et transmises très tôt, dès l’enfance, dans le foyer. Elle reste ancrée peu importe les années. « En devenant adulte, en gagnant plus d’argent, en quittant le quartier, on garde tout cela. On n’ira jamais par exemple jeter de la nourriture, on n’a pas été élevé ainsi », poursuit Isabelle Motrot.
Ainsi, peut-être que ce sont les habitants des quartiers qui devraient donner des cours aux institutions ? Du moins ont-ils un savoir acquis par leur expérience qui gagnerait à être diffusé dans la société afin que nous soyons prêts et plus solides pour absorber les chocs du dérèglement climatique, le recul de la biodiversité et la finitude des ressources qui menacent notre survie à tous. « Les personnes en situation de précarité sont les plus impactés par les dérèglements climatiques. En cas de catastrophes naturelles, de grandes inondations, ils n’ont pas les moyens de partir, ils restent et s’adaptent. Ils ont acquis des réflexes, repérer les signes, s’organiser, porter les premiers secours. Ils ont cette culture du risque »,explique à Daphné Charmard-Teirlinck, responsable du plaidoyer France pour une Transition écologique juste au Secours Catholique et qui a coordonné le rapport « La crise climatique vue par les personnes qui la vivent ». Ce dernier nous apprend en outre que les catastrophes naturelles sont de plus en plus récurrentes, font plus de ravages et commencent désormais à toucher des régions qui hier étaient épargnées. « Plus on inclut les personnes en situation de grande précarité, plus on diffuse leur culture du risque, leur savoir-faire, plus on construit des politiques et une société solide capable de relever les défis de demain », a appelé Daphnée Charmard-Teirlinck en conclusion de la table ronde.
Lucile Chevalier

